‹ De l'abolition de l'esclavage ancien en OccidentChapitre 8 sur 91 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Esclavage en Grèce et en Italie, (lu v c au iu e ticcle avant notre ère.

La guerre du Péloponèse, confoiulaut tous les Grecs entre eux, apprit plus intimement aux nobles citoyens de ces communautés orgueilleuses qu’eux aussi pouvaient perdre tous leurs droits et devenir esclaves. Quarante ans après que les Platéens avaient été proclamés vainqueurs des Perses aux jeux olympiques, ils étaient vaincus par les Spartiates et réduits en servitude. Les colonies d’Athènes et deSparte virent tour-à-tour leurs habitans vaincus et condamnés à l’esclavage; les restes de l’armée athénienne devinrent esclaves des Syracusains, et après la conquête d’Athènes, la piraterie, maîtresse de la mer, vendit librement aux barbares le prisonnier grec. Platon , Diogène furent esclaves.

La grande époque de l’histoire grecque, qui comprend le cinquième siècle avant notre ère, avait donné l'élan le plus hardi aux beaux-arts, à la poésie de la scène, à la poésie lyrique et aux études spéculatives. Le développement progressif de l’esprit humain amena bientôt les philosophes à examiner les bases de la société civilisée de leur temps, et à construire des systèmes de constitution politique, comme ils faisaient à priori des théories de l’univers.

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Dans leurs projets de constitution, Xénophon, Platon introduisirent des esclaves pour faire exécuter le travail, puisqu’il fallait que leur citoyen eût tout son temps libre pour discuter les lois de l’état et veiller à sa défense; mais ils savaient que les philosophes eux-mêmes pouvaient devenir esclaves : Platon en avait fait lui-même l’expérience chez les Siciliens ; ainsi ils admirent l’esclavage comme une nécessité, non comme une loi de la nature. Déjà, depuis longtemps, on faisait honte aux habitans de Chio d'avoir les premiers vendu des hommes contre de l’argent, et cette improbation fut la première protestation de l’humanité grecque contre l’esclavage.

Les républiques de ces philosophes ressemblaient à celle de l’Attique où ils étaient nés, et dans celle-ci comme dans les leurs, la condition des esclaves était toujours plus douce que celle des Ilotes de Lacédémone; mais leur affranchissement par l’état, leur élévation au rang de citoyen étaient toujoursaussi plus difficiles. A Athènes, l’affranchissement n’était jamais proclamé au théâtre (i), parce que les citoyens craignaient extrêmement de réveiller, dans leurs esclaves, l’idée d’une liberté prochaine. Le nombre de ces esclaves était, en effet, considérable par rapport à celui des citoyens. Athénée le porte au chiffre de 4oo,ooo, tandis que la population libre n’aurait guère compris plus de ai,ooo âmes (a); mais Athénée était

(1) Aristophane, Ranæ. Æschin. in Ctes. p. 5 g.

(2) Athénée, lib. vt, p. 372. On trouve au même passage d’autres citations du nombre des esclaves dans divers états grecs.

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un rhéteur du h® siècle après notre ère, et le chiffre qu’il donne doit être fortement réduit, d’après les considérations que M. Letronne a fait habilement valoir sur l’étendue totale de l’Attique. (i)

Sparte redoutait aussi ses nombreux Ilotes plus éloignés de leurs maîtres que l’esclave athénien. Elle les effrayait par les assassinats secrets qu’elle confiait au poignard de ses jeunes gens, et pendant la guerre du Péloponèse , elle fit même disparaître 2000 Ilotes dont elle avait dû récompenser la valeur par l’affranchissement, et qui lui paraissaient trop dangereux (a). Mais à part celte exécution sanguinaire, Sparte ne frappait l’Ilote que comme individu, et dan* le besoin de la chose publique, ils formaient la pépinière où elle renouvelait sa population libre ( 3 ), dont les membres payaient trop souvent de la vie cette liberté si précieuse. Ainsi, à la fin de la guerre du Péloponèse , le nombre des anciennes familles Spartiates n'était plus que le dixième de la

