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des oppresseurs du moment où ils ont cessé eux-mêmes d’être opprimés. Aujourd’hui les peuples sont libres ! Faisons qu’il ne. se trouve pas sur la terre un seul homme qui ne soit pas d’un peuple. c’est à-dire qui ne soit pas libre!»
Tel est le résume de la voix des nations. De toutes parts ce sont les mêmes paroles véhémentes, les mêmes imprécations, les mêmes serments. L’Angleterre surtout, qui adonné l’exemple, demande à grands cris qu'on limite et que l’on sorte enfin de la vieille et étroite ornièré de Poppression, pour marcher à sa suite dans la routé large et nouvelle de l’affranchissement. Nous avons sous les yeux un Appel de la capitale de l'Ecosse aux États- Unis d'Amérique. « Aussi longtemps que l’esclavage, y est-il « dit en commencant, a continué à souiller le territoire des co- « lonies de la Grande-Bretagne , la nation anglaise n’a pas cru « pouvoir élever la voix contre le maintien de ce crime de lèse- « humanité dans les autres parties du monde; mais aussitôt qu’eut « été porté le coup qui abolissait cette odieuse institution dans « les possessions britanniques, rien ne l’empêcha plus d’expri « mer hautement. et par tous les moyens possibles, sa profonde « sympathie pour les souffrances de l’esclave, en quelque point « du globe que retentisse encore le brait de ses fers; et au mois « d'octobre 1833 fut formée à Édimbourg une société, signal et «modèle de plusieurs autres qui ne tardèrent pas à s’établir, « pour l'abolition de l'esclavage dans tout l’univers. » — Nonseulement ces sociétés existent, mais de courageux missionnaires, partis de leur sein, sont allés porter aux Etats-Unis de la jeune Amérique lexpression des désirs et des vœux du vieux monde européen. Tel a été, entre autres, M. Thompson, dont la courageuse expédition mérite encore plus d'éloges que ses efforts n’ont obtenu de succès. Ce n’est donc pas sans étonnement, disions-nous, que l’on aura remarqué notre sollicitude à imposer à la seule France un fardeau que le monde entier voudrait porter ! Mais la réponse est facile.
Nous avons pris l'engagement de nous livrer à un examen critique et détaillé des doctrines et des opinions diverses qui se croisent en tout sens dans le domaine de la publicité. Or, ces doctrines sont les mêmes en Angleterre qu’en France; ces opinions ne changent pas pour se trouver dans la bouche d’un Allemand ou d’un Écossais; Cest partout la même masse d'idées
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Ds 14 Er qui se contrecarrent et se choquent les unes les autres. Aussi ne traitons-nous pas seulement de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, mais de l’abolition de l'esclavage en général ; ce que nous disons à la France, nous le disons au Brésil ou aux États-Unis; nous le dirions au Grand-Ture, si le Grand- Turc pouvait nous écouter. Mais, pour que notre critique ait plus de valeur, il faut qu’elle se resserre; car elle perdrait en généralité ce qu'elle gagnerait en diffusion. Voilà pourquoi nous nous adressons à notre patrie, sans prétendre néanmoins à isoler nos paroles; pourquoi nous lui faisons honneur de ses efforts dans la voie sociale et humanitaire, tout en reconnaissant que dans la même voie marchent d’autres peuples, les uns plus avancés, les autres moins, tous désireux du bien et persévérants à le vouloir.
La question n’est pas encore décidée, il est vrai, mais 1} s’en faut de beaucoup qu’elle ait été abandonnée; car il existe un foyer qui concentre la chaleur et l'empêche de se perdre. Nous voulons parler de la Société française pour l'abolition de l’esclavage, laquelle a son siége à Paris, tient des assemblées, publie des livres, et, justement orgueilleuse de la tâche qu’elle s’est imposée, mande à sa barre tous ceux d’entre les hommes instruits des affaires coloniales qui pourront l’éclairer et la guider.
