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vieux comme le monde, qui existait chez les Grecs, chez les Romains, qui a existé chez tous les peuples de la terre à une certaine époque de leur histoire, et qui, affectant chez tous ces peuples des déformations successives, a produit en se décomposant d’autres phénomènes sociaux, moins étendus, moins concrets, qui ont distingué et caractérisé leurs époques, comme autrefois l'esclavage avait distingué et caractérisé la sienne.
Si nous ne nous étions condamnés, en entrant dans cette matière, à diminuer nos idées de ce qu’elles peuvent avoir de général, nous montrerions que l’esclavage, considéré comme droit et comme droit de propriété de l’homme sur l’homme, est susceptible, ainsi que tout droit de propriété, d’une sorte de décomposition intellectuelle, parfaitement analogue à celle qui existe en fait dans le développement continu de toute nation. Nous montrerions que, de même que la propriété sur les choses fournit, en se divisant, toutes les servitudes réelles, de même aussi la propriété sur les hommes fournit, en se divisant, toutes les servitudes humaines (1); que dans la combinaison de ces deux analyses parallèles et des deux opérations synthétiques, également parallèles, qui leur correspondent, gît profondément datente la science abstraite de la propriété, ou autrement le droit ; et nous offririons, à ce nouveau point-de vue, un aperçu sommaire, 1l est vrai, mais exact et compréhensif, de l’histoire des servitudes réelles et des servitudes humaines.
Quoi qu’il en soit, l’esclavage étant toujours apparu comme le plus grand de tous les désordres sociaux, comme la plus haute et la plus douloureuse expression du malaise humanitaire, engendré par la mauvaise constitution de la société ou, ce qui revient au même, par la distribution fausse et arbitraire des différentes inégalités humaines, C’est aussi contre l’esclavage que se sont toujours élevées le plus de voix. L’inféodation de l’homme à l’homme, elle est, dans l'esprit de l’homme même, la plus grande de toutes les iniquités; et nous n’aurons pas à nous étonner, comme tant d’autres, que la clameur soit telle aujourd’hui en France, que la-
(x) Nous entendons par servitudes réelles toutes les modifications que peut subir le droit de propriété, quaud il s'applique aux choses ; et c’est par opposition que nous nommons servitudes humaines toutes les modifications du même droit, quand il s'applique à homme.
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—#ÿ = bolition de l’esclavage ait été comme résolue d'avance, et sans examen préalable, dans l’esprit de ceux qui prennent part au gouvernement du pays.
Toutefois, il convient de faire observer que ce n’est point uriversellement que Pesclavage a soulevé lindignation. Ce fait, tellement ancien qu'il semble être contemporain de l'humanité même, a paru nécessaire à quelques-uns ; non pas en ce sens que, Phumanité étant demeurée jusqu’ici dans de mauvaises conditions extérieures de vie et de mouvement, le résultat de cette socialité contre nature a dû être l’esclavage; mais en ce sens que, chaque homme renfermant en lui-même le principe de son activité sociale, et Dieu lui ayant comme marqué d'avance sa place dans le monde, il en résulte que Pesclave est esclave par le fait même de sa nature. On le voit, cette erreur est la même que nous avons déjà signalée; ici, comme plus haut, confusion de lessence et du mode, de l’infériorité essentielle voulue par la nature, et de lesclavage qui n’est que l’un des mille modes subversifs par lesquels peut s'exprimer cette infériorité; ici, comme plus haut, ignorance , ignorance de la loi du développement des êtres et des deux faces, harmonique et subversive, de ce développement. Cette erreur, disons-nous, est de la plus haute antiquité. Aristote a prôné lesclavage, ce qui lui serait pardonnable vu Pépoque où il vivait, si déjà auparavant n’avait paru Socrate. L'histoire nous offrirait au besoin la nomenclature de tous les continuateurs d’Aristote; nomenclature inutile, mais dans laquelle ont figuré d’assez grands esprits et d'assez grands cœurs pour que l’on doive déplorer leur aveuglement. Quelques-uns même ont renchéri sur le maître, abusant de cette folle idée du gouvernement temporel de la Providence déjà si abusive par elle-même. Et ici nous n’exhumons pas seulement de vieilles sottises ; car on peut lire dans la Revue de Paris (nous oublions à dessein le numéro) que l’esclavage n’est pas seulement de droit naturel, mais gr videntiel. Providentiel !.…
D’autres , qui se flattent de rai iSnnement (et ils disent même que le MRoihenteut n’est pas de trop quand il s’agit. d'innover en social ou en politique) , prétendent que, si lesclavage est odieux, le temps de l’abolir n’est pas encore venu.
