‹ De l'abolition de l'esclavage ancien en OccidentChapitre 59 sur 91 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Examen , d’après les textes historiques , de la marche de la civllisAtion , depuis la mort de Justinien jusqu’à la fin du Bas-Empire.

Il est assez difficile de bien suivre, pendant la seconde et dernière période du Bas-Empire, le changement des mœurs et l’influence du christianisme à cet égard. Bien que la collection de la Byzantine et la bibliothèque des Pères nous présentent de nombreux ouvrages, leur lecture est pénible etsotiventinfructueuse pour l'histoire morale de l’homme. Les historiens noient les faits dans une narration ampoulée , et les écrivains ecclésiastiques s’occupent uniquement à subtiliser sur des questions de théologie mystique. Cette manie de discussions théologiques finit par tout dominer dans la décadence du Bas-Empire, et avec la séparation complète de Rome et de Byzance, une haine funeste s’envenima entre les deux églises.

En étudiant, relativement à l’esclavage, les divers ouvrages de cette période, j’examinerai successivement :

i° Les dénominations usitées pour désigner la classe domestique.

2° La nature des punitions, les persécutions religieuses, le traitement des prisonniers.

DROIT DES GENS. EMP. CHRÉTIEN. aa3

3° Divers édits relatifs soit à la classe esclave en général , soit à celle des colons.

§ I. Dénominations. — A mesure que nous avançons dans l’histoire du Bas-Empire, les dénominations assignées aux individus de la classe domestique se confondent, se multiplient, et rendent plus difficile de distinguer l’esclave proprement dit de l’individu simplement attaché à la personne du maître à tel titre que ce soit, ou encore du colon ou serf qui cultive la terre. Le terme neutre d’avtSpotiro&v , dénomination propre de l’ancien esclave, paraît bien désigner toujours la classe infime des serviteurs, et l’on peut croire qu’il indique le plus souvent de véritables esclaves. Avfyawoiov se lit dans les textes originaux de XAlexiade } et des autres histoires comprises dans la Byzantine jusqu’à celle de Cantacuzène ; la traduction latine l’a toujours représenté par mancipium. C’est le terme générique employé dans tous les recueils de législation, où l’on trouve aussi 4^* xat f )tQV on avipoxiov. Mais ces termes se trouvent aussi mêlés avec le terme de colon y*opy»t, et alors, ils indiquent plutôt des serfs que des esclaves proprement dits.

Le sens du mot grec oh«7>?ç , oixt7ai est encore moins net : quoique ce terme désignât dans l’ancienne Grèce l’esclave dépendant en tout du maître de la maison , il est réellement synonyme de celui de domesticus , il signifie purement attaché à la maison , et l’on ne peut dire s’il désigne, dans les textes, un esclave, ou un individu servant dans la maison à titre de salaire. Dans le passage où Constantin Porphyrogénète dé-

a»4 troisième PARTIE. — - II* PÉRIODE. CHAP. II.

critle voyage de la riche matrone Danielis à la cour de son grand-père, Basiie-le-Macédonien, le terme de om%i est joint à celui d’ovfyairoiov. On lit même oi«7i *« cntpanoSa, de sorte qu’on peut, sans erreur probable, traduire ici °t *th; par esclave, comme l’a fait Gibbon. Cependant, quand le texte dit : rpiaxoaioit t«v oi « lu», la traduction latine porte seulement : trecentia juvenibus lectis ad lecticam ferendam (i). Cedrenus parle de même de trois cents jeunes gens fournis par Basile pour transpoiter la litière de la matrone. Dans Cantacuzène , les valets des soldats sont appelés to rwv c7pOt7lw7ù>V otxthxov. (a)

Il y a également de l’incertitude sur le mot même de iWXoç, qui, déjà dans l’ancienne Grèce, avait un sens moins dur que celui d’«v$ponro<bv. Dans les ouvrages postérieurs au ix* siècle, ou composés depuis le règne de Basile-le-Macédonien et les Novelles de Léon le philosophe, le terme le plus fréquemment employé pour désigner l’état de servitude ou de domesticité, est celui de fovXoç. Il est représenté dans la traduction latine par famulus , et dans le texte grec , il est synonyme de serviteur ou de suivant. C’est ainsi qu’Anne Comnène, dans l’Alexiade, écrit presque in-

(1) Voici le passage de Constantin Porphyrogénète. — Vie de Basile, p. 195, dans les Scriptores post Theophanem. — Ipsa (matrona Danielis) magno comitaiû et servitio venil ((u-jaï-Dç «fepuçopiotî xat uimptaiaî.) — Trecentis juvenibus, xpiaxcauiç t m eu cér»,, lectis ad lecticam ferendam . Vernæ erant quingenti ex quibus centum castrati erant. euuxix* pin irpeouita TOvxaxçaia, i| ai uimpxiv méplat tm apiSjxev ixaxw. Et page 197. — Quod vero illius mancipia, x* oixtTixa xaurriî avJ'pxîtoJa, multitudine erant innumera.

(2) Cantacuzène, liv. i,ch. 3 o.

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