De l'Art de la tragédie, {"' 3 v" ol 4 r
Que Jean de La Taille ait admis cette étrange présence des lévites à la consultation de la pythonisse par Saiil, cela pourrait nous amener à supposer que le chœur est toujours là où nous Tavons vu pendant les premiers actes; que la scène est à la fois devant \e pavillon de Saûl et devant la maison de la pythonisse *, sans que ni pavillon ni antre soient d'ailleurs représentés; que la scène, enfin, a le don d'ubiquité, conformément à un des mystères de la religion classique au xvi° siècle. Mais divers passages montrent que le chœur lui-même n'est plus au camp des Israélites, et que Jean de La Taille suppose représentée la maison de la pythonisse. Comment tout cela se concilie-t-il? de la façon suivante peut-être. Endor et le Gelboé étaient à une vingtaine de kilomètres l'un de l'autre, mais La Taille a abrégé la distance; au pied du Gelboé il a fait dire par le second écuyer qu'Endor était « icy près » ; à Endor, il fera dire de même par le chœur que le camp est « icy auprès »; les deux endroits, étant rapprochés, peuvent tenir sur la même scène et constituer « un mesme lieu » : c'est ainsi qu'on interprétera longtemps une règle gênante au commencement du XVII® siècle.
Il est bon de donner, soit à titre de pièces justificatives, soit comme moyens de vérification, les passages essentiels de ce troisième acte.
Un « soldat amalechite.» se précipite d'abord sur la scène et répond aux lévites qui l'interrogent :
1. La Pythonisse ayant une maison dans, la Bible {Les Rois, I, xxviii, 24), il n'y a pas de raison pour lui donner un antre dans la tra'çédie.
le suis Amalochite, et si ne viens point or
De voslre camp Hébreu qui n'a desastre encor.
Mais ie viens las d'vn camp, non plus camp, mais deffaite,
Que sur ceux d'Amalec David n'aguere a faicte...
LES LEVITES
Mais où veux tu soldat t'en aller à cest'heure?