Bien que l’abolition n’ait pas encore été décrétée daus la chambre législative, elle l’a été dans les statuts de cette société le jour. même où, pour la première fois, les esprits et les cœurs se sont unis. La société, depuis ce moment , n’a pas cessé de pousser à la roue, d’aider de tous ses efforts et par tous les moyens à l’obtention d’une loi qui abolirait définitivement l’esclavage et rendrait libres ceux qui pour elle ne sont déjà plus esclaves. L’anecdote: qui suit va nous dispenser de tous détails.
Lors de la dernière et violente discussion qui eut lieu à la. chambre sur cette matière, un membre de la société abolitioniste se plaignait que le temps et ses occupations ne lui permis : sent pas de se mêler aussi vivement à la lutte qu’il l'aurait désiré. « Oubliez-vous que vous avez juré?» lui répondit-on.
La société a publié divers écrits; divers projets lui ont été: aussi présentés, à l’égard des mesures qu’il conviendrait de prendre pour assurer les résultats de l’émancipation. Ces brochures, et ces projets nous ont passé par les mains.
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Surtout nous nous sommes empressés de consulter les Journaux, Révues et autres feuilles; car Journaux, Revues et autres feuilles ne se sont pas fait faute d’afficher, en cette grave Circonstance , leur scientifique philantrophie. Durant un mois il n’a été question, dans toute la presse, que ce trafic infâme et d’infâme trafic. Et si de tout ce papier qu'ont employé les journaux à écrivasser leurs plaintes et à déclamer leurs soupirs , les chambres en eussent employé seulement le huitième à rédiger une bonne loi d’abolition, nous pourrions facilement en recouvrir (ce serait là un joli mode de promulgation!) tout le sol libre de l’une de nos petites îles Caraïbes, de Marie-Galande, par exemple, ou des Saintes.
Il est remarquable d’ailleurs que, de toutes les diverses opinions qui se sont produites dernièrement, tant par la voie de la tribune que par celle de la presse, sur l'abolition de l’esclavage, il ne s’en trouve pas deux qui se ressemblent. Et cela, aussi bien du côté des abolitionistes que de celui de leurs adversaires.
Mais ici notre erreur est palpable, et nous prions que l’on nous excuse ; car S'il existe encore, comme nous le supposions, de ces hommes qui défendent l'esclavage à priori et qui forment à Aristote une queue aussi longue que la distance qui les sépare de lui, toujours est-il que pas un de ces hommes n’a osé se montrer à découvert. Ceux même qui ont écrit que l'esclavage est unfait providentiel (banalitégrossière qui, pour cela, demeure incomprise et dès lors inappréciable ), quelque ardents qu’ils soient apparus d’abord à plaider cette cause, ont terminé cependant par une conclusion destructive de leurs prémisses, ce qui ne saurait affliger. 11 sera't donc vrai de dire qu’il n’existe pas d’adversaires à l'émancipation coloniale, puisque, s’il en existe, ils n’ont pas rompu le silence.
C’est, en effet, parmi les abolitionistes eux-mêmes que $e rencontre le dissentiment que nous avons déjà signalé. C’est parmi eux que s’agite encore la question : « Faut-il abolir?...» On va mieux nous comprendre.
À part ceux qui, SOUS le prétexte que le moment de l’'émancipation n’est pas encore venu, voudraient qu'on laissât dormir un pea les choses, il s’en trouvé encore d'autres qui, tout en faisant leur principale affaire de l'émancipation immédiate, vou-
draient cependant que l’on accordât aux propriétaires dépossédés une indemnité proportionnelle au dommage résultant de la dépossession, M. de Lamartine est de ce nombre, et c’est même lui qui donne le ton. Pour ceux-là, on le voit, l'émancipation ne saurait être juste qu’à une condition; ce n’est que sous condition qu’ils affirment.
D’autres reconnaissent, il est vrai, que la propriété de l’homme sur l’homme ne constitue aucun droit et ne donne lieu, en conséquence, à aucune indemnité; mais ils voudraient que par humanité, sinon par justice, on vint à l’aide aux anciens propriétaires, soit en leur accordant un secours en argent, soit en prenant des mesures politiques qui leur garantissent la paix et la tranquillité, la paix dans l'administration de leurs fortunes, la tranquillité dans leur intérieur domestique. Ceux-là encore n’affirment qu’à une condition; pour eux, l'humanité domine la justice.