On voit donc qu'il existe encore aujourd’hui dissentiment sur la question de l'abolition de l'esclavage ; on voit que, pour être
nombreux, le parti qui demande l’abolition n’a pas encore entièrement triomphé, et qu’il rencontre même dans lautre parti une vive opposition, une opposition que nous aurions presque envie à notre tour d’appeler providentielle. Il nous semble nécessaire, avant d'entrer dans l’examen de la question, de faire connaître cet antagonisme, d’autant plus violent qu’il se constitue dans les deux camps d’une foule de moyens d'attaque et de défense qui, pour être du même genre, ne sont pas de la même espèce, et qui, quand bien même ils se ressembleraient par Pespèce, diffèrent au moins par la variété.
La question étant ainsi posée : faut-il abolir l'esclavage? les uns disant oui, les autres non; ceux-ci comme ceux-là ayant, pour soutenir leur opinion, des raisons et des faits qui ne se ressemblent pas; on voit bien qu'il nous faut d’abord exposer le plan de campagne des uns et des autres, pour apprécier quelle sera la portée de leurs boulets, et déterminer avec toute connaissance de cause à qui restera la victoire.
ç II.
Faut-il abolir Pesclavage? C’est ainsi, disions-nous, que fa question reste posée.
Et ce n’est pas d'aujourd'hui, ce n’est pas d’hier que l’on songe à la résoudre ! Souvenons-nous en passant de Wilberforce et de l’Angleterre, puis revenons.
En France, sous la Restauration, quelques voix s’étaient élevées, il est vrai, pour demander l’abolition; mais pouvaient-elles se faire entendre? Elles rentrèrent dans le silence, comprimées par la grande majorité de toutes les voix, dont le bruit se répandait en échos sonores dans l’immense désert de la politique.
Alors, en effet, il s’agissait principalement de droits politiques à conquérir , d’entraves politiques à lever , de constitution politique à défaire ou à édifier ; de la question sociale, pas un mot.
Ce n’est que lorsqu'on eut expulsé, en juillet, la vieille dynastie pour lui substituer une dynastie jeune et vigoureuse, et que Von eut déchiré l’ancienne Charte pour la rempiacer par une Charte nouvelle; c’est alors seulement, quand toutefois les esprits se furent calmés, et que la France, délivrée de l’émeute et
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des secousses, se fût enfin rassise, que Pon s’avisa qu'il y avait , à côté de l’œuvre politique, une œuvre sociale à accomplir.
De bonnes intentions sont toujours louables; mais les intentions ne suffisent pas, il faut des moyens. Assurément, ce n’est pas chose d’un médiocre intérêt que le changement qui s’opéra à cette époque dans quelques bonnes têtes; mais changer n’est pas encore tout. De quitter le mauvais pour le bon, voilà le difficile. Ce changement-là implique la science; c&r on ne saurait arriver au bon, en délaissant le mauvais, qu’autant que l’on a pu reconnaître, à de certains signes non équivoques , que ceci est le mauvais, que le bon est cela. Et s’il faut se garder en cette matière de déplacer inutilement les forces de son esprit, faut-il aussi bien se garder de ne les point déplacer du tout en les concentrant, comme de plus belle, sur une question qui est restée la même, quoique changée en apparence. Mieux vaut cent fois donner à gauche en sachant que l’on y donne, que de s’imaginer follement donner à droite, tandis que l’on donnerait effectivement à gauche. Or, bien loin que l’on nous ait encore appris quels peuvent être les moyens à employer pour réaliser aucune réforme sociale, on ne s’est pas encore occupé, que nous le sachions, de définir convenablement l’œuvre sociale et de la distinguer de l’œuvre politique. Mais nous reviendrons sur tout cela.
