‹ De l'abolition de l'esclavage ancien en OccidentChapitre 29 sur 91 · ESCLAVAGE EN GAULE ET EN GERMANIE. IOI · texte numérisé non relu

ESCLAVAGE EN GAULE ET EN GERMANIE. IOI

dépendans par leurs richesses. Des routes furent établies, des municipes furent créés, et il est évident que le peuple de ces nouvelles cités dut être bien plus heureux que dans son ancien état de liberté nominale. Toutefois, le préjugé national subsistait toujours, et souvent les hommes puissans se révoltaient avec leurs affidés. On en voit divers exemples dans Tacite; mais, en somme, le nombre des ambactes dut grandement diminuer, et, quant auxesclaves proprement dits, il semble que sous la domination romaine ils durent être peu nombreux en Gaule; car les Gaulois, pris dans les révoltes, devaient être exportés par un simple principe de politique, et c’eût été une grande faute d’introduire des esclaves étrangers dans ce pays si voisin de la Germanie, toujours prête à recommencer la guerre avec les Romains. Les immenses travaux d’aqueducs et de routes répandus alors dans les Gaules semblent avoir été l’œuvre des légions et du peuple travaillant par corvées. (i)

On connaît le fameux passage de Tacite sur les esclaves des Germains et sur leur condition. Tacite rapporte d’abord que l’ardeur effrénée des Germains pour les jeux de hasard, ardeur tout-à-fait semblable à celle des anciens babitans de l’Amérique (a ), les en t raine sou-

(i) Les Bagaudes qui se révoltèrent sous Dioclétien , étaient des cultivateurs gaulois, expropriés par des jugemens, probablement pour non-paiement de la taxe, et non des esclaves ou des colons. Voy. Salvien, lib. 5 , do Vero Jud. et Prov.

(a) Voyez Torqucmada Motiarq , Indiana, tome ni, liv. 14 ch. 16.

IOa DEUXIÈME PARTIE II* SECTION.

vent à jouer leurs femmes, leurs enfans, et même leur propre liberté, o Le vaincu (i) se livre lui-même, dit a Tacite. U se laisse enchaîner et vendre. Le gagnaut « vend d’ordinaire l’esclave ainsi obtenu pour se dé- « livrer de la houte d’une telle victoire. Quant aux « autres esclaves, c’est-à-dire, quant à ceux qui ne u proviennent pas du gain d’une partie du jeu,

• et que le maître possède par achat ou par héria tage, ils ne sont pas classés chez les Germains « comme chez nous, et occupés des divers emplois « du service domestique. Chacun a son habitation « qu’il régit à son gré; le maître leur impose comme « à des fermiers ( coloni ) une certaine redevance en « blé, en bétail, en habillement; ce sont là les seules a obligations de l’esclave. Quant aux soins intérieurs « de la maison du maître , ils sont remplis par sa « femme et par ses enfans. Frapper un esclave, ou « bien le punir par les fers ou par un travail forcé, « est une chose rare. Les maîtres tuent plutôt leurs « esclaves, non par esprit de discipline ou par sévé- « rité, mais dans un mouvement de colère, comme « on tue un ennemi. Seulement le meurtre de l’es- « clave est impuni. Les affranchis ne sont guère au- « dessus des esclaves. Rarement, ils ont quelque im- « portance dans la maison, jamais dans l’État, excepté « chez les nations germaines soumises à des rois. « Chez celles-ci, les affranchis s’élèvent au- dessus des « hommes libres et des nobles. L’abaissement relatif

(i) Tacite, Germania, ch. 24 et 25 . J’ai suivi, sauf quelques légers changeracns, la traduction de M. Burnouf.

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« des affranchis chez les autres nations est une preuve « de leur liberté. »

D’après ce passage de Tacite, l’esclave germain, comme le serf du moyen âge, était uniquement occupé à la culture des terres et à la garde des bestiaux, lesquels devaient former la principale richesse du maître, dans ce pays tout couvert de forêts et de marécages, où la culture proprement dite était fort peu avancée. Un tel état de choses s’accorde avec la simplicité primitive des mœurs germaines. Plus tard, cette simplicité changea par les relations avec les pays occidentaux. Le Germain eut des esclaves pour lé service intérieur de sa maison, et leurs dénominations diverses se peuvent lire dansPotgiesser(i):mais l’état de l’esclave cultivateur ne changea pas en Germanie. Après l’invasion, les lois barbares nous montrent ta majeure partie des esclaves attachés au travail de la terre, et généralement, dans les contrats, ces esclaves se vendent, s’achètent avec la propriété qu’ils cultivent, de manière à devenir, par le fait, partie intégrante de cette propriété , ce qui est le caractère spécial du serfdu moyen âge. Tacite n’est pas , à beaucoup près, aussi explicite. Cependant une conclusion analogue peut se déduire de son texte qui nous représente l’esclave , éloigné de la demeure de son maître, lui payant une rente et ne travaillant pas sous la surveillance d’un délégué, comme l’esclave des fermes romaines. Ces indications rapprochées du texte

(1) Potgiesscr, de couditione et statu sertortun in Germnniâ. Colog. 1722, lib. 11, c. 3 .

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