Î iopulàtion totale de la Laconie ( 4 ). Les nouvelles amilles qui complétaient le chiffre de la population libre avaient toutes pour auteurs desilotes qui avaient mérité la liberté et le titre de citoyens. Comme je l’a| dit, ces nouvelles familles ne jouissaient pas de tous les droits des anciens Spartiates, placés dans un rang supérieur comme les patriciens de ffome, mais elles pouvaient les conquérir par des services rendus à la

(1) Mém. de l’Acad. des Inscript, t. vu.

(2) Thucyd. lib. iv, cap. 80. — Plut, in Lycurgo.

( 3 ) Tbucyd. lib. v, cap. 34 . — Poil. Onom, lib. m, c. 8.

(4) Barthélemy, Anaçharsis, t. tv.

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patrie (i). Sparte dut à ces familles nouvelles Callicratidas, Gylippe, Lysandre, les trois généraux qui contribuèrent le plus activement à soq succès et à la ruine de sa rivale dans la guerre du Péloponèse.

A Athènes, le recrutement de la classe libre se faisait parmi les 'métèques ou étrangers domiciliés, bien plutôt que parmi les esclaves dont l’affranchis? sement était trop redouté. Au milieu du iv e siècle avant notre ère, lorsque Philippe menaçait toutes les libertés grecques après sa victoire de Chéronée, l’orateur Hypéride ne put obtenir des Athéniens, qu’ils affranchissent et armassent leurs esclaves, en élevantsimultanément tous les métèques au rang de citoyen. Cette motion insolite lui attira de suite un accusateur, et il ne put éviter l’exil que par un honteux désaveu de tout ce qu’il avait proposé (2). Les Athéniens aimèrent mieux accepter le joug de Philippe que d’élever leurs esclaves jusqu’à eux. Il faut le dirç, Sparte ne songea pas non plus à un semblable affranchissement, quoiqu’elle eût certainement bien plus d’esprit public qu’Athènes où dominait l’intérêt particulier. Mais l’affranchissement général et subit de tous les esclaves était une véritable révolution, trop contraire à toutes les idées admises. Le travail salarié n’était pas encore connu pour la culture des terres. S’il n’y avait plus d’esclaves, que deviendrait le citoyen? Comment pourrait-il subsister avec sa famille? Arraché à son noble loisir et à ses nobles occupa-

(1) Thucyd. lib. v, cap. 34 . — Athénée, lib. vi, p. 371.

(2) Plut, in Hyperide.

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tions, il lui faudrait vivre de ses propres mains, s’abaisser au travail matériel dont le mépris lui avait été inculqué dès l’enfance par l’habitude et par la législation. Voilà ce que disait le préjugé, et tout n’était pas faux dans ce langage. L’affranchjssement immédiat de tous les esclaves eût probablement repoussé l’invasion de Philippe; mais avec le caractère inquiet des Grecs, il eût entraîné bien des vengeances, bien des réactions, peut être un nouvel esclavage de l’ancien citoyen sous l’ancien esclave. En général, les institutions sociales ne peuvent être ainsi renversées par un révolution soudaine. Il faut que cette révolution ait été préparée long temps d’avance dans l’es prit des masses. .Elle doit arriver à son époque et non la précéder. Au milieu du iv* siècle avant I’ère chrétienne, l’époque était évidemment prématurée pour la révolution proposée par Hypéride. Les Ilotes, devenus citoyens de Lacédémone, songeaient-ils euxmêmes à l’affranchissement des autres Ilotes?

