‹ De Jodelle a Moliere; tragédie, comédie, tragi-comédieChapitre 65 sur 92 · Acte I, p · texte numérisé non relu

Acte I, p

Du grand hot ennemi l'œil découure soudain S'écarter vn héraut la trompeté en la main, Qui f anf a- fan-far an t s'approche de la porte.

Ces deux redoublements ont disparu en 1601 et en 1604.

On m'excusera sans doute d'avoir donné ces indications, que mon sujet propre ne comportait guère, mais qui intéressent l'histoire de la grandeur et de la décadence de TEcole de Ronsard et qui peuvent suggérer à d'autres l'idée d'une étude plus complélo.

Je m'écarterai moins de mon dessein en remarquant que le prolixe poète a eu le courage de réduire les monologues et les discours de ses perî^onnages. Il disait dans l'avis Au lecteur de 1596 (p. 15)* : « Quand a ce que les personnages intro-

1. Il y a deux paginations dans l'édition de 1590 : lune; qui va de 1 à 10 pour la dédicace, les pièces liminaires, l'avis au lecteur, le prologue; l'autre qui va de 1 à 72 pour la tragédie;

duits en la mienne (tragédie) parlent longuement, sans entrerompre le fil de leur discours; sçache que ie ne Parfait sans exemple. Au reste i'ourdis céte tragédie en vn âge qui peut a peine recevoir aucun iugement, qui doit accompagner telles compositions. » De 1596 à 1601 et à 1601, Montclirestien a eu le temps de « recevoir un jugement » plus sûr; et, en dépit des « exemples » qui Pavaient encouragé, il a eu le mérite de retrancher force vers et force sentences. Au premier acte, Sophonisbe, qui débutait par prononcer 168 vers en 1596, s'est contentée de 120 en 1601 et de 104 en 1604. Le récit du songe et la discussion qui le précède otit formé successivement 198, 186 et 178 vers; le monologue de Massinisse au début du second acte : 94, 78, 62 ; les supplications de Sophonisbe à Massinisse : 148, 114,98; le discours de Scipion à l'acte IV : 190, 137, 87 ; le monologue de Massinisse à Pacte V : 234, 134, 132. — Le chœur aussi s'est piqué de sobriété, d'une sobriété toute relative. Il a sacrifié, d'abord 4 vers, ensuite 12 au premier acte ; 15 et 20 au second ; 6 au troisième; 18 et 24 au quatrième.

A ces suppressions la pièce a gagné d'avoir une allure moins lente; et l'on peut, si l'on veut, supposer que la représentation à laquelle avait assisté Mme de la Vérune avait été utile au poète en lui faisant sentir le danger des tirades par trop longues. Lui avait-elle aussi appris quelque chose en ce qui concerne la construction même et la mise en scène de sa tragédie?

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