‹ De l'abolition de l'esclavage ancien en OccidentChapitre 5 sur 91 · GRECE ANCIENNE · texte numérisé non relu

GRECE ANCIENNE

vail intérieur, comme les fourmis ouvrières d’une fourmilière. Les esclaves ruraux, spécialement connus sous, le nom d’ilotes (de la ville d’Élos) affermaient les terres des Spartiates , moyennant une rente très faible qu’il eût été honteux à un propriétaire de vouloir augmenter. Ainsi l’avait réglé Lycurgue pour détacher ses compatriotes du goût des richesses (i). De là résultait que le profit principal était pour les Ilotes, et sous ce rapport leur condition semble meilleure que celle de l’esclave pur. Mais, d’autre part, ils étaient sans défense aucune devant la loi, non plus que des bestiaux. Sur le moindre soupçon , ou même par caprice, ils étaient frappés et punis de mort. Ces Ilotes portaient un costume particulier et un bonnet de peau. Les citoyens dont ils cultivaient les terres ne pouvaient ni les affranchir ni les vendre en pays étranger. L’état seul pouvait leur concéder la liberté. Ils étaient donc véritablement esclaves de Létat. ( 2 )

A Athènes, les esclaves étaient d’origines diverses, puisqu’il y avait parmi eux des Athéniens vendus par leurs parens. Ils devaient se faire reconnaître par leur courte chevelure (Jtristoph.-ufvea ) , et par leurs petits noms de deux syllabes. Ils travaillaient principalement comme manœuvres (3), et n’étaient point, comme à Lacédémone, fermiers

( 1 ) Plut, in Lycurgo, c. 5a.

( 2 ) Xénophon. Rcp. de Sparte, chap. 6. — Myron apud Athen. lib. xiv. — Pausanias, liv. vm, chap. ao. — Medii inter liberos et servos sunt Lacedæmonioru m Helotes (Poil . Onom, 1 . ni, c. 8).

(3) Poli. Onom. lib. vu, cap. 4 et seq.

pour un prix fixe des terres de leur maître. Souvent néanmoins , ils trouvaient moyen d’amasser un petit pécule qu’ils lui offraient comme prix de leur rachat, à l’époque de la naissance d’un fils ou d’un mariage dans sa famille, et alors le maître les affranchissait assez aisément. L’affranchissement par l’état pour des services publics était beaucoup plus rare. Le maître punissait ses esclaves par le fouet , par le travail de la meule. Il faisait marquer d’un fer chaud au front ceux d’entre eux qui s’étaieut enfuis ou qui provenaient des pays barbares, alty^txliai. Cependant les esclaves n’étaient pas complètement abandonnés au caprice du maître. Ils avaient un lieu d’asile, le temple de Thésée, où ils se réfugiaient et pouvaient réclamer une enquête juridique (i). S’il était constaté que le maître s’était montré trop dur envers le réfugié ou qu’il avait violé sa pudeur, la loi intervenait, et l’esclave était vendu à un autre maître. La loi les protégeait aussi contre les insultes de tout autre citoyen ( 2 ). Enfin, une citation du vieil analyste Lucius Accius , rapportée par Macrobe (3), attribue aux Athéniens la première institution des Kroniesou Saturnales, de ces fêtes singulières qui égalisaient le maître et l’esclave au moins pour un jour. Rien de semblable n’existait à Lacédémone. (4)

(1) Poil. Onom. lib. vu, cap. 2.

(a) Atheuée, lib. 6 .

(3) Macrobe Satura. 1, chap. 7. Plut, corap. de Numa et de Lycurgue.

(4) Des fêtes analogues aux saturnales ont été trouvées chez

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En général, par l’influence du caractère plus doux des Athéniens, et probablement aussi par le mélange des esclaves provenant d’origine athénienne , la condition des esclaves passait pour être plus douce à Athènes que dans tous les autres petits états de la Grèce (i). La loi protégeait jusqu’à un certain point leur existence, ce qui n’avait point lieu à Lacédémone; ils avaient leurs fêtes, et pouvaient obtenir plus facilement l’affranchissement de la bienveillance de leur maître, que d’une assemblée de citoyens, toujours jalouse de ses droits. Mais à Lacédémone , l’esclave affranchi semble avoir été plus promptement admis dans la classe citoyenne. Il était conduit, couronné de fleurs d’un temple à un autre, en présence du peuple (a), tandis que généralement à Athènes, il restait dans une situation inférieure. A Athènes, alors même que des services publics faisaient admettre directement l’esclave au rang de citoyen , il était affranchi sans aucune cérémonie publique. Il payait douze drachmes et trois oboles comme droit de son affranchissement (3), et devait rester sous le patronage de son ancien maître qui pouvait le faire arrêter et conduire devant le juge en cas de mauvaise conduite à son égard. Si le fait était prouvé , l’affranchi reprenait sa chaîne d’esclavage. L’acquittement le rendait parfaitement

les Indiens du Mexique, à l’époque de la découverte de l’Amérique. Voyez Torquemada, Monarq. Indiana, lib. x, cap. 9.

(1) Xenoph. de Rep. Atli.

(a) Thucyd. lib. xv,cap. 80.

( 3 ) V. Harpocrate, au mot Mstmxkv et Suidas.

libre. Dans ce débat judiciaire, sa défense était présentée par un twïïpowoc ou curateur.

La population Spartiate, décimée par ses perpétuelles luttes avec les communautés voisines, dut s’aider fréquemment de ses Ilotes à la guerre, et c’est ainsi qu’à Platée, sept Ilotes accompagnaient comme voltigeurs tout homme d’armes Spartiate, owXrwîç (l). Parmi ces Ilotes, ceux qui se distinguaient étaient affranchis : de là résulta que le plus grand nombre des familles primitives de Sparte disparut peu-à-peu, et fut remplacé par des familles ilotes, qui ne possédèrent pas tous les droits et privilèges des familles Spartiates.

La communauté proprement dite des citoyens de Lacédémone se composait de deux classes distinctes; celle des »po<oi, pairs ou égaux, qui jouissaient des droits complets du citoyen et étaient tous égaux entre eux, et celle des oiwfuiov»f, inférieurs, qui étaient les citoyens pauvres, les affranchis et leurs enfans. Ceux-ci votaient pour l’élection des magistrats, mais n’étaient pas éligibles. En outre, la noblesse comprenait un corps de chevaliers, dits cinrayf*Tai. Les villes de la I^aconie formaient une confédération dont Sparte était la tête. Elles envoyaient leurs députés à l’assemblée générale, qui se tenait à Sparte, pour fixer le chiffre des contributions , et le nombre des soldats nécessaires à la confédération. Les Ilotes,

(i) Xenophon, Hell. lib. vu. — Tliucyd. lib. iv, cap. 8. — Hérodote, lib. viu , cap. 10.

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