‹ De l'abolition de l'esclavage ancien en OccidentChapitre 12 sur 91 · RAPPORTS DD MAITRE ET DE L’ESCLAVE · texte numérisé non relu

RAPPORTS DD MAITRE ET DE L’ESCLAVE

Lucien se moque de certains philosophes, et finit par les faire reconnaître pour des esclaves fugitifs qui sont rendus à leurs maîtres et punis de leur escapade.

En général, avec l’admission devenue accessoire du barbare aux droits du citoyen romain, admission rendue générale au in ü siècle par Caracalla, le grand fait qui distingue les trois premiers siècles de l’ère chrétienne et la fin de Rome païenne , c’est la dégradation morale du citoyen romain , et de tous les habitans de l’Italie. Cette dégradation a pu s’arrêter un instant au second siècle , de Nerva à la fin de Marc-Aurèle, et encore du temps de ce dernier prince , sa femme et son collègue se souillaient dans la débauche. Mais après cette époque , la dégradation reprit librement son cours. Les hommes riches s’abrutissaient dans les plaisirs, et tremblaient servilement sous la main de l’empereur. Les cliens mendiaient servilement la sportule du matin, à la porte de l’homme riche. Le peuple vivait des distributions gratuites faites au nom des empereurs, et voulait avoir son pain et ses jeux du cirque ( i ). Tous se précipitaient dans la servitude, suivant l’expression énergique de Tacite, et la distinction entre le maître et l’esclave particulier s’effacait de plus en plus sous la main du despotisme , comme elle s’est effacée parmi les individus de même race dans les monarchies absolues de l’orient.

L’an 800 de Rome ( 47' de notre ère), il ne restait

(1) Suéton. in Aug. 4 ». — Dion, xxxi, 3 a. — Juv. x, 81.

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plus qu’un très petit nombre non-seulement des anciennes familles patriciennes, mais même de celles qui avaient été créées par César et par Auguste (i). Suivant Valère Maxime , la famille des Scaurus se trouvait dans un tel état d’abaissement que le Scaurus de son temps s’était fait marchand de charbon (a). Claude et Yespasien renouvelèrent les efforts de César et d’Auguste , et élevèrent une partie des sénateurs à la dignité de patricien. Ainsi Agricola avait eu pour ancêtres des chevaliers, et il fut nommé patricien par Yespasien. Mais ces nouvelles créations qui comprenaient presque toujours la famille régnante, furent bientôt détruites par les révolutions, par la haine des tyrans, par le changement des mœurs et le mélange des nations étrangères. A la fin du troisième siècle , après que tant d’empereurs barbares se furent succédé sur le trône, on se souvenait seulement par une tradition vague que les patriciens avaient été le premier ordre de Rome.

Déjà depuis plus d’un siècle avant Trajan et les Antonins , le christianisme avait paru , et le nombre de ses prosélytes croissait assez rapidement pour effrayer les empereurs et le monde païen. L’influence de l’élément chrétien pour l’abolition de l’esclavage doit être étudiée dès cette époque dans sa pureté primitive, avant que sa morale se fût mêlée avec les anciens principes ou préjugés. Suivant l’ordre des

( 1 ) Tacite, Ann. xi , a5.

(a) Valère Maxime, lib. iv, c. 4.

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temps historiques, je devrais donc commencer à en parler; mais , comme ici l’action du christianisme est un fait tout nouveau dans l’histoire de l’empire romain, je dois d’abord achever de décrire toutes les modifications effectuées dans la condition de l’esclavage, sous l’influence des idées païennes. Ensuite je reprendrai l’histoire des premiers temps du christianisme, et cette histoire me conduira directement à l’avénement de Constantin.

En terminant ces considérations générales, je présenterai une observation. On pourra s’étonner que je ne fasse pas ressortir dans un plus grand jour l’influence de la secte stoïque pour l’abolition de l’esclavage; que je ne lui attribue point une section particulièredans cette sorte de chronologie de la morale humaine, suivie par mon plan. C’est ainsi que I)attius, auteur d’une très bonne dissertation sur la vente des enfans dans l’antiquité, divise la législation relative à cette vente en trois grandes époques: l’époque des idées anciennes, l’époque de l’influence de la secte stoïque, l’époque de l’influence chrétienne. Nul doute que l’influence des idées stoïques a été réelle sous Adrien, les Antonins et Alexandre-Sévère. Mais elle semble devoir se borner à ces règnes, ou du moins, hors de là, on ne peut guère en découvrir la trace, dans ces temps où les principes moraux étaient si variables, si peu affermis. Les empereurs que je viens de nommer ont bien mérité de l’humanité par plusieurs édits favorables à la condition des esclaves, qui sont restés après eux; mais nous trouverons aussi d’autres édits favorables à ces

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mêmes esclaves, et inspirés à certains empereurs, par des sentimens tout-à-fait indépendans de l’influence philosophique (i). Je crois donc me tenir plus dans le vrai, en rapportant les faits dans un cadre général, et en ne formulant pas sous une expression rigoureuse, l’influence réelle de la secte froide et austère des stoïciens.

(i) La vie de Marc-Aurèlc lui-même présente à la critique Lien des points répréhensibles.

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