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CHAPITRE II

De l'absorption proprement dite.

Si nous avons cherché à nous rendre compte d'une manière assez détaillée des phénomènes osmotiques, c'est que nous les considérons comme la base du mécanisme de l'absorption. Nous avons maintenant à nous occuper de ce mécanisme, à le ramener au mécanisme de l'osmose, et à étudier ses conditions et ses variations, en nous appuyant sur les notions générales que nous avons déjà acquises.

Nous nous trouvons ici en présence : T de matières absorbables; 2*^ d'un milieu liquide, le sang ou la lymphe, et 3» de parois membraneuses solides, dont la composition varie dans de certaines limites.

1" Matières absorbables. — Les matières qui se présentent au contact des tissus animaux, pour pénétrer dans leur liquide nourricier, et de là dans l'inlimité des tissus , peuvent affecter différentes formes : 1° elles peuvent être gazeuses, ce qui, comme nous le

— in —

verrons, est une condition favorable à l'absorption ; 2» elles peuvent être liquides. Parmi les substances liquides, il faut distinguer les liquides non gras et les liquides gras. Ces derniers n'obéissent point simplement aux lois de l!endosmpse , et demandent, pour leur absorption, un mécanisme particulier. Quant aux liquides non gras , ils présentent les phénomènes de l'osmose et de la diffusion , et c'est surtout sur eux que nous insisterons dans les développements que nous aurons à donner à propos des phénomènes d'absorption osmotiques; 3° enfin, les matières peuvent se présenter aux surfaces absorbantes à l'état de particules solides, et alors le pouvoir de l'osmose ne peut plus être invoqué pour expliquer leur passage dans les milieux vivants.

2° Milieu absorbant. — Le milieu absorbant est constitué par les liquides de l'économie, et, comme nous le verrons dans un chapitre spécial, par le sang surtout, et par la lymphe. Le milieu est composé de liquides aqueux, alcalins, chargés de sels et d'une quantité assez considérable de matières albumineuses. L'état da milieu varie sur un même individu, quant à la masse totale, quant à la quantité des matières tenues en dissolution, quant à la tension, etc.; tout autant de circonstances qni, comme nous le verrons, influent sur la rapidité de l'absorption. Une influence très-grande appartient aussi au mouvement constant

et variable da milieu absorbant. Je ne dois point oublier de faire remarquer que la présence dans le sang d'une quantité notable d'albumine, substance d'un équivalent osmotique très-élevé, donne à ce liquide un pouvoir osmotique très-notable. Cet effet est contrebalancé en partie, il est vrai, par la présence du chlorure de sodium, qui est très-diffusible ; mais le pouvoir osmotique du sang est plus grand encore que celui de beaucoup de dissolutions salines (Graham).

3° Parois membraneuses, cloisons. — Les corps vivants tout entiers sont composés de cloisons plus ou moins délicates, plus ou moins complexes, depuis les parois délicates des cellules jusqu'aux parois des cavités séreuses et muqueuses, jusqu'au tégument externe. A travers toutes ces cloisons se produisent des phénomènes osmotiques ; mais ceux qui regardent plus spécialement l'absorption proprement dite, ont lieu à travers des cloisons comprises entre le monde extérieur ou les cavités naturelles d'une part et le liquide sanguin d'autre part. Ces parois sont en général composées d'un épithélium , d'une couche intermédiaire de nature et d'épaisseur variables, et de la paroi des capillaires. Les cloisons, sans cesse humides, présentent des particularités de structure, d'épaisseur, de perméabilité, de vascularisation, qui influent fortement sur la rapidité de l'absorption.

Puisque nous possédons les trois éléments néces-

saires à l'absorption , c'est-à-dire les deux milieux liquides et la cloison , éludions le mécanisme même de l'absorption, en nous aidant des principes de l'endosmose qui nous sont familiers.