Vers la fin de ce même iv“ siècle, après qu’Alexandre-le-Grand eut soumis toute la Grèce, le génie le plus vaste de l’antiquité, Aristote s’étonnait (i) dans sa Politique de la nécessité des esclaves; mais il avouait cette nécessité comme le seul moyen d'assurer la nourriture du citoyen libre, pendant que celuici veillait aux intérêts de l’état. Le travail manuel lui semblait indigne de la dignité du citoyen , et ce préjugé dominait sa raison. Il ne faut pas trop s’en étonner, lorsqu’on voit actuellement encore un pré-

(i) Polit. d’Arist. lib. i, c. a.

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jugé semblable subsister dans une grande partie dé l’Europe orientale. Aristote cite la vieille maxime d’Euripide : « Le Grec a le droit d’être le maître du barbare. » Il s’efforce de prouver la légitimité de ce droit par la différence des intelligences. Il le soutient fondé en nature (i), et dit que les uns sont nés pour obéir, les autres pour commander, comme l’âme a le pouvoir sur le corps. Mais il reconnaît que beaucoup de Grecs aussi ont été esclaves. Les Thébains venaient d’être vendus par Alexandre, quelques années après les batailles de Leuctres et de Mantinée. Enfin , Aristote nous apprend lui-même que le droit d’esclavage était combattu de son temps par plusieurs philosophes et légistes. « Ceux-ci soutiennent, dit-il, que la nature n’ayant mis aucune « différence entre le maître et l’esclave, l’esclavage « est fondé sur la seule violence , et non sur le droit, « et que l’autorité absolue des maîtres est contre na- « ture. » Le fait de cette opposition déjà soulevée contre l’esclavage , est le seul résultat saillant qui sorte de la longue et pénible discussion du philosophe de Stagire.

Ainsi, l’injustice de l’esclavage avait pu dès-lors être proclamée dans les écoles, sans que l’autorité intervînt contre les novateurs. Mais cette injustice était surtout sentie du Grec au Grec et non du Grec

(i) Une fois ce droit prouvé , Arislote en déduit, lib. i, c. 3, § 8, que la guerre est un moyen naturel d’acquérir, puisqu’elle comprend la chasse que l’on doit faire aux bêtes fauves et aux hommes qui, nés pour obéir, refusent de se soumettre. Cette chasse, ditil , est une guerre que la nature elle-même a faite légitime.

au barbare ; car l’éclat des conquêtes d’Alexandre en Asie soutenait encore tout homme grec dans la conviction de sa supériorité sur tout étranger. Ce mépris des nations étrangères est certainement celui de tous les préjugés qui est le plus fortement enraciné dans le cœur humain. 11 a ptt produire de grands résultats en activant l’amour de la patrie. Mais d’un autre côté, c’est lui qui a été le plus puissant conservateur de l’esclavage, en entretenant la guerre et la haine de peuple à peuple. Encore aujourd’hui, ce qui maintient principalement en Amérique la servitude du Nègre, c’est l’aversion de la race blanche pour la race noire.

Après Alexandre et Antipater, la Grèce secoua le joug sous lequel elle avait pliée momentanément, et la lutte recommença, sans résultat décisif, entre les Macédoniens qui revendiquaient la suprématie d’Alexandre, les Achéens illustrés plus tard par Philopœmen et Aratus, les Etoliens que leur caractère turbulent et pillard rapproche sensiblement des Grecs de nos jours , et les Lacédémoniens encore soutenus parla force de leurs premières institutions. Ces guerres continuèrent à répartir indistinctement entre tous les Grecs la chance de l’esclavage.