Tandis que d’autres, plus fougueux (et ce sont eux qui constituent, à proprement parler, les abolitionnistes }, veulent à toute force que l’on émancipe, mais ne veulent que cela. L’abolition quand même! c’est là leur devise. Sans doute on pourra bien, par la suite, sil y a lieu, l’émancipation préalablement accomplie , recourir à de certaines mesures, prendre des précautions... Mais tout cela n’est que de l’accessoire. Le principal c’est que l’on émancipe !
À ces derniers nous opposons, comme étant leurs véritables ennemis, les hommes de trempe faible et molle, de caractère che et doucereux, de mœurs craintives, qui dans tout changement voient un désordre, si ce changement n’est. Pœuvre des. siècles. En conséquence, ils votent pour qu’on laisse mourir l’esclavage de sa belle mort, au lieu de le traîner sur la claie lorsque: déjà il râle. Laissez faire au temps, vous disent-ils ! Le temps ! cest le grand réparateur des injustices humaines, le faucheur impitoyable qui nivelle toutes les inégalités! Laissez faire! laissez passer ! Vieux mot que toutle monde connaît.
On comprend de reste que, dans la nécessité où nous voilà de passer en revue ces différentes opinions pour les apprécier, nous ne prétendons ni consacrer à chacune d’elles un paragraphe, ni même les faire intervenir toutes dans notre analyse. Souvent ce que nous dirons des unes pourra s’appliquer aux autres, plus souvent nous les réunirons toutes en bloc dans une seule et
même critique; et si d’ailleurs nous ne demandons compte à aucune de sa valeur particulière, nous demanderons compte à la masse de sa valeur générale. Il y aura ainsi économie de temps et de procédé. k
Conformément à cette méthode économique , débarrassonsnous d'abord de tout vain obstacle et de toute vaine objection.
L'exposition qui précède nous a montré que. s’il y a divergence dans les opinions, toutes du moins se rallient et s’accor- - dent en un point, à savoir que, esclavage étant par sa nature violent et injuste, il conviendrait qu’on lPabolit.
Dès lors il nous semble qu’aussi bien ceux qui demandent qu’on laisse indéfiniment subsister l’esclavage, que ceux qui se bornent à demander un délai, ne sont, ni les uns ni les autres, d'accord avec eux-mêmes.
D'abord, et en supposant que le temps seul dût amener lanéantissement de l'esclavage, quel mal y aurait-il à hâter un peu ce cours naturel des choses ? Ensuite, il est faux que le temps prenne jamais toute sa valeur en lui-même et se puisse passer de tout concours; car le temps n’a de puissance que celle de l’horme qui agit dans le temps.
Ceux done qui, voulant exprimer Popinion que nous combattons en ce moment, Se sont oubliés à écrire que « de même que « les nations paraissent avoir été naturellement soumises à la « maladie de l’esclavage , elles s’en sont guéries aussi naturel- « lement par le cours des âges, la transformation des faits et le « développement des idées;» ceux-là, disons-nous, bien loin qu’ils aient fait de la profonde métaphysique, comme ils le croient, ou de l’histoire, comme ils s’en vantent, n’ont réussi qu’à se jeter dans une contradiction grossière, en n’apercevant point qu’au fond de leurs distinctions apparentes se cachait, sous le voile de la plus pompeuse déclamation, la plus puérile et la plus insignifiante de toutes les identités. Qu'est-ce, en effet, que la transformation des faits et le développement des idées dans la sociéte, sinon le résultat de action de l’homme qui ; parce qu'il se transforme et se développe, transforme et développe les choses ambiantes ? car l'homme, se trouvant dans la nécessité, pour se transformer et se développer, d'agir sur les circonstances qui lui sont extérieures, devra aussi , de toute nécessité, imprimer à