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pasien, ensuite des hommes sortis des provinces, Trajan et Adrien , tous deux Espagnols. Ce système d’association, dont nous avons vu l’origine dans les premiers temps de Rome, différait essentiellement, comme je l’ai dit, de ce qui avait lieu dans l’ancien régime grec, dans le régime d’Athènes, par exemple, où tout individu athénien, émigrant de la métropole pour les colonies d’Asie, perdait ses droits de citoyen. Mais s’il avait été la première base de la force de Rome, il lui était devenu encore plus nécessaire pour se soutenir dans sa domination sur le monde. Car désormais le Romain ne voulait plus ni travailler ni servir la patrie, et l’empire devait se défendre avec des armées composées d’étrangers. Le besoin de l’époque était donc de resserrer les liens qui unissaient le monde soumis au siège de la volonté suzeraine, et conséquemment, ces étrangers, si nécessaires à la défense, devaient peu-à-peu participer à tous les privilèges de leurs conquérans.
Ce fait de l’élévation progressive de l’étranger jusqu’à l’état de citoyen romain a sans doute puissamment contribué à répandre le principe de l’égalité naturelle parmi les hommes, et il appartient donc nécessairement à l’histoire de l’abolition de l’esclavage. Auguste seul se montra très réservé pour accorder le droit de citoyen romain (i), comme il fit des lois pour arrêter le progrès des affranchissemens. Il recommanda aussi par son testament de ne plus étendre les frontières de l’empire, et comme l’ob-
( 1 ) Suétone , in Octavio, c. 3g.
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serve Montesquieu (i), ces trois choses étaient très bien liées ensemble pour maintenir la durée de l’empire. Dès que les citoyens n'étaient plus décimés par la guerre, il ne fallait plus renouveler ces citoyens par les admissions d’étrangers et les affranchissemens. Mais encore eût-il fallu que ces citoyens voulussent défendre l’empire, et Auguste, qui avait ôté au peuple romain le droit de faire des lois, avait luimême grandement contribué à activer sa dégradation morale. Le fait de cette dégradation rehaussait l’importance de l’étranger pour la défense de l’empire, et les barrières qu’ Auguste avait voulu élever furent complètement abattues sous ses successeurs.
La vie de luxe et de volupté que menaient les riches romains, leurs vices même et leurs débauches rapprochaient de plus en plus le maître de l’esclave, et tel était le r ésultat inévitable de ces orgies infâmes desCaliguIa, des Néron, où l’empereur se mêlait à ses esclaves et s’habillait comme eux, de ces spectacles cruels où la noblesse et le prince se ravalaient au rôle de gladiateur. Mais il est difficile de suivre, dans les ouvrages qui nous restent, le mouvement qui put, vers cette époque, modifier les idées romaines, parce que ce mouvement n’a été ni brusque, ni tout-à-fait continu } mais plutôt lentement progressif, avec des temps d’arrêt dans sa marche, parce qu’il se fit sentir par la dégradation générale, et non par l’élévation raisonnée des sentimens moraux. Après que Cicéron et Atticus
(i) Montesq. Grandeur des Romains, ch. i3.
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s’étaient montrés doux et bienveillans envers leurs esclaves, Vedius Poilion nourrissait ses murènes avec la chair des siens (i). Un peu plus tard, au milieu du premier siècle de notre ère, Columelle recommandait (liv. i, ch. i.) de traiter doucement les esclaves; mais Columelle nous donne aussi le détail de l’ergastule et des punitions corporelles dont les esclaves étaient passibles. Il nous parle de l’esclave enchaîné comme portier avec le chien de garde, usage qui remonte au temps de Plaute et dont la conservation témoigne de la dureté des mœurs romaines. Le portier enchaîné se retrouve dans Ovide, dans Sénèque (a). Sénèque l’appelle, il est vrai, le dernier des esclaves ( ’mancipium extremum), et dans un autre passage (ep. 47)» >1 recommande l’humanité envers les esclaves; il les appelle des amis d’un ordre inférieur ( humiles amici). Mais ce précepte philosophique était loin d’être en pratique usuelle, et Plutarque battait son serviteur ( 3 ), en dissertant sur la morale. Epictète, esclave à Rome, avait eu la jambe cassée par son maître, et dans leSatyricon de Pétrone, qui paraît peindre les mœurs du temps de Caligula, les esclaves du riche Trimalcion ne sont pas traités plus doucement qu’au temps de César et d’Auguste. On y retrouve (c. 281 Yosliarius prasinatu 8 } le portier attaché par sa ceinture verte, et au-dessus de la porte se lit l’inscription suivante: Tout esclave qui sortira sans la permis -
(1) Sénèque, de Irâ, lib. ni, cap. / t o.
(2) Ovide. Amor. Elégie vi. Sénèque, do Ira, lib ni, cap. 3 ".
( 3 ) A<:i. Gell. lib. 1, c. 16'.
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sion du maître recevra cent coups. Un peu plus loin, au chapitre ao, Pétrone et ses amis obtiennent la grâce d’un esclave qui avait perdu au bain l’habit d’un antre esclave, son supérieur, et qui devait être fouetté pour cette faute. Le gracié embrasse avec effusion ses libérateurs, embrassement qui aurait paru indigne, ce me semble, aux anciens Grecs. Du reste, on voit, par cet exemple même, que l’esclave chargé d’une surveillance dans la maison avait son droit, et punissait par lui-même quiconque lui manquait parmi ses compagnons.