Un siècle et demi après Aristote, les Romains achevèrent à cet égard l’éducation des Grecs, lorsqu’ils s’introduisirent au milieu de leurs dissensions et les asservirent. Celles des communautés grecques qui tentèrent de résister, furent châtiées rudement et décimées par l’esclavage, sans aucune distinction de rang. Les philosophes, littérateurs, poètes, gram-

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mairiens que Paul Emile fit vendre à l’encan en Epire, arrivèrent à Home comme esclaves, et comprirent par leur propre expérience l’injustice de leur nouvelle condition. Déjà, dans les pièces de théâtre que les auteurs romains empruntèrent aux Grecs , l’esclavage est représenté comine un malheur auquel tout homme est exposé par le droit de la guerre. Dans les captifs de Plaute, le lorarius ou fouetteur dit à un des esclaves qui lui sont subordonnés : « Tu es « esclave, parce que tu as été fait prisonnier. Eh « bien ! c’est un malheur auquel tout homme est ex- « posé. Il faut t’en consoler, en songeant que tu es « chez un bon maître. » U ne pouvait plus être ques- tion de distinction entre la nature du Grec et celle du barbare.

Ces ventes considérables de prisonniers prélevés sur les peuples vaincus , ces importations nombreuses d’esclaves, de Grèce en Italie, contrastent singulièrement avec la politique que Rome avait suivie dans ses premiers débats avec les peuples belliqueux du Latium qui entouraient son petit territoire. Alors, elle avait formé une alliance offensive et défensive avec le vaincu; elle s’associait en partie aux droits de son citoyen. Mais les temps et les dangers n’étâient plus les mêmes. Elle n’avait plus besoin d’alliés et ses moeurs avaient changé. L’association complète du Latium avec Rome fut réalisée, vers l’an 3oo de sa fondation , et dès que le danger ne fut plus imminent au dehors , la cupidité du riche patricien se manifesta par des envahissemens d’autorité et de propriété aux dépens du pauvre. A cela même dut

coopérer le droit primitif du patron sur le client, institué pourtant dans un tout autre but. Sous les décemvirs (l’an 3c6 de Rome), il n’y eut plus dans la ville, comme dit Montesquieu (i), que deux sortes de gens , ceux qui souffraient la servitude , et ceux qui voulaient la faire souffrir. Le plébéien s’endetta par l’impossibilité de payer la contribution de son champ dont il était souvent et longtemps éloigné par le service militaire. Il se vit obligé de céder ce champ à son créancier, ordinairement son patron, et devint même son esclave. Les limites de la propriété assignée par les anciennes lois à chaque citoyen furent largement dépassées. Le peuple, accablé, se révolta , réclama par la voix de ses tribuns la loi agraire et l’abolition des dettes. Les patriciens résistaient , et pendant la lutte, le nombre des esclaves dut nécessairement s’acçroître par la misère même du peuple.

Cet état de choses dura jusqu’à l’invasion passagère des Gaulois, et lorsque Rome sortit de ses ruines , l’an 38o après sa fondation , les tribuns Licinius Stolo et Sextius proposèrent et firent adopter, après neuf ans de débats , les deux lois dites iiciniennes dont l’une abolit les anciennes dettes, et l’autre fixa à 5oo jugères (un peu moins de ia5 hectares) le maximum de la propriété territoriale que pouvait posséder un citoyen romain (a). Cette dernière- loi limitait également le nombre d’esclaves que

(i) Grandeur des Romains, ch. i.

(a) Tite-Liv. vi, 35. Yoy. la note de la page 17 .

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pourrait avoir chaque citoyen, et les engageait à se servir d’hommes libres. Cette recommandation du travail des hommes libres est conforme à l’esprit de la loi des sept jugères; mais ce n’était plus qu’une recommandation.

Licinius Stolo fut lui-même condamné pour avoir enfreint la loi qu’il avait portée. Mais, d’après la discussion consciencieuse que M. Dureau de la Malle a présentée dans son mémoire sur la population libre de l’Italie, sous la république romaine, il paraît constant que la noblesse patricienne s’astreignit généralement à l’ancienne limite des sept jugères, et conserva une honorable pauvreté, de sorte que la proportion des esclaves dut être encore peu considérable à Rome pendant son quatrième et son cinquième siècle. Ceci est dit textuellement par Valère Maxime, et le même auteur affirme qu’alors généralement la propriété de chaque citoyen ne dépassait pas sept jugères de terre médiocre (i). Comment nourrir une famille et des esclaves avec une si petite portion de terres? avec i hectare 7 1 ares ; car aucun indice ne prouve que la mesure du jugère ait changé de valeur? Cette augmentation lente de l’esclavage à Rome est tout-à- fait digne d’attention , en face du système tout opposé des communautés grecques.

