L'Eunuque de Baïf, II, 2; Térence, v. 232 et suiv
ouvert qu'auparavant' ». Ambroise a la naïveté de lui demander à quelle heure il mange : « Toutes et quantes foys que j'ay les yeux ouvers, et me suis beaucoup de fois plaint de nature, qu'elle n'a l'ait (jue je peusse manger encor en dormant^ ». Aussi malheur à ceux qui doivent manger après lui ou même avec lui! Ecoutez les mémorables paroles que la voracité de Gourdin arrache au valet Robert : Robert. Je ne Toblieray jamais! Tu ne m'as point L;ardé à soupper, et as tout dévoré comme un loup aiîamé. — Gourdin. Il n'y avoit pas si grand chose [ue je n'eusse bien souppé encores un coup. — Alexandre. Ne me rompez point icy la teste. — Robert. Comment voulez-vous que je me taise? Je n'ay pas souppé, je suis plus vuyde qu'une citrouille : il a tout mangé. — Alexandre. Te veux-tu taire? — Robert. Quand je me tairay, mes boyaux crieront ^ » Et celte capacité de Gourdin n'a rien d'exceptionnel dans le monde de l'écorniflerie; Gaster a « tousjours quinze aunes de boyaux vuides pour festoyer ses amis* », et, pour peu que les amis généreux lui manquent, il se plaint d'avoir « l'estomac creux comme une lanterne^ >).
Avec cette effroyable boulimie, avec sa soif ardente, comment se fait-il que le parasite trouve encore qui l'invite à sa table? C'est que le personnage est peu scrupuleux et rend bien des services inavouables; de plus il suit les conseils de maître