‹ De Jodelle a Moliere; tragédie, comédie, tragi-comédieChapitre 34 sur 92 · La Trag. fr. au XVP s., p · texte numérisé non relu

La Trag. fr. au XVP s., p

Reprenons cet acte. Cornélie raconte en effet au chœur le songe qui Ta effrayée ; mais le chœur ne prend la parole ensuite que pour se livrer à Téternelle dissertation sur l'inanité des songes; Cicéron, qui ne paraît pas avoir assisté à la scène précédente, et dont le nom ne figurait pas dans la liste des personnages de cette scène, Cicéron fait un discours de 86 vers, où il n'adresse la parole à personne sauf à César (qui est absent) et à Rome, et où il n'émet que des considérations générales? Philippes arrive avec les restes de Pompée, mais ni Cicéron, ni Cornélie, ni (croirait-on) le chœur ne sont plus là, car il explique très nettement en 22 vers quel est l'objet de sa mission, et, après cela, Cornélie — qui reparaît — ne sait rien, n'a rien entendu, et interpelle seule le messager :

Las qu'est-ce que ie voy! — Ce sont les tendres os De vostre grand Pompé dans ces vrnes enclos.

Il aurait pu à coup sûf' y avoir un bon tableau dans ce troisième acte; mais il n'y a, comme partout, que de la rhétorique ou de la poésie désordonnée et un manque de réalité scénique peu contestable.

La tragédie àllippolijte est beaucoup mieux conçue pour le théâtre; tout s y passe, d'une façon visible et suffisamment naturelle, devant le palais de Thésée, où habitent Phèdre et Hippolyte; les entrées, les sorties, les mouvements des personnages sont généralement indiqués en quelques mots ; et.

si rœuvrc appartenait en propre à Robert Garnier, elle prouverait quelque préoccupation et quelque entente de la scène. Malheureusement Vllippolyte de Garnier n'est guère qu'une traduction libre de Yllippolijte de Sènèque, et c'est à Sénèque qu'appartient — dans Tordre d'idées qui nous occupe — tout ce dont nous aurions à féliciter le poète français. Au troisième acte, la nourrice voit entrer Phèdre; mais c'est qu'elle en faisait autant dans la pièce latine :

Sed en patescunt regiae fastigia.

Reclinis ipsa sedis auratae toro, Solitos amictus menle non sana abnuit.

(11, I, V. 384-6; cf. Garnier, t. II, p. 42; acte III, v. 1123-4.)

Après avoir prié Hécate, et comme si la déesse l'exauçait, elle voit venir Hippolyte et s'avance à sa rencontre :

. Madame c'est assez, elle oit vostre oraison : Taisez-vous, ie le voy sortir de la maison. Retirez-vous à part, l'heure m'est opportune. C'est luy, c'est luy sans doute, et si n'a suitte aucune.

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