‹ De Jodelle a Moliere; tragédie, comédie, tragi-comédieChapitre 7 sur 92 · I. Les Fourberies de Scapin, I, 4 et II · texte numérisé non relu

I. Les Fourberies de Scapin, I, 4 et II

enfin, comme aujourd'hui, un valet était un homme, responsable de ses actes devant la justice de son pays. Au théâtre, les choses en allaient tout autrement, car le valet, en dépit de son titre moderne, n'était autre chose que l'esclave antique. Or, l'esclave antique était le plus souvent né dans la maison ; le maître avait droit de vie et de mort sur lui; on se résignait à ses vices, parce qu'ils paraissaient inévitables, ou, s'il n'était plus possible de les supporter, on le battait, on l'enfermait, on le tuait. Tels étaient les Daves et les Tranions de la comédie latine; tel fut le valet de la comédie italienne, sur lequel fut calqué le valet de la comédie française.

Généralement placé entre deux maîtres, le père et le fils, le jeune et le vieux, il arrive que le valet ne tient ni à l'un ni à l'autre : quand son jeune maître est tourmenté, lui songe à manger^; quand il est en prison, comme dans les Corrivaux de Jean de la Taille, lui va au cabaret^; quand il est en danger, lui s'escrime de « l'espée à deux pieds », ou, si vous aimez mieux, se sauve '^

Cela pourtant est rare. Le valet est généralement dévoué aux jeunes gens, soit par bonté d'âme, soit parce que les jeunes gens, livrés à leurs passions, ont besoin du valet et lui montrent une familiarité qui le flatte : « Mon amy, dit le jeune Philippes dans le Morfondu^ Dieu a voulu que pour mon grand profict tu m'ayes desobey; mais puisque tu as tant bien commencé, il faut que tu faces encore

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