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affranchissemens, et représente même le don de liberté comme la récompense à-peu-près certaine que l’esclave qui s’est bien conduit recevra à la mort de sou maître. « Quoique tu sois inhumain et cruel, « dit-il à son auditeur dans sa treizième homélie sur « l’évangile de saint Mathieu, tu ne voudrais certai- « nement pas en mourant laisser sans récompense « l’esclave qui t’a bien servi. Tu lui donnes la liberté, « tu lui accordes quelque argent, et ne pouvant « rien faire de plus, puisque tu meurs, tu le re- « commandes à tes héritiers. Combien Dieu ne doit-il « pas être plus généreux envers ses fidèles! »
Nous avons vu Justinien consolider par des réglemens spéciaux les droits des maîtres sur les esclaves qui se réfugiaient dans les couvens et se faisaient prêtres. Jusque-là en effet, l’opinion générale des fidèles les déclarait libres. Un ministre du Seigneur ne pouvait retourner en esclavage. Cependant saint Basile, dans la partie de ses Conseils moraux, intitulée JReffulce f usina tractaice, ou développement des premières règles, rappelle l’exemple de saint Paul qui, après avoir converti Onésime, l’avait renvoyé à son maître Philémon. «Tout esclave, dit-il, qui « se sera dérobé au joug et réfugié dans une associa- « tion religieuse (in fratrum conventum ) devra être « admonesté, amélioré et renvoyé à son maître. » Après lui, saint Augustin paraît d’un avis différent : il dit, de operis monachorum : « Maintenant, à cette profes- « sion de servitude devant Dieu , il vient le plus sou- « vent des hommes de condition servile, ou affranchis « pour cette raison par leurs maîtres, ou méritant
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« par cela même l’affranchissement, Velpropterhocà « dominis libérait , sive liber andi. »
Le grand nombre des esclaves qui échappaient ainsi à leurs maîtres, a pu motiver en partie l’édit rendu par Valens et inséré au code Théodosien , contre les solitaires qui se retiraient dans le désert. Valens les appelle des fainéans ( ignavia sectatores') qui abandonnent les devoirs de la vie civile, se réfugient dans les déserts, recherchent les lieux abandonnés, les cavernes, et se joignent aux réunions de moines.
Sous Théodose le jeune, saint Isidore de Peluse (1) parle d’un certain Zosime qui, d’esclave, était devenu prêtre, et se conduisait aveq insolence : cùm ipse servus sit et à servie origine rn duxerit. Il engage ■son ami à supporter patiemment les excès de Zosime. Le passage de la soumission de l’esclave au pouvoir du prêtre était beaucoup trop brusque, pour que la société ne dût pas [maintenir ses anciens droits et rendre le changement progressif. Cette considération put entra* dans les vues de Justinien lorsqu’il rétablit le droit du maître sur l’esclave réfugié; mais son motif principal devait être la consolidation du colonat.
En général , la législation du Bas-Empire répugnait tellement à changer l’ancienne législation, que même l’ancien droit de vie et de mort , du père sur le fils, n’est pas aboli par le code de Justinien. Mais ce droit était alors tombé en désuétude et par l’adoucissement des moeurs, et, il faut le dire, par la
(1) Saint Isid. lîv. 9, ép, 997 et 998.
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faculté d'exposer l’enfant. Dans un rescrit rendu en 3a3, et daté de Thessalonique (i ), Constantin rappelle que les anciens, en accordant aux pères le droit de vie et de mort sur leu A enfans, n’avaient pas accordé à ces pères le droit de leur ôter la liberté. Justinien n’a rien ajouté à cet édit. Au titre de pat ria pofeslate , dans les Institutes, il dit seulement que les enfans nés en légitime mariage sont au pouvoir du père. Dans l’ancienne législation des douze Tables, la mère n’avait aucun droit sur ses enfans , et ceci se retrouve dans la législation de Justinien. Le souvenir du droit de triple vente, accordé au père sur le fils, se conservait alors par une cérémonie particulière , au moment de la majorité ou de l’émancipation du fils.
