DEUXIÈME PARTIE. « — II* SECHON
des lois barbares qui furent écrites, peu de temps après la conquête, doit donc faire remonter avec beaucoup de vraisemblance à l'ancienne Germanie, la coutume de l'annexion du serf ou esclave à la glèbe, ou la coutume du servage réel, sans que l’on puisse dire que cette coutume ne fût pas modifiée souvent par le caprice du maître.
Ainsi , dans l’Inde où la culture se fait toute par des esclaves, la coutume varie suivant les districts( i). Dans les uns où la terre appartient à des communautés, l’esclave reste attaché à la terre. Dans les autres où elle est divisée entre des propriétaires distincts , souvent le propriétaire transporte ses esclaves d’un de ses domaines à un autre , et il vend ses terres, tantôt avec les esclaves , tantôt sans les esclaves, comme on voit, dans les parties de la France où la culture se fait par métayage , les fermes se vendre tantôt avec le cheptel de bestiaux , tantôt sans ce cheptel. Toutefois, dans ces pays où les communications sont difficiles, l’habitude générale est de vendre avec le cheptel , et cette même difficulté des communications avait dù établir dans l’antique Germanie une habitude semblable, relativement aux esclaves. L’homme travailleur y étant rare, il devait communément se vendre avec la terre qu’il mettait en valeur : mais ceci ne peut être considéré que comme une simple habitude résultant des circonstances locales.
(i) Vov. le curieux rapport de M. Campbell «ur l’esclavage dans le midi de l’Inde. Madras Journal, 1 834-
ESCLAVAGE EM GAULE ET EM GERMANIE. lo5
La division générale de la Germanie en pagi ou cantons réunis autour d’un chef individuel, se trouve expressément dans César et dans Tacite. L’organisation de ces cantons était semblable à ce qui se voit encore chez les tribus sauvages de l’Amérique , et la liberté des sauvages germains délibérant en commun sur les inlérêts de la tribu, forme un étonnant con- ' traste avec l’abâtardissement de leurs contemporains du monde impérial. Dès-lors, parmi ces Germains, apparaît l’institution des compagnons, comités, dévoués aux hommes puissans comme les ambactes des Gaules, et les divers traits de cette institution , répandus dans César, Tacite et Am mien-Marcellin (i)j ont été réunis et parfaitement étudiés par Canciani (a), et depuis, par M. Naudet (3). Mais ce lien de dévoûraent ne s’étendait pas à l’esclave proprement dit : ni Tacite, ni A mmien -Marcellin ne nous disent que l’esclave germain dut suivre son maître à la guerre, comme l’ancien ilote de Lacédémone. En considérant donc à part l’esclave germain, je dirai que son annexion à la glèbe , ou en d’autres termes , que le servage réel existait déjà, dès les anciens temps en Germanie comme habitude et non comme principe fondé sur un lien de dépendance mutuelle entre le maître et l’esclave. Quant à l’institution des comités , les germes quelle avait jetés dans l’esprit germain se
(i) César, de bello Gall. ni, aa, vi, i£», vu, 40. — Tacite, Germania, c. i 3 et 14. — Amin. Marcell. xn, ia,et xvu, 10.
(a) Canciani, Lois barbares, t. v, p. 120. Ed. 1792.
( 3 ) Tacite, de la collection Lemaire, v' vol., p. 114.