Supposons pour cela un vaisseau dans lequel circule le sang, et plongé dans une cavité périphérique. Dans cette cavité pourront se trouver des liquides renfermant, ou bien, a des principes analogues à ceux du sang, ou bien, h des principes étrangers à la composition normale du sang :

a Principes analogues à ceux du sang. — Ces principes pourront : 1" ou bien être dans un état de concentration supérieur à celui dans lequel ils se trouvent dans le sang ; 2" ou bien dans un état de concentration inférieur. Ces principes pourront encore appartenir : 1 « aux substances cristalloïdes ; ou 2° aux substances colloïdes.

b Les principes à absorber, étrangers à la composition normale du sang, seront toujours en plus grande proportion que dans le sang , qui n'en renferme pas ; ils sont ou 1° colloïdes, ou 2° cristalloïdes.

Examinons rapidement ce qui devra se passer dans chacun de ces cas. S'il s'agit de principes cristalloïdes qui existent normalement dans le sang, ils peuvent, avons-nous dit, être dans le liquide périphérique dans un état de concentration : V inférieur, ou 2° supérieur à l'état dans lequel ils se trouvent dans le sang.

Plaçons dans la cavité périphérique une solution de chlorure de sodium d'un titre inférieur à celui du sang. La solution saline ayant un pouvoir osraolique inférieur à celui du sang , il y aura un courant dirigé de l'extérieur à l'intérieur du vaisseau sanguin , et comme le sel a une grande puissance de diffusion , il pénétrera rapidement dans le vaisseau en même temps que le menstrue aqueux. Si, au contraire, la solution saline est plus concentrée que le sang, il y aura appel des liquides aqueux du sang vers la cavité périphérique, le liquide salin sera dilué ; mais en même temps il pénétrera dans le sang en vertu de sa puissante diffusion, et la solution s'affaiblissant, pour ces deux causes , le cas actuel sera , à une certaine période de l'absorption , ramené au cas précédent.

Si nous plaçons autour du vaisseau une substance colloïde plus diffusible que l'albumine, l'albuminose par exemple, et si nous la supposons plus diluée qu'elle ne l'est dans le sang , le pouvoir osmotique puissant de l'albumine du sang provoquera un courant de dehors en dedans; mais le faible pouvoir diffusif des matières colloïdes ne permettra qu'à une faible quantité de l'albuminose de suivre le liquide qui pénètre dans le sang ; la solution se concentrera et rentrera dans le cas que nous allons examiner. Supposons maintenant que l'albuminose se trouve dans un état de concentration supérieur à celui des substances colloïdes du sang, son pouvoir osmotique pourra l'emporter sur

celui du sang, et le sérum du sang, sérum Irès-appauvri par le passage à travers la membrane, s'épanchera dans la cavité périphérique. En même temps l'albuminose du liquide extérieur pénétrera faiblement dans l'intérieur du vaisseau. Des deux liquides en présence l'un, le sang, conserve une composition constante, à cause de son cours incessant; l'autre, périphérique, perd à la fois son albuminose et s'enrichit de liquide aqueux , de sorte que sa concentration tend sans cesse à diminuer et son pouvoir osmotique à devenir égal à celui du sang. Les phénomènes pourraient en rester là, si une influence jusque-là en partie voilée par les forces osmotiques n'était pour ainsi dire mise à nu par l'état d'équilibre survenu dans ces forces ; je veux parler de la tension vasculaire. Le sang, pressé par les parois vasculaires, laisse tracssuder son sérum trèsallaibli, qui dilue de plus en plus l'albuminose en présence et amène à un titre inférieur à celui des matières colloïdes du sang. A partir de ce moment, le grand pouvoir osmotique des substances colloïdes sanguines, détermine vers la cavité vasculaire un courant plus ou moins intense du liquide périphérique, et l'absorption de ce liquide. Mais, à cause du faible pouvoir diffusif des substances colloïdes, l'eau extérieure passera dans le vaisseau, entraînant avec elle très-peu do l'albuminose extérieure. La solution se concentrera de nouveau , et les circonstances primitives se représenteront. Mais à mesure la quantité d'albuminose di-

minuera, et c'est par des alternatives successives semblables que son absorption pourra arriver à se compléter.