§ III. Dénominations usitées pour désigner l’esclave. — On peut chercher quelques indications sur la situation sociale de l’esclave par rapport à son maître, dans les dénominations employées pour désigner l’esclave à des époques différentes. Nous avons vu , dans les premiers temps de Rome, le nom de puer enfant, fréquemment employé pour désigner les esclaves. Ensuite , Plaute et Térence , à la fin des guerres puniques , nous ont reproduit toutes les dénominations injurieuses appliquées aux esclaves. Sous la fin de la république, le style épistolaire présente de nouveau cette habitude du mot puer , et l’on ne trouve même pas dans les lettres de Cicéron la désignation barbare de mancipium,manu eaptum, dont le
(1) Code J. vm, lit. 47, de patriâ potestate.
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genre neutre assimile l’esclave à la chose. On lit dans la satire vu d’Horace. — Davus amicum... mancipium domino: mais c’est l’esclave qui parle et veut se bien introduire auprès de son «naître. Le terme de mancipium est encore fréquent dans les historiens , dans Sénèque même, dans Varron qui appelle l’esclave instrumentum vocale, et le range parmi les instrumens de la culture, dans Columelle et autres. Mais Pline le jeune ne l’emploie pas dans ses lettres. Il désigne ses esclaves par les noms masculins de servus,famulus.
Apulée, dans son apologie, se sert seulement du mot servus, en parlant des esclaves qui ont été appelés à déposer sur l’accusation de magie à lui intentée; mais il place le mot mancipium dans la bouche du crieur public qui vend son âne métamorphosé.
Ailleurs, en établissant le compte de fortune de Pudentilla , il dit qu’elle cède à ses fils mancipia quadragesima. Lucien, dans ses Fugitifs, se sert du mot & vXoç plutôt que du mot avfyai roÆov, dont le genre neutre a le même sens que le mancipium latin. Ce terme neutre d’avipa^oJov ou de mancipium est encore plus rare dans les écrivains chrétiens des premiers siècles de notre ère;et comment auraient-ils pu l’employer, lorsqu’ils présentent toujours l’esclave comme l’égal du maître aux yeux de la divinité? Iis n’emploient que le mot servus ou SovXoç. Lactance, en parlant des esclaves des chrétiens , dit indistinctement servi, famuli , domestici, jamais mancipia.
Le terme générique de mancipium se trouve en plusieurs endroits des codes Théodosien et Justinien.
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— De mancipiis colonisque agrariis et saltuensibus... mancipia rustica passini, — Ici, c’est la Toi qui parle; là, ce sont les mœurs. Au surplus, on trouve dans la législation civile du Bas-Empire une grande confusion des anciennes locutions détournées de leur sens primitif. Ainsi, bien que, d’après les codes, les citoyens romains pussent seuls contracter un mariage régulier ( justœ nuptiœ ), les termes de nuptiœ , matrimonium, contubernium , se trouvent employés simultanément pour désigner les unions des colons et des esclaves ruraux (i).
Depuis Constantin, les plus hautes charges del’e mpire furent désignées par des termes qui correspondaient littéralement aux divers services de l’intérieur du palais. Le grand maître des offices dirigeait l’administration civile. Les domaines particuliers de l’empereur étaient administrés par un cornes ou oxoXou7oç, compagnon ou suivant, terme dont on a fait celui de comte. Les soldats de la garde impériale étaient appelés domestiques et leur chef avait le titre de comesdes domestiques. La formule du serment prêté à l’empereur, du temps de Justinien, était: une conscience pure, et une servitude fidèle ( puram conscieniiam, germanumque servitium). A mesure que l’on avance dans l’histoire du Bas-Empire, la signification des anciens termes continue à se modifier, et ce changement devient une difficulté sensible, pour déterminer précisément la condition véritable de la classe servante aux diverses époques.
(«) Voy. les diverses Novelles de Justinien, sur le partage des enfans.
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§ IV. Principes des écrivains chrétiens. Cherchons maintenant quels étaient, dans les trois premiers siècles de l’einpire chrétien, les principes énoncés par les défenseurs du christianisme au sujet de l’esclavage. Ces principes se montrent toujours les mêmes que sous l’empire païen. Le christianisme acceptait l’esclavage comme un fait, et recommandait seulement la douceur des relations entre le maître et l’esclave, liés ensemble par leur égalité commune devant Dieu. Les pères de l’église, comme les apôtres, prescrivent la soumission même aux maîtres infidèles.
