‹ De Jodelle a Moliere; tragédie, comédie, tragi-comédieChapitre 42 sur 92 · EURYDICE · texte numérisé non relu

EURYDICE

0 Thebains, mes amis, ie me suis diuertie Du seruice des Dieux, pour vn bruit effroyant, Qui sortant du chasteau m'a troublée en l'oyant. l'allois au sacré temple où Pallas on adore, Et à peine en la rue estoy-ie entrée encore., Quand i'entens la rumeur du pjeuple espouuanté...

Quand elle s'est fait raconter la mort d'Hémon, Eurydice part, « troublée ainsi qu'une Bacchante », et le messager suppose qu'elle est allée exhaler librement ses plaintes « dans le chasteau » :

Entrons dedans la ville, on pourra nous apprendre Si le dueil lui a fait sur sa vie entreprendre.

5» Il nous reste à signaler un cinquième lieu encore, celui où Antigone est emmenée, par Tordre de Créon, à la fin du quatrième acte. Créon avait dit :

En vn obscur désert elle sera menée, Sauua^e, inhabité, puis sous vn antre creux On l'enfermera viue en vn roc ténébreux;

(Acte IV, p. 71, V. 2077-2079.)

ol (les vers très précis d'Anligonc nous montrent comment est exécuté cet ordre barbare'.

Conclurons-nous de toutes ces constatations que (iarnier a vraiment conçu Antigone en vue d'une <('ène à la décoration multiple? Nous ne croyons pas en avoir le droit.

Car, d'abord, Fauteur (ï Antigone est en môme temps celui d^ H ippol y te j où la règle de l'unité de lieu est respectée; et ici même il semble avoir voulu nous faire croire à la régularité de son œuvre, quand il a écrit dans Vargument : « la représentation en est hors les portes de la ville de Thebes ».

Ensuite, une scène étrange nous montre que l'auteur de ces œuvres aux impossibilités scéniques -i accusées : Porcie et Cornélie continue à se repré- >>enter assez mal ce que deviendraient ses pièces au IhéAtre. Jocaste, essayant de réconcilier ses fils, dans les Phéniciennes de Sénèque, discutait surtout avec Polynice; mais enfin quelques répliques étaient placées par le tragique latin dans la bouche JÉléocle. Ces répliques ont gêné Garnier, qui ne ' onnaît guère que trois procédés pour faire parler -es personnages : le monologue, les longs discours nllernés, et le dialogue antithétique; autrement dit, (|ui ne sait faire parler qu'un ou deux personnages, mais non pas trois à la fois. Il a supprimé les répli- (jnes d'Étéocle, qui, dans une scène de près de

1. P. 70, V. 2158-2166, et p. 78, v. 2212-2214. Cf. : Le monologue d'Ilémon voulant délivrer Antigone, p. 80-81.

300 vors, devient ainsi un personnage muet et ne se permet plus que des gestes, commentes par sa mère :

Etfoclo a fiché sa hache contre terre, letlé sa targue bas...

(Acte II. p. -.'8, V. 730-731.)

Enfin, ici comme dans la Troade, Garnier a eu plusieurs modèles ^ Comme il n'a pas essayé de fondre les imitations qu'il en tirait, il n'a pas eu l'occasion de faire des raccords maladroits. Il a, au contraire, profité, peut-être sans y attacher beaucoup d'imporlance, des indications scéniques qu'ils lui offraient.

Le paysage du prerhier acte vient de Sénèque. Garnier l'a seulement enjolivé (et un peu trop pour la scène), peut-être d'après quelque tableau où était représenté OEdipe sur le Githéron :

Nemo me ex his eruat Silvis; latebo rupis exesae cavo, Aut sepe densa corpus abstrusum tegam.

Hinc aucupabor verba runioris vagi.

(Acte II, V. 358-361.)

De Sénèque aussi vient le jeu de scène du second acte :

Page 1