C'est là le mécanisme de l'absorption des substances colloïdes d'une diffusibililé plus grande que celle des principes colloïdes du sang, et c'est là ce qui a lieu en partie pour ce qui regarde l'absorption intestinale. Mais si, au lieu de renfermer de l'albuminose, le liquide périphérique renferme de l'albumine proprement dite, ou les principes colloïdes mêmes du sang, l'absorption en devient très-difficile. Les parties aqueuses peuvent disparaître si le sérum sanguin a un pouvoir osmotique supérieur à celui du liquide périphérique; inais l'albumine ayant un pouvoir diffusible nul (Mialhe) ou du moins très-faible (Graham, Lehmann, Budge, Vittich, Béclard) , elle n'est pas absorbée ou ne l'est que très-lentement, tardivement , à condition que la pression vienne en aide à l'osmose vasculaire, ou que, par suite de l'action plus ou moins lente des tissus , l'albumine subisse des transformations qui diminuent son pouvoir osmotique et augmentent sa capacité de diffusion. Ce sont des conditions qui se réalisent plus ou moins suivant les circonstances et le siège de l'absorption, et sur lesquelles nous reviendrons à propos de l'absorption considérée dans ses sièges spéciaux.

Si des principes solubles et étrangers au sang sont mis en présence des parois vasculaires , il est évident que leur état de concentration relative sera toujours

supérieur à celui du sang, auquel ils sont enlièrement étrangers. S'ils sont doués d'un équivalent osmotique puissant , ils appelleront hors du vaisseau un afflux de sérum considérable, en même temps que par diffusion leurs molécules pénétreront dans le torrent circulatoire, d'autant plus facilement que le liquide sanguin ne les renferme pas lui-même. La marche des phénomènes ne sera interrompue que lorsque la totalité de la substance étrangère aura pénétré dans le sang. C'est là évidemment un des modes d'action de certains sels purgatifs, ainsi que l'a démontré M. Poiseuille, auquel on a fait des objections d'une médiocre valeur, car les expériences d'Aubert (Aubert; Experimenlal Untersuchungen, Zeitschrifjt fur rat. Med. 1852), prouvent bien que les sels neutres peuvent purger par un autre mécanisme , et peut-être par une action directe sur le système nerveux intestinal, mais ne démontrent pas que leur présence dans la cavité intestinale n'amène point un effet osmotique purgatif. D'un autre côté, si Wimberley Jones a obtenu sur une membrane séparée de l'organisme, avec l'alun ou l'acétate de plomb , les effets obtenus avec le sulfate de soude , il a tort d'assimiler ces deux faits, pour ce qui regarde l'organisme vivant , car il oublie de tenir compte de l'action astringente des deux premiers sels sur les capillaires de la membrane vivante, action qui les empêche de produire un effet purgatif.

Les substances colloïdes étrangères au sang, mais

d'un pouvoir diiïusif supérieur à celui de l'albumine du sang, sont absorbées, comme nous l'avons déjà vu. Quant aux substances colloïdes étrangères au sang et d'un pouvoir diffusif inférieur à celui de l'albumine du sang (gomme, résine), elles ne peuvent être absorbées et ne pénètrent point dans le courant de la circulation.

Nous pouvons appliquer facilement à l'absorption interstitielle ou élémentaire ce que nous venons de dire sur l'absorption à travers les membranes complexes. Tous ceux qui ont jeté les yeux sur un microscope , ont pu voir des cellules placées au milieu de liquides différents, tantôt se gonfler démesurément, tantôt se rider et perdre leur capacité, suivant la nature du liquide dans lequel elles nageaient. Ce qui se passe ainsi sous la lentille du microscope a également lieu dans l'organisme. Les éléments plongés au milieu du liquide nourricier ne le conservent point tel qu'ils l'ont reçu ; ils le modifient, le transforment, de sorte qu'à un moment donné et d'une manière constante , les principes renfermés dans la cellule sont différents de ceux qui se trouvent autour d'elle. De là un échange permanent entre les deux liquides différents , séparés par une membrane extrêmement délicate. Ainsi s'explique par l'osmose et la diffusion cet échange continuel qui est une des nécessités de la vie de l'élément, et, par conséquence, de l'ensemble.

CONDITIONS OUI FONT VARIER l' ABSORPTION.

Dans plusieurs des pages précédentes, j'ai fait allusion à des circonstances de pression , de circulation, de dilution, etc., qui influent sur l'absorption. Je dois revenir sur ces circonstances, afin d'en compléter l'histoire et d'indiquer au moins les preuves de leur influence. Ces conditions dépendent : 1 " du liquideabsorbable; 2» du liquide absorbant, le sang; 3" de la cloison.

