‹ De Jodelle a Moliere; tragédie, comédie, tragi-comédieChapitre 35 sur 92 · HIPPOLYTE · texte numérisé non relu

HIPPOLYTE

Où dressez- vous vos pas, Nourrice? et quel souci Trouble vostre visage et l'appallist ainsi? Madame est-elle saine? et sa plus chère cure, Ses deux petits enfans, Royale nourriture?

mais ainsi se passaient les choses dans Vllippolyte latin :

Ades invocata. Jam faves votis, dea.

'' Ipsum intueor sollemne venerantem sacrum, Nullo latus comitante. Quid dubitas? dédit Tempus locumque casus...

HIPPOLYTUS

Quid hue seniles fessa moliris gradus, 0 fida nutrix, turbidam frontem gerens,

Et maesta vultus? sospes est certe parens, Sospesque Phaedra, stirpis et geminae jugum.

(Garnier, t. II, p. 13. acte III, v. 1151-1158; Sénèque. II, I, v. 423-1-20 et 431-434.)

Le môme acte contient encore quelques vers expressifs; mais comparons-les à ceux de Sénèque :

Mais no voy-ie pas Phèdre?... Sod Phaedra praeceps graditur...

Helas elle est tombée ! hé bons Terrae repente corpus exauimura

Dieux qu'est-ce ci? ' accidit.

Ma maistresse m"amie. Elle a le Et ora morti similis obduxit color.

cœur transi. Attollo vultus, dimovo vocis mo- , I. ■ visage luy glace, ô passion ras :

maudite ! Tuus en, alumna, temet Hippolytus Madame, esucillcz-vous, voici vos- tenet.

tre Hippolyte... — Quis me dolori reddit, atquo PHEDRE acstus gravcs

Qui ma rendu mes pleurs et mes Repomt animo? • cruelles plaintis? ("' ^ «t 3, v. 583 et 58d-o90.)

(V. 1299 et 1303-1307.)

Au quatrième acte, le rôle de Thésée fournit une indication précise, mais qui n'appartient pas davantage à Garnier :

Entrons soudainement, entrons, il nutrix

n'est pas heure Jam pergo, quaeso, pcrge : prope- Do faire, on perdant temps, icy rato est opus.

longue demeure. theseus

{Phèdre parait, l'air égarée Reserato clusos regii postes laris.

un coutelas à la main.) Q socia thalami, siccino adventum Quoy? ma chère compagne, est-ce viri,

ainsi qu'il vous faut Et expotiti conjugis valtum excipis? Receuoir vostre espoux? etc.. (III, i et 2, v. 862-8G5.)

Enfin, au cinquième acte, Garnier a quelque peu modifié les sentiments de Phèdre; mais c'est à l'imitation de Sénèque et parfois avec les expressions mômes de Sénèque qu'il a montré Phèdre se lamentant sur le cadavre de celui qu'elle a aimé.

N'y a-t-il donc plus dans Yllippolijie aucune de ces bizarreries, aucune de ces difficultés scéniques

auxquelles Porcle et Cornélie nous ont habitués? Il y en a trois ou quatre encore. Et voici qui est digne de réflexion : ces trois ou quatre bizarreries, je les ai notées avant d'ouvrir Séncque ; Sénèque ouvert, j'ai constaté qu'elles provenaient toutes de ce qu'exceptionnellement Garnier s'était écarté de son modèle.

Le troisième acte commence par un monologue de Phèdre (9G vers) et continue par un monologue de la nourrice (60). Les deux monologues ne se tiennent point; il n'y a entre les deux scènes aucune des liaisons qu'étudiera plus tard Corneille. Pourquoi cela? parce que. le premier monologue, d'ailleurs fort inutile, est de l'invention de Garnier, et parce que notre poète n'a pas su lier cette pièce de rapport au monologue de la nourrice par lequel commençait l'acte correspondant (acte II) de Sénèque. Au contraire ce dernier monologue est très bien lié à la scène suivante dans les deux pièces.

Dans le même acte III, Phèdre s'étant pâmée en présence d'Hippolyte, la nourrice la supplie de se ranimer et de confesser son amour à celui qui en est l'objet et qui se trouve devant elle :

Madame, esueillez-vous, voici vostre Hippolyle : Voulez-vous pas le voir? vous n'aurez plus d'ennuy. Sus, sus, ouurez les yeux et deuisez à luy.

Phèdre résiste ; 24 vers sont échangés. Enfin nous lisons :

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