Pendant le siècle qui suivit l’invasion des Gaulois, ce qu’il y eut d’esclaves à Rome dut se recruter parmi les pauvres Romains, et les prisonniers faits sur les

(1) Point ou peu d’argent; peu d’esclaves; sept jugères de terre médiocre. Valère Maxime, îv, § 11.

Italiens. Rome, en effet, désormais assez forte de l'alliance des Latins, n’hésitait pas à châtier rudement ses derniers ennemis de l’Italie, lorsqu’ils lui résistaient trop longtemps. Ainsi, elle détruisit presque entièrement ces opiniâtres ‘-'amnites qui avaient fait passer ses légions sous les fourches caudines , et dans le triomphe de Curius Dentatus sur Pyrrhus, les prisonniers Apuliens, Bruttiens, Lucaniens, marchaient chargés de chaînes avec les Epirotes , lès Thessaliens, les Macédoniens , et précédaient le char du vainqueur (i).

A la guerre contre Pyrrhus succéda la guerre contre Carthage. Cette seconde lutte dura plus d’un siècle, si on la prolonge jusqu’à la fin de Carthage, et au moins trois quarts de siècle, si on borne la lutte sérieuse aux deux premières guerres puniques. Carthage était la fille du commerce. Ses citoyens , uniquement consacrés aux affaires , ne combattaient l’ennemi que par le bras des mercenaires. Rome au contraire n’avait pour soldats que ses citoyens et ses alliés latins. A eux seuls appartenait le droit de porter les armes, droit sévèrement interdit aux esclaves. Mais après l’épouvantable destruction de sa noblesse citoyenne à Cannes, Rome n’bésila point à armer 8000 de ses esclaves, et à récompenser leur bravoure de l’affranchissement (a). Comme Sparte, elle sacrifia le préjugé à l’intérêt public, tandis que dans la cité de l’industrie , l’intérêt particulier l’emporta

(1) Flor. 1. 18.

(a) Tite-Live, lib. xxn, 57.

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et paralysa le génie d’Annibal. Carthage fut laissée épuisée après la bataille de Zama. Puis, quand Borne eut conquis la Grèce, elle se retourna sur son ancienne rivale et l'écrasa. Alors, elle put librement exercer le cours de ses vengeances; alors, on vit vendre à-la-fois les i 5 q,ooq Epirotes condamnés à l'esclavage par Paul Emile («); les 5o,ooo habitans de Carthage ( 2 ), et les débris des vaincus de Nupiance. Ceux-là avaient été riches, puissans* et avaient eu aussi des esclaves. Dès-lors, dans ce monde à demi civilisé, le inaljieur fit comprendre l’absurdité du prétendu droit naturel du vah^piêur sur le vaincu. Seuls , les Romains pouvaient soutenir cette prétention par le succès continu de leurs armes, et désormais, sans ennemis puissans, maîtres de riches territoires, de nombreux captifs , ils trouvèrent le travail manuel indigne d’eux, et l’abandonnèrent aux esclaves. Alors, les lois liciniennes furent fréquemment enfreintes, et l’étendue des propriétés particulières s’accrut simultanément avec le nombre des esclaves. Par l’effet de ce changement, la vigueur primitive du caractère romain dégénéra sans doute; mais le nivellement général opéré par Rome sur le monde, n’était pas inutile pour le progrès futur de la civilisation , par l’excès même du mal; car un plus grand nombre dut travailler comme esclave, et il y eut moins de maîtres.

( 1 ) Tite-Live, lib. xlv, c. 34 -

(2) Appien, de Beliis ptmicis, p. 81 et 3 i 1.

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