SOPHONISBE » ET LA MISE EN SCENE
Dans les Irois éditions, l'ordre et la teneur des -cènes sont absolument semblables ; les mêmes personnages paraissent et disparaissent aux mêmes moments. La Nourrice de Sophonisbe parle plus tôt au 5® acte dans les éditions de 1601 et de 1604 (p. \ 14 et 154), mais elle était déjà sur la scène, mèm« en 1596. Quanta la Furie du S*" acte, si elle prend un nom moins général et si elle devient Mégère en 1604. cela ne change rien à son rôle et ne le rend pas plus utile.
Mais l'indication des lieux ou du lieu où se pass^ l'action se fait-elle plus nette? Écrit pour une représentation, est-ce au contraire le texte de 1596 qui est pour nous le plus révélateur?
Au premier acte, la mention du chasleaii de Sophonisbe et Tarrivée du messager qui vient annoncer la prise de Cirta ne diffèrent dans les trois éditions que par des variantes sans imporlance.
Le second acte est partout muet sur l'endroit où Massinissc vainqueur se laisse vaincre par les beaux yeux de Sophonisbe. Partout la reine aborde Massinissc de la- même façon brusque : « le te salue, ô Roy » (1596 et 1601), « Grand Roy, ie te salue » (1604^
Au troisième acte, Lélie, qui ne nous dit pas ou il est, voil venir Massinisse dans les trois éditions, et, s'il ne va droit à /a/ qu'en 1596, c'est sans doute (jue, par la suite, ces mots ont gêné le poète, occupé à supprimer, dans le distique où il se trouvait, le solécisme « lié! que veux-tu (ju'il disse? >^
Faut-il d'ailleurs attribuer une portée à cet hémistiche : « le m'en vois droit à luy » (p. 39)? Si oui, il en faut plutôt conclure que Lélie n'est pas sous sa tente, mais dans un endroit impossible à déterminer.
Et Sophonisbe non plus n'est pas dans un lieu distinct. Quand Léhe et Massinisse ont convenu qu'ils iraient trouver « l'empereur » Scipion, Massinisse dit, en 1596 (p. 43) :
le vois en avertir ma plus chère moitié : Sur tout souvenés vous d'auoir de moi pitié.
(Même texte à peu près en 1601 ; le trait a disparu dans les remaniements de 1604). L'occasion serait belle de changer de mansion, s'il y avait des mansions sur la scène. Mais, pendant que Massinisse s'attarde à invoquer les dieux, c'est la reine ellemême qui arrive :
Bon-iour mon grand ami, dit-elle en 1596 ;
Mais la voicy venir, bons dieux quelle merueille!
dit-il en 1601 (p. 94) et, presque dans les mêmes termes, en 1604 (p. 140).
Les actes IV et V sont ceux où les divergences des éditions ont pour nous le plus d'mtérêt, et pourtant elles n'ont rien de bien caractéristique.
Mais voi-ie pas Siphax qu'on m'amène lié?
dit Scipion dans les trois textes. Puis, quand il a accablé Syphax de reproches, quand il l'a fait débarrasser de ses fers, quand le vieux roi captif Ta plus ou moins longuement remercié, celui-ci se