‹ De l'abolition de l'esclavage ancien en OccidentChapitre 63 sur 91 · DROIT DES GENS. EMPIRE CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

DROIT DES GENS. EMPIRE CHRÉTIEN

bien plutôt que la haine religieuse, qui poussait Isaac l’Ange à refuser de nourrir ses prisonniers? Est-ce au christianisme que l’on doit attribuer ces haines absurdes des partis qui se disputaient les derniers débris de l’empire byzantin , et qui engageaient les Turcs à réduire en esclavage ceux du parti contraire?

Sans doute, les écrits du clergé grec, dans cette dernière période, nous présentent peu d’indices pour reconnaître l’influence de la morale évangélique sur les mœurs du Bas-Empire. Presque tous ceux qui nous sont parvenus, sont uniquement remplis de discussions mystiques. Cependant , quelques auteurs des derniers siècles reproduisent les maximes morales des premiers pères (i). Au xii' siècle, Jean de Chypre, dans sa 7* décade, recommande l’habitude de la communion , indistinctement pour tous. Simeon le jeune, qu’on présume contemporain de Manuel Comnène, nous dit, dans son 10 e Discours, que la servitude n’a jamais été établie par le créateur, qu’elle est née de la perversité mutuelle de ceux qui étaient du même sang. Il blâme même jusqu’au travail salarié comme provenant de l’indigence, et annonce que le Christ est venu délivrer l’homme de tous ces maux.

Zonare, qui vivait également au xii* siècle, nous a laissé, outre son Abrégé de l'histoire impériale, des commentaires sur les canons des apôtres qui montrent peu de variation dans la législation ecclésiastique. Ces canons sont, comme on le sait, de di-

(1) Bib. des pères, xu* siècle.

a38 troisième partie. — n* période, cttap. ii.

verses époques , comprises entre les m* et vi* siècles. Le canon lxxxii (iv du concile de Calcédoine) ordonne que les esclaves ne pourront être élevés à la cléricature, sans le consentement du maître et au détriment de celui-ci. Zonare dit que les fidèles doivent éviter tout sujet de scandale, et adopte entièrement cette prohibition.

Le canon m du concile de Gangra, tenu en’iit, sous Constantin , défend à l’esclave chrétien de mépriser son maître et de le quitter, sous prétexte de devoirs pieux, contre l’opinion d’Eusthate et de ses adhérens. Zonare explique les principes du canon, ainsi que ceux de la lv' constitution des apôtres sur les devoirs réciproques du maître et du serviteur. TI confirme de même l’ancienne législation dans ses remarques sur le canon xliii des conciles de Carthage , lequel porte défense que tout esclave, affranchi et autres individus ignobles ( infâmes personœ) puissent avoir droit d’accuser, et cette qualification renferme les hérétiques, soit Juifs , soit Grecs. Zonare reconnaît que Fesclave ne peut ni tester, ni faire aucun acte légal, que les affranchis peuvent'appeler en justice des individus libres , mais non ceux qui les ont affranchis et leurs enfans. — Quant aux hérétiques, dit-il, ils sont entendus dans toute affaire particulière (privâtes conlroversiœ ), même contre les évêques et les ecclésiastiques. Enfin il explique, conformément aux idées du temps , le ch. xxv des constitutions apostoliques, qui déclare que les Juifs, pour leur impiété envers J.-C., ont été condamnés par le seigneur à être captifs et à payer le tribut.

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Photius, dans sa lettre 34, intercède auprès de l’empereur, en faveur d’un coupable qui s’était réfugié dans l’église de Sainte-Sophie; et Zonare explique, suivant le même principe, le canon lxxxvjii des conciles de Carthage, qui constate le droit de l’empereur sur l’affranchissement que l’église pouvait accorder à l’esclave réfugié. Dans l’église d’occident, le droit d’asile fut toujours inviolable. Mais l’église d’orient pliait sous le despotisme absolu.

Enfin les hospices et hôpitaux s’étaient très multipliés depuis Justinien, qui leur avait concédé des privilèges spéciaux ou titre 3, livre i M , de son code. Chaque monastère avait un nosocamium , un xenodochium ou un gerocomium ; ceci se voit et par les lettres d’innocent III (i), relatives à la fondation de plusieurs établissemens de ce genre , et par la qua* trièmc constitution de Nicéphore Phocas, qui défend à-la-fois de construire de nouveaux monastères et de nouveaux établissemens de charité, destinés à recevoir les pauvres et les malades. Nicéphore trouvait qu’il se construisait ainsi beaucoup de bâtimens d’ufl entretien trop coûteux. Basile II révoqua cet édit. Anne Comnène célèbre dans son Alexiade, liv. xv, les établissemens de charité , fondés par son père.

(i) Coll, de Ducange. Conslit. impériales.

ll \ O TROISIÈME PARTIE. II* PÉRIODE. CHAP. III.

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