1" Conditions dépendant du liquide absorbable.

L'étal de concentration de laliqueur a beaucoup d'importance; mais, à ce sujet, nous devons d'abord résoudre une contradiction. Ainsi, d'après Lehmann , plus les matières seront diluées par rapport au sang . plus le pouvoir osmotique du sang sera grand par rapport à elles, et plus elles passeront rapidement dans le liquide nourricier. D'autre part, d'après les expériences de Bernard et de Becker, (introduisant, l'un sous la peau et l'autre dans une anse intestinale entre deux ligatures des dissolutions sucrées de titres variables), toutes choses égales d'ailleurs , la rapidité de l'absorption serait proportionnée à la quantité de substances dissoute. La clef de cette contradiction apparente est en réalité la distinction des substances colloïdes peu diffusibles et des substances crislalloïdes Irès-difl'usibles.

D'après les notions que nous avons déjà acquises sur le mécanisme de l'absorption, il est évident que, plus une substance colloïde sera diluée, plus son absorption sera facile ; plus, au contraire, une substance diffusible sera concentrée, plus elle communiquera de ses molécules au liquide voisin à travers la cloison.

Nature chimique de la substance àbsorbable. — La conclusion renfermée dans le paragraphe précédent n'est vraie qu'autant qu'il s'agit de liquides n'ayant pas une action chimique trop active sur la membrane. L'acide oxalique en solution concentrée est très-lentement absorbé , parce qu'il altère les parois de l'estomac, et il n'a pas alors d'action toxique. Les solutions légères sont rapidement absorbées et empoisonnent l'animal. (Christison et Coindet.)

Nous n'avons pas besoin de répéter ce que nous avons déjà dit de l'absorption, plus difficile pour les substances colloïdes que pour les substances cristalloïdes. J'ajouterai que toutes les substances cristalloïdes sont loin d'avoir la même aptitude de pénétration à travers les membranes. Les chlorures alcalins possèdent cette faculté à un très-haut degré. Parmi les substances colloïdes, il y a également des degrés, et les expériences de M. Moriii (de Genève) l'ont conduit à les classer de la façon suivante : 1" albumine ; 2" gélatine; 3° caséum; 4° gomme; et 5° résine qui est tout à fait privée de l'aptitude à traverser les membranes.

Ainsi que l'ont fait prévoir les découvertes de Graham, la réaction chimique du liquide absorbable a de l'influence sur la facilité de son absorption, Nous avons vu, en effet, que l'acidité d'un liquide produisait l'osmose négative et le portait rapidement de l'autre côté de la membrane. Nous aurons à revenir sur ce point , à propos de l'absorption stomacale (Graham, Lehmann, Funke).

2° Conditions dépendant du liquide absorbant.

Nous avons déjà signalé, dans le sang, deux qualités très-importantes de ce liquide : sa richesse en albumine , qui est douée d'un pouvoir osmotique puissant, et son alcalinité, qui est aussi une condition très-favorable à l'absorption des substances acides et surtout des solutions aqueuses indifférentes. Nous savons , en elïet , que l'eau se porte toujours du côté alcalin de la membrane.

Il est naturel de penser, et l'expérience le prouve, que toutes les causes qui agiront sur la composition du sang, auront une influence correspondante sur le pouvoir absorbant de ce liquide. Les purgatifs, les vomitifs, les diurétiques, qui enlèvent au sang une grande partie de ses liquides, et qui augmentent la proportion de ses substances osmogènes, favorisent singulièrement l'absorption. Aussi fait-on précéder fréquemment de l'action d'un purgatif, l'administration des médicaments dont il est utile de hâter l'absorption,

le sulfate de quinine par exemple. C'est une expérience que l'on fait tous les jours dans nos hôpitaux.

Au contraire, l'introduction dans le sang de principes aqueux abondants, et le défaut de principes osmogènes, ralentissent l'absorption. C'est ce qui a lieu dans Yanémie, par exemple. Il est vrai que, dans cet état, d'autres circonstances, telles que l'altération de sécrétions, troublent les facultés assimilatrices, et que le cas est complexe; mais je n'en pense pas moins que l'état aqueux du sang est une des causes de la lenteur de l'absorption dans l'anémie, poussée à un certain degré.