Je citerai le premier, par ordre de naissance , saint Basile, qui naquit l’an 3ag dans la Cappadoce , cette ancienne pépinière des esclaves romains. Saint Basile cite, règle lxxv, ch. i, de ses Discours moraux, les célèbres paroles de saint Paul, dans sa lettre aux Ephésiens, et les explique ainsi : a Ceci prouve que « l’esclave doit obéir à ses maîtres, en toute bonté « de cœur, et pour la gloire de Dieu , pourvu que « les maîtres ne lui demandent rien de contraire à « la loi divine ; et plus loin , même règle , ch. 1 1 , il « explique une citation de l’évangile de saint Jean, « en disant s ceci prouve que les maîtres, en mémoire « du vrai Seigneur, doivent accorder à leurs esclaves « les mêmes secours et aides qu’ils en reçoivent. En « agissant ainsi avec bienveillance envers eux et dans a la crainte de Dieu, ils suivront l’exemple du Sei- « gneur. » — Dans une autre partie de ses œuvres, désignée par le nom de Développement des premières règles , saint Basile exhorte les esclaves chrétiens à ne pas secouer le joug de leur condition , en leur rap-
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pelant l’exemple de saint Paul, renvoyant l’esclave Onésime à son maître Philémon. « Seulement, dit « saint Basile, au cas où le maître voudrait forcer « l’esclave de violer les ordres de Jésus-Christ, alors « celui-ci pourrait s’y refuser. » Saint Jean Chrysostôme, qui naquit en 34o, attaque fortement le principe de la servitude, mais seulement sous le point de vue théorique; pour lui, esclave et libre sont simplement des noms; le nom d’esclave est un mot sans consistance. « Combien de maîtres, dit-il, sont étena dus ivres sur leurs lits de festin , tandis que les « esclaves sont debout et sobres! Lequel appelle- « rai- je esclave, l’homme sobre ou l’homme ivre? « l’esclave de l’homme ou l’esclave du vice (i)?a Dans ses homélies sur la Genèse, il dit de même : « L’esclavage estunnotn; celui-là seul est réellement « esclave qui commet un péché. » Dans sa dix-neüvième homélie sur l’épître de saint Paul aux Corinthiens, il conclut, comme saint Basile, que l’esclave doit obéir constamment à son maître, tant que celui-ci ne lui commandera rien qui déplaise à Dieu : en ce cas seul, il ne doit pas obéir. Dans sa quatrième homélie sur l’épître à Titus, on lit encore : « L’esclave « qui obéit aux ordres de son maître remplit les pré- « ceptes de Dieu. »
La restriction apportée par ces deux pères est conforme au réglement de Constance contre les Juifs, et à l’esprit général du temps : on peut même dire, conforme à l’esprit de toute tolérance éclairée. Avant
(i) Saint Jean Chrysostôme, in terræ motura et Lazarniti.
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eux, Eusthate avait engagé, dans ses prédications, les esclaves chrétiens à quitter leurs maîtres; son zèle inconsidéré fut condamné au concile de Gangra, sous Constantin.
Je pourrais encore citer un passage de saint Grégoire de Naziance, né en 376 : on le trouvera dans la note placée au bas de cette page, avec quelques citations de saint Augustin et de saint Isidore de Peluse (1). Saint Augustin commente l’épître de saint Paul comme saint Jean Chrysostôme , et s’écrie : « Le « Christ n’a pas fait de l’esclave un homme libre; il « a fait du mauvais esclave un bon esclave. Le Christ « a converti l’esclave infidèle, mais il ne lui a pas a dit : Quitte ton maître. Il est impie et peut-être in- « juste ; toi, tu es juste et fidèle. Il serait indigne que « l’homme juste et fidèle servît l’homme infidèle et « injuste. Non, il lui a dit : Sers ton maître plus que a jamais. » — Au nom de ce même apôtre, saint Augustin défend aux esclaves de demander à leurs maîtres la liberté. Dans ses questions sur l’Exode, il dit : « L’ancienne loi voulait que l’esclave hébreu ne « servît que six ans et fut ensuite mis en liberté sans
( 1 ) Malorum enim servorum est imperium rejicere et adversùs dominationem insurgere, atque id quod liberum est, in eamdem securn servitutis classem redigere. (Saint Grégoire de Naziance, 44 e discours). — Non enim Christianum oportet sic possidere servira quomodo equum aut argentum, quanqnam tieri possit ut majori pretio valeat equus quam servus. Scd ille servus... rectius et honestius ad dominum colendum à te domino educatur (Saint Augustin, de sermone Dei in monte). — Servi? tanquam nobismetipsis utendum est. Homines enim illi nostrî instar sunt (Saint Isid, de Peluse, liv. 1 , ép. 47 1 )-