ESCLAVAGE EST GAULE ET EN GERMANIE
nous sont parvenues écrites , nous représentent des usages dont la plupart remontent sans aucun doute à une époque bien antérieure à l’invasion; car les peuples sauvages ou à demi sauvages n’ont aucune raison pour changer leurs coutumes , puisque leurs besoins sont toujours les mêmes. Ils agissent comme les animaux vivant en société, dont les habitudes instinctives se retrouvent dans Aristote, dans Pline, telles que nous les voyons de nos jours; mais les lois barbares que je viens de citer furent certainement rédigées après le v* siècle. Elles sont même mélangées de coutumes romaines, et conséquemment je les étudierai, après l’époque de l’invasion, pour me conformer à la règle que je me suis tracée de ne jamais devancer l’ordre chronologique. Je me borne donc actuellement aux documens fournis par César et par Tacite.
César ne parle pas des esclaves dans sa courte description de la Germanie qu’il ne fil que visiter. Dans la Gaule qu’il connaissait bien, il nous montre (i) tout le pouvoir entre les mains des druides ou pré-* très, et des nobles ou chevaliers. Le peuple ne délibère pas, n’ose rien par lui-même, et est traité en esclave. La plupart des individus de la classe inférieure, forcés par la crainte, par la pauvreté ou par des dettes, se vouaient, selon son récit, aux hommes riches qui s’arrogeaient sur eux tous les droits du maître sur l’esclave. Parmi ces individus, les plus distingués étaient les Ambacies ou Soldant, espèce .
( 1 ) De bello Gallico, lib. vi, i3.
IOO DEUXIEME PARTIE. — II* SECTIOX.
de cliens qui s’attachaient aux nobles chevaliers, d’une manière constante , et tenaient le milieu entre ces nobles et le bas peuple. Cette condition dégradée du faible et du pauvre se retrouve dans l’histoire de toutes les nations. Mais ici, on peut faire deux observations. Premièrement, dans cette agglomération de peuplades qui formaient le peuple gaulois, les guerres étaient fréquentes, presque annuelles, dit César. Que devenaient les prisonniers? Étaient-ils soumis à un traitement plus rude que les autres individus du peuple, ou massacrés immédiatement dans ces épouvantables hécatombes offertes aux dieux? Cette dernière solution est bien dure : mais César ne parle pas des prisonniers gaulois faits par les Gaulois. Secondement, par le récit même de César, tout empreint qu’il est des idées romaines, on voit que l’esclavage, comme institution légale, n'était pas établi dans la Gaule primitive, et celte institution des ambactes ou compagnons nous montre la trace d’une idée d’association et d’union contraire à l’esclavage domestique. Cependant la masse du peuple pouvait être aussi misérable ou à-peu-près que si elle eût été esclave, de manière à justifier les expressions de César : mais le besoin du travail était alors peu senti dans la Gaule peu peuplée et peu cultivée; et comme généralement, c’est ce besoin qui a produit l’esclavage, il n’est pas étonnant que celui-ci n'existât pas comme institution.
On voit dans l’histoire qu’après la conquête, l’administration romaine fit de constans efforts pour détruire ces réunions dangereuses autour de chefs in*