Nous voulions seulement dire que c’est évidemment à la nouvelle préoccupation que nous venons de signaler dans les esprits que se doivent rapporter les clameurs, non moins étranges dans leur manifestation que nobles dans leur but, qui s’élevèrent alors, de tous les coins les plus opposés de la France, contre le maintien de Pesclavage. Les anciennes voix, jusque-là faibles et tremblantes, commencèrent à se rassurer et à granilir, tandis que d’autres, qui jusque-là ne s’étaient pas encore produites, commencèrent à éclater; toutes se rallièrent. Aux hommes de la vieille politique qui, déjà sous la Restauration, s’étaient plaints et avaient osé réclamer, s’adjoignirent de jeunes hommes qui devaient plus tard se distinguer sous le nom de parti social. L’opinion publique trouva ainsi de toutes parts ses représentants , dont les plus éminents entreprirent de la diriger.
Nous nommerons d’abord M. de Lamartine , dont la noblesse d'âme est assez connue. Nous nommerons surtout M. le duc de
Broglie. Bien que M. de Broglie ne figure pas, avec M. de Lamartine, dans le même parti politique, nul doute, selon nous, que Sa vie tout entière n’ait été un long dévouement à la cause du bienêtre de l'humanité. Et l’on voit que cette vie ne lui paraît pas encore assez pleine, tant qu’il w’aura pas attaché son nom à l’abolition de Pesclavage.
11 suffira de ces deux noms pour justifier notre remarque, qui ne laisse pas d’ailleurs d’avoir son importance; car tout au moins il en résulte que, de l’aveu même des circonstances et des temps, l'abolition de l'esclavage veut être considérée comme un acte de haute critique sociale, et non point. comme un simple acte dadministration politique.
Quelles qu’en soient, au surplus, et l’origine et la nature, observens que la clameur a toujours été se grossissant jusqu’au jour où l’Angleterre, par un bill de son parlement, étant venue à décréter l’affranchissement dans ses possessions coloniales, la France, que l’on ne saurait trop louer de son empressement à imiter les.grands exemples, lasse enfin de ses cris et de son agitation , demanda officiellement au pouvoir le renversement @un ordre de choses désormais intolérable. Le pouvoir entendit sa plainte, sans toutefois y faire justice. Mais nos députés, qui ne se tiennent.pas facilement pour battus, n’ont pas manqué depuis ce moment de renouveler, à chaque bonne occasion qui se présentait, leurs fulminantes attaques ; tant il y à que la session dernière n’a pu se clore sans que l’on nous ait fait assister à la discussion radicale et solennelle de la question, qui n’en est pas pour cela plus avancée.
Jusqu'ici on aura dû s’étonner que nous circonscrivions, comme à plaisir, dans les étroites limites d’une localisation arbitraire, une question devenue européenne. Toute l’Europe, en effet, semble soulevée. Les individus ne sont pas seulement ligués, mais les peuples. « Assez longtemps, disent-ils, nous avons supporté que des hommes , qui se proclament libres et ne relevant que d'eux-mêmes et de Dieu, se prétendissent en même temps propriétaires d’autres hommes et arbitres de leur destinée ! Ce n’est plus le jour où la Liberté, ignorante et grossière, méconnaissait elle-même ses propres droits! 1] faut enfin qu’elle se respecte et qu’elle soit à elle-même sa sanction ! Détruiscns l'esclavage qui est un fait de violence ; car toute violence a dû cesser de la part
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