‹ De Jodelle a Moliere; tragédie, comédie, tragi-comédieChapitre 13 sur 92 · Les Neapolitaines · texte numérisé non relu

Les Neapolitaines

Vital de Blois, le Sosie du xiii^ siècle, se demandant avec anxiété s'il est un, s'il est deux, ou s'il n'est point. Voici le latiniseur dans la « farce joyeuse de maître Mimin, à six personnages ». Maître Mimin, formé par un maître d'école modèle, écorche abominablement le latin dans son français; heureusement il devient amoureux, et l'amour, qui donnera e Tesprit à TAgnès de Molière, rend son bon sens maître Mimin. Sa fiancée ne connaît que le français, et c'est elle qui le lui rapprend :

Or dictes : M'amye, ma mignonne, Mon cœur et m'amour je vous donne.

— Mon cœur et m'amour je vous donne.

Mimin a répété ce vers aimable, Mimin est guéri *. J'ai de la méfiance : ou Mimin éprouvera quelque rechute, ou son pédantisme n'était pas bon teint. Essayez de guérir par le même moyen ou par tout autre le pédant italien, le Docteur de Bologne, ou le pédant français, son élève !

C'est chez Larivey qu'il faut étudier le pédant du xvi'= siècle : il s'appelle Lucian dans le Laquais, Fideqce dans la Constance, Josse dans le Fidelle, et sous ces trois noms il est aussi sot, je dirais aussi ennuyeux, s'il n'y avait dans le rôle de Josse une jolie scène, la quatorzième de l'acte II, celle que Molière — si habile à prendre son bien où il le trouvait — a imitée dans la six^me scène du second acte des Femmes savantes ^^ Le pédant cite ses

1. Voir Petit «le Julleville, Répertoire du théâtre comique au moyen âge ou la Comédie et les mœurs au moyen âge, p. 292.

2. Voir Molière, éd. Despois-Mesnard, t. IX, p. 98, n. :{. On trouvera là, outre le texte de Larivey, celui de Luigi Pasqualigo que Larivey s'est contenté de traduire.

auteurs, il parle lalin en français, et ses raisonnements, coupés de parenthèses et de prétention^, sont interminables^^ « Maurice, dit Lucian, deux verbicules, puis je te donne planiere licence ^ » Dieu sait la longueur des deux verbicules! Ailleurs Syméon, très affligé, veut s'entretenir avec Lucian; celui-ci commence par un long préambule, puis, comme il s'agit de mariage, il évoque toutes sortes de souvenirs sur ce sacrement : « J'obmcts icy — il aurait plutôt fait de dire tout vingt fois que de l'abréger une — les expositions de ^ainct Augustin; je ne parle de sainct Jerosme, et passe tant de sacrez Théologiens qui ont escrit de ce sainct sacrement, me contentant vous proposer et mettre devant les yeux, comme un clair mirouer, ce seul exemple : à sçavoir que lors que Dominas Deus^ sous le voile de Thumanité, fouloit cette festide et puante terre.... — Symeon. Vous estes trop long en vos discours. — Lucian. Le premier miracle qu'il voulut monstrer fut aux nopces, quand il convertit Teau en vin. — Symeon. Voilà un pauvre confort à mes douleurs! Que m'en revient-il, si de l'eau il en fist du vin 2? »

Ce qui complète le ridicule du personnage, c'est qu'il a le cœur singulièrement tendre. Lorsque Lucian veut gronder son élève Maurice, celui-ci le fait taire en lui rappelant ses propres faiblesses ^ : Josse, étant amoureux de Mme Victoire, se justifie à lui-même sa passion par l'exemple de tous les

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