Comme exemple de dureté envers les esclaves, nous avons, dans Juvénal, le dialogue connu entre la dame romaine et son mari, pone crucem servo , satire vi, où le titre d’homme est refusé à l’esclave, o de mens, ità serais homo est. L’esclave y est à la pure merci de ses maîtres. — Pétrone, au chapitre ioa de son Satyricon, nous parle aussi d’esclaves qui se sont jetés dans la mer, par la crainte d’un châtiment plus sévère. Végèce, qui est du même temps, observe dans la préface de son Art vétérinaire, que les esclaves malades sont vendus à plus bas prix que les bêtes de somme et les bestiaux, indiquant que l’intérêt seul doit conduire le maître à les faire soigner. Mais déjà le villicus esclave s’élevait par sa position au-dessus des autres esclaves, et, comme les serviteurs de la ville, il gérait les affaires du maître. Les qualités que ce villicus doit posséder, suivant Columelle (i), en faisaient un serviteur précieux. A la
(i) Col. lib. 1 , c. 8.
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ville, les esclaves des riches prenaient toutes les manières de leur maître, et devenaient de petits seigneurs par rapport aux pauvres plébéiens. « Toute grande maison est pleine d’esclaves orgueilleux , dit Juvénal, satire v n. Ils s’enrichissaient aux dépens des cliens, dont les cadeaux leur étaient abandonnés par le maître. On lit, satire ni : « Nous autres cliens, nous sommes obligés de payer tribut, et d’augtnenter le pécule des esclaves, mieux habillés que nous. » Suivant Tertullien , les esclaves domestiques recevaient souvent le nom des rois vaincus de l’Asie, (i) L’homme était toujours marchandise courante, et le commerce des esclaves était très lucratif, quoique honteux : le nom de mango était une véritable injure.
Au commencement du second siècle de notre ère, toutes les infamies de ce commerce existaient comme précédemment, ainsi qu’on le peut voir dans les au- ’ teurs du temps, dans Suétone, vie de Domitien, c. 7 , dans Martial, épître à Mamurra. Le commun des esclaves se vendait toujours en public. Ceux de meilleur débit, et surtout , d’après l’épître de Martial, les enfans destinés à être prostitués, se vendaient dans l’intérieur de la boutique, exposés sur une espèce de table appelée catasta, mot importé de la Grèce avec les autres termes spéciaux des voluptés romaines. C’était sur cette catasta que les raffinés allaient tâter et choisir (a). Souvent les mar-
(i) Nequani servi regum rominibus insultant; Terlullien adv. Marcionern, lib. i.
(a) Perse. 6' satire. Voyfz aussi, dans l’Apologie d’Apulée ,
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chands châtraient les enfans pour les mieux vendre. Cet usage se trouve encore indiqué par un passage de Quintilien (Instit. v. 12 ). Il est singulier que le second Néron, Domitien,ait rendu un édit pour empêcher de faire des eunuques(i). A ce sujet , Martial le loue d’avoir rendu Rome pudique.
Au commencement de ce même second siècle, sous Trajan, on voit de nouvelles traces de l’existence du travail salarié, Pline-le-jeune employait des ouvriers salariés pour la culture de ses terres. Ce même Pline se montre bienveillant envers ses esclaves (a). Il leur permet de faire des testamens, et exécute fidèlement leur volonté après leur mort. Dans une autre de ses lettres (3), il se trouve héritier et exécuteur d’un testament, renfermant deux clauses contradictoires dont l’une affranchissait un certain esclave, et l’au* tre lui refusait la liberté. Il décide en faveur de l’esclave : mais il déclare positivement que la question avait été résolue contre celui-ci, par tous les hommes instruits qu’il avait pu consulter, et on ne peut dire que la bienveillance de Pline envers ses esclaves ait été habituelle à ses contemporains, lorsqu’on voit peu de temps auparavant, son oncle, Pline l’ancien (liv. xvui, c. 4 .), nous parler des esclaves qui cultivent les terres avec les pieds enchaînés et la marque empreinte sur le visage. Cependant, depuis l’avènement
p. 479 , le détail des secrets employés par les acheteurs pour reconnaître si l'esclave proposé était de bonne santé.
(1) Suétone. Domitien , vu.
(a) Pline le J., lib. îx, cp. 37, et lib. vin, ep. 16 .
(3) Pline le J., lib. iv, ep. io.
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de Nerva, jusqu’à la fin des Antonins, la législa* tion nous montrera une tendance visible à l’adoucissement des moeurs intérieures, et pendant cette période heureuse, les idées stoïciennes exercèrent leur plus grande influence sur le monde romain.
La secte stoïque prescrivait à chaque homme de se résigner complètement à son sort et de s’abstenir du mal , sans s’occuper de son avenir. Telle est la morale d’Epictète , cet admirable esclave qui sut améliorer et adoucir le maître qui l’avait mutilé. Mais cette austérité froide exigeait trop de la faiblesse humaine, pour faire un grand nombre de prosélytes parmi les malheureux, et elle conduisait les heureux à l’égoïsme. Les principes d’Epictète sont développés et étendus par Marc-Aurèle dans ses Pensées. Pour ce philosophe couronné, la nature a rendu tous les hommes amis, tous les hommes alliés (i): mais lui aussi n’ose pas attaquer de front la question de l’esclavage. L’homme esclave ne peut parler librement, dit-il simplement d’après Philon. (2)
Un autre philosophe du même temps, Lucien, moqueur perpétuel, ne présente aucune idée généreuse sur cette grave plaie de la société, et Lucien est le type exact du scepticisme général de l’époque. Quand il dit dans le Solœcista : Celui qui fait injure à ton esclave te fait injure à toi- meme , il engage le maître à défendre l’esclave, mais dans son propre intérêt, suivant le vieil axiome. Dans lin autre discours, les Fugitifs,
(1) Marc-Aurèle, lib. 11, § i-8;lib.vn, § sa ; et lib. xvm, § 27.
(a) Marc-Aurèle, lib. ix , § ao.