CINQUIÈME PARTIE. — II* SECTION. CHAP. H
Léon-le-Philosophe, qui abolit totalement le droit de la vente personnelle. En i3o5, Clément V, ce pontife aux ordres de Philippe-le-Bel, excommunia les Vénitiens qui s’étaient emparés de Ferrare, et déclara que tous ceux d’entre eux qui seraient pris devraient être traités comme des . esclaves, fossero havuti per ischiavi (t). Clément V étendait ainsi aux ennemis de son protecteur la menace fulminée par ses prédécesseurs contre ceux qui aideraient les Sarrazins.
Célestin , dans son 8 * opuscule , m* section , des empêchemens du mariage, dit que celui qui a cru épouser une femme libre et a épousé une femme esclave, peut prendre une autre femme, s’il n’a consenti à garder la première, après avoir connu sa véritable condition. Il ajoute que ce dernier parti est le meilleur, et que deux esclaves peuvent se marier ensemble, malgré la volonté de leurs maîtres.
Vers cette même époque, les réglemens de l’Église étaient réunis dans des recueils spéciaux. Les institutions du droit canonique qui en sont le résumé, défendent, tit. 1 7 ,liv. i, l’admission des esclaves (servi) dans les ordres, sans le consentement des maîtres, et les excluent du droit de témoignage, tit. 9 , liv. iv. Le tit. 9 , liv. ni assimile l’homme libre aux choses sacrées qu’on ne peut vendre. Bartole, qui professait le droit romain à Modène au milieu du xiv* siècle,
(1) Marcello, vite de’ principe de Vinegia, cité par Hallani, Hist. du moyen âge, et par M. JLibri, Hist. des Sciences math., tom. 11, note 7.
FIN DE l’eSCL.YVAGE EN ITALIE.
dit positivement que, suivant les usages de son temps, parmi les chrétiens, les prisonniers ne sont plus réduits en esclavage ( 1 ), et de là on doit conclure que la menace de Clément V était une exception au droit des gens d’alors , et non la manifestation d’un principe ordinaire.
L’influence des croisades pour mêler les rangs de la société, paraît avoir été moins sensible en Italie que dans le reste de l’Europe, à cause de l’esprit marchand des Italiens qui n’y virent qu’une occasion de gain, en transportant les croisés et étendant leur commerce et leurs possessions du côté de l’Orient. Mais au xm' siècle, l’esclavage habituel du prisonnier chrétien ne pouvait se maintenir en Italie, simultanément avec l’institution de la Société de la Rédemption, sanctionnée par Innocent III pour le rachat des esclaves chrétiens chez les infidèles. Au même siècle , les ordres mendians professaient la charité évangélique pure et l’abnégation des biens de la terre. On ne peut nier le prodigieux succès de leurs prédications, et il est également impossible de se refuser à reconnaître l’effet moral que de tels principes devaient avoir pour l’adoucissement des mœurs. Un mouvement remarquable s’opérait dans les idées de toute l’Europe, et dès cette époque, on voit que l’esclavage tend à sortir des habitudes italiennes. Il n’y est plus maintenu que par le commerce avec les Orientaux.
Au xiv" et même au xv" siècle, les actes publics de Venise attestent que ses habitans avaient des esclaves
(1) Citation de Stamtn., ch. 1, de servitute personali.