L'état fébrile, les étals inflammatoires qui sont accompagnés d'une production surabondante de fibrine, et par conséquent d'éléments osmogènes, activent l'absorption. C'est ce que démontrent les observations de Briquet , contrairement aux idées théoriques de Broussais. Mais toutes les influences que je viens de signaler sont plus ou moins compliquées de phénomènes de pression.

La pression, si influente sur l'e'ndosmose , ne l'est pas moins sur l'absorption, qui n'est qu'un cas particulier de l'endosmose. Si la masse du sang est augmentée , si la tension sanguine est accrue , l'absorption sera diminuée. Si, à l'exemple de Magendie ou de W. Edwards, on injecte de l'eau dans les veines d'un chien, et qu'on introduise ensuite dans la plèvre un poison, l'absorption est d'autant plus retardée que la

quantité d'eau injectée est plus considérable. Si , au contraire, par une saignée (Magendie) l'on diminue la masse et la tension sanguines, l'absorption se fait trèsrapidement. L'ingestion de matières alimentaires dans l'estomac augmente, après le repas, la masse du sang. Aussi est-il de notion vulgaire que l'absorption des médicaments se fait bien plus rapidement à jeun qu'après le repas.

Ce n'est point la tension sanguine, considérée d'une manière absolue, qui active ou retarde l'absorption, mais bien la tension sanguine relativement à la tension du liquide absorbable. La tension sanguine restant la même, si la pression du liquide extérieur lui est supérieure, l'absorption est favorisée (Murray); si ellelui devient inférieure, l'absorption est ralentie ou même annulée. L'effet inverse peut même être obtenu, et une exsudation sanguine être produite. Ce sont là des considérations très-importantes, et qui sont tous les jours mises à profit, soit pour favoriser l'absorption par une pression convenable , soit pour retarder et empêcher l'absorption des matières nuisibles (virus, poison, venin), par une aspiration intelligemment appliquée. (Barry, Fodera ).

La tension vasculaire est accompagnée d'un phénomène qui joue un rôle très-important dans le mécanisme de l'absorption, et qui présente des variations notables ; je veux parler de la vitesse de la circulation

sanguine. Le sang se renouvelant constamment sur une paroi de la cloison , il en résulte que la composition , et le pouvoir osmotique du liquide absorbant sont maintenus dans toute leur intégrité. On sait aussi qu'un courant rapide exerce sur les parois d'un tube et sur les liquides qui imbibent ces parois , un appel d'autant plus énergique que le courant est plus rapide. On connaît du reste l'expérience de Matteucci et autres, consistant à faire passer un courant d'eau plus ou moins rapide dans un tube membraneux (veine , intestin), plongé dans un liquide absorbable , de l'eau acidulée par exemple ; plus le courant est rapide, plus l'introduction de l'acide ambiant est considérable.

Ces considérations nous amènent à conclure que , toutes choses égales d'ailleurs , plus le courant circulatoire sera rapide et abondant, plus l'absorption aura d'activité. Mais il ne faut pas oublier que les causes qui modifient la vitesse du courant circulatoire peuvent agir en sens inverse sur la tension des capillaires proprement dits. Ainsi la paralysie des petits vaisseaux, en diminuant la tension vasculaire générale, et en accélérant la vitesse, augmente la tension des capillaires. Il y a donc alors, par rapport à l'absorption, antagonisme entre l'effet contraire d'une augmentation de tension , et l'effet favorable d'un accroissement de masse, de vitesse et de surface. L'observation, en nous montrant l'hyperémie des membranes muqueuses au moment de leur absorption la plus active , nous en-

seigne directement que l'effet de la vitesse l'emporte sur celui de la tension, ce que l'on aurait pu prévoir en réfléchissant que les parois des capillaires , trèsdélicates , d'une élasticité parfaite et dépourvues d'éléments contractiles, cédaient facilement à l'afflux sanguin, et ne permettaient qu'une faible augmentation de tension. Ces conditions sont réalisées dans certains états pyrexiques ; ils le sont aussi dans certains actes de la vie physiologique , dans l'absorption intestinale par exemple , et dans l'absorption des muqueuses en général.

Si les frictions aident à l'absorption des matières médicamenteuses , il n'est pas douteux qu'à côté de l'effet de la pression il n'y ait aussi l'effet favorable d'une plus grande activité vasculaire.

En regard des faits précédents , je dois placer les cas de pyrexies typhoïdes, de choléra, où la diminution de tension vasculaire est plus que compensée par un ralentissement considérable de la circulation et où, par suite, l'absorption est presque annulée. Il suffît, du reste, d'arrêter artificiellement la circulation d'un membre, pour empêcher l'absorption d'une substance toxique déposée dans une plaie faite à l'extrémité de ce membre. Je n'ai qu'à rappeler les expériences multipliées de Cl. Bernard sur le curare , et de tant d'autres expérimentateurs sur la strychnine , lès prussiates, etc. Cette notion est, du reste, utilisée tous

— soles jours dans la pratique médicale , et l'on sait qu'une ligature appliquée à temps peut prévenir les effets d'une morsure empoisonnée , etc.

Conditions dépendant des deux milieux liquides. — L'état électrique relatif des deux liquides en présence, paraît loin d'être indifférent. Nous avons fait allusion, à propos de l'endosmose, aux expériences convaincantes de Porret, de Fodera sur les parois d'une vessie urinaire , de Morin sur l'allantoïde des ruminants et sur la membrane du duodénum. Dans ces dernières expériences , les émulsions de matières grasses ne traversaient la membrane duodénale que si l'on faisait agir un courant de moyenne force dans le sens de la transmission des liquides en présence.

Les courants électriques ont été du reste appliqués comme moyen d'activer l'absorption des médicaments et à la cure de certaines tumeurs, en particulier de l'hydrocèle ; et s'ils n'ont pas donné des résultats assez rapides pour qu'on ait songé à leur emploi quotidien, on sait pourtant qu'ils ont une influence positive sur la résorption des liquides de l'hydrocèle en particulier.

Température. — La température, que nous avons vue accélérer les mouvements osmotiques, est un aide puissant pour l'absorption.

La température peut agir, et directement par ellemême comme force modificatrice de l'endosmose, et

indirectement comme modifiant la vascularisalion des tissus. Ses effets sont observés tous les jours, et c'est pour n'en avoir pas tenu compte, que des méprises ont été commises par des observateurs du reste fort, distingués. C'est ainsi que Fontana avait prétendu que les venins de la vipère et du crapaud n'agissaient pas sur les animaux, que le ticuma ou curare n'agissait ni sur ces animaux, ni sur des grenouilles. Ce fait surprenant a été expliqué par Cl. Bernard. Ce physiologiste a démontré en effet qu'en hiver les observations de Fontana se vérifiaient exactement ; mais qu'en été ces animaux étaient parfaitement empoisonnés, comme les animaux à sang chaud le sont en toute saison. Dans le premier cas, la basse température de l'animal s'opposait à l'absorption; dans le second, cet acte physiologique avait lieu dans des conditions de chaleur plus convenables.

3" Conditions dépendant de la cloison.

L'influence de la cloison est très-considérable, et elle peut varier suivant des circonstances fort nombreuses. Nous savons déjà, par les lois del'endomose, que l'absorption est d'autant plus rapide que la cloison séparant le liquide absorbable de la cavité des vaisseaux, est plus mince et plus perméable : ces conditions sont réalisées par la formation de riches réseaux capillaires près de la surface des membranes absorbantes : d'une autre part, plus la surface absorbante sera étendue, plus aussi ♦

— Basera rapide l'absorption. Pour atteindre ce but, l'extension des surfaces, sans augmenter d'une manière disproportionnée la quantité de matière , la nature emploie des artifices ingénieux. Du côté du sang, la surfacede la cloison est augmentée parla multiplication des ramuscules sanguins ou lymphatiques, et du côté de la substance absorbable se trouvent des plis, des éminenceSjtantôtconsidérables, tantôt microscopiques, auxquels on a donné les noms de valvules, trabécules , papilles, villosités.

A leur surface , les membranes sont recouvertes d'une couche extrêmement variable suivant les membranes , c'est-à-dire d'un épithélium. Les épithêliums, ou tissus composés de cellules, sont les premières parties mises en rapