L'Étourdi, 111,4, v
LKS PERSONNAGES CONVENTIOxXNELS DE LA COMEDIE. d9
Le prisonnier interrogé, on découvre qu'il n'a jamais fait la guerre : c'est un timide pèlerin allemand. — Le monologue du Franc archer de Bagnole t a été attribué à Villon, et ce détail suffit à en indiquer la haute valeur. Le franc archer se sent en veine de bravoure; il voudrait que quatre hommes vinssent le combattre; il raconte fièrement son histoire :
Je ne craignoye que les dangiers, Moy; je n'avoye paour d'aultre chose.
Tout à coup il aperçoit un épouvantail à moineaux fait en forme dhomme d'armes, tenant une arbalète et portant une croix blanche devant et une croix noire derrière. Une croix blanche! c'est un Français, et le franc archer le flatte en conséquence; puis il avise la croix noire :
Par le sang bieu! C'est unz Breton.
Et je dy que je suis Françoys!
Il tremble, se jette aux pieds de l'homme d'armes, le supplie. Le vent secoue l'épouvantail et le jette à terre. D'abord, au bruit, la frayeur du franc archer redouble; puis il s'aperçoit à quoi il a àfl'aire, et perce fièrement l'épouvantail de son épée pour le punir, non sans prendre garde à respecter son habit, qui sera le butin de cette expMition glorieuse.
On pourrait citer d'autres traits de fanfaronnade dont s'est amusé le moyen âge. Puis arrive la Renaissance, et nos auteurs lisent le Soldat fanfaron de Plaute, que Baïf a soin de mettre en français. Enfin ils lisent et voient jouer par des comédiens italiens ces pièces nombreuses de l'Italie où figurMÎonf des guerriers redoutables, comme le capi-
laine L'Épouvante de la Vallée infernale, Fracasse, Tranche-Montagne, Tranche-Fer, Rhinocéro^^De là les soldais fanfarons de notre xv!*" siècle : ce sont Taillebras dans le Brave de^Baïf ; Rodomont dans la lieconnue; Fierabras dans les Jaloux; Rodomont encore dans les Conlenls; don Dieghos dans les Néapolilaines; Prou ven tard dans les Déguisés', Brisemur dans le Fidèle; le Capitaine dans les Tromperies. J^e Capitaine des Tromperies a aussi des amis plus ou moins imaginaires, cpTil n-est pas inutile de nommer : « Allons chercher, sY'crie-t-il, le capitaine Tailbras, le capitaine Brisecuisse, Brafort, Cachemaille, Pinçargent, Grippetout* ». Vantardise et gueuserie mêlées, telle est la signification avouée de tous ces noms-là.
Mais approchons du soldat fanfaron : il est facile à reconnaître à sa grande taille, à la balafre qui orne généralement sa figure et qu'il a reçue sans doute dans quelque cabaret, au bruit formidable des menaces et des jurons qui sortent de sa bouche. « A quoy le recognoistrons-nous? demandent les sergents chargés d'arrêter Rodomont. — Vous le recognoistrez à ses grandes moustaches noires, retroussées en dents de sanglier, et à un grand abreuvoir à mouches qu'il a sur la joue gauche, et puis il meine ordinauement après luy un laquais habillé de verd et assez mal chaussé^. »
Tel est l'homme aux terribles exploits, le « fendeur de naseaux », « l'avaleur de charrettes ferrées ^ ». Dès son enfance, il a montré ce qu'il devait