ïoiiie XII, p
Élève au ciel ma gloire et plaigne mes ennuis, Sachant que je t'adore et que je te poursuis.
(Acte m, scène -1, vers 070-972.)
« Par cette inégalité de Chimène, le poète fait douter s'il a connu l'importance de ce qu'il lui avoit fait dire lui-même :
Sachant que je l'adore et que je le poursuis ^
et laisse soupçonner qu'il ait mis cette généreuse pensée dans sa bouche plutôt comme une fleur non nécessaire que comme la plus essentielle chose qui servît à la constitution de son sujet. » L'Académie ne voit pas que Chimène tout à l'heure était, en effet, fermement résolue à poursuivre et à perdre Rodrigue, et que peu à peu elle l'a moins voulu, et que son amour, qui lui paraissait noble tant qu'il ne l'empêchait pas de garder tout pouvoir sur sa volonté, lui paraît une faiblesse maintenant qu'il commence à balancer en elle cette volonté. De plus, tant que Rodrigue n'avait pas rendu un éminent service à l'Etat, l'amour de Chimène n'avait aucune chance de se satisfaire; maintenant que Rodrigue ne peut plus être condamné, Chimène n'aurait qu'à céder à son amour pour que le mariage fût possible; elle a donc peur de son amour. Tout cela est profondément étudié, très dramatique, très vrai. L'Académie ne le sent pas. Voltaire non plus, ce qui fait supposer que le sens critique seul a manqué à l'une comme à l'autre. Mais Voltaire a pu être aussi égaré par son parti pris contre Corneille, et l'Académie par son inaptitude à voir dans un drame autre chose que des événements.