La Vefve, III
peine est prise n'en tient nul compte, l'ingrate, et finit toujours par choisir
Le jeune amant sans barbe ù la barbe du vieux;
celui-ci est accablé d'avanies, comme Lazare, le morfondu, s'écriant douloureusement : « J'ay ceste nuict enduré plus d'injures qu'il ne passe d'eau soiibz le pont aux Musniers ^ ».
^ C'est que le vieillard amoureux a contre lui, outre son âge et ses infirmités, deux ennemis redoutables : la femme d'intrigue et le valet. , - ,
La femme d'intrigue travaille contre lui, mais elle feint de le servir, le flatte et le gruge : « On me faisoit vieil et cassé, lui dit le vieillard. — Cassé! Vous me semblez un chérubin -. » Comment résister à d'aussi caressantes paroles? Et comment aussi ne pas récompenser les éminents services que la femme (l'intrigue prétend rendre? La ladrerie du vieillard s^e sent vaincue : « Je n'oblieray pas le plaisir que vous me ferez. — Qui faict œuvres charitables ne demande point de recompense. » La bonne pièce! Quelques secondes ne se sont pas écoulées qu'elle reprend : « Seigneur Ambroise, escoutez : j'obliois vous dire que je m'estois vouée me faire brave, si j'avois trouvé qui me donnast une robbc. — Vous voudriez que je vous la donnasse, est-il pas vray? — Ouy, s'il vous plaist. — Voyez si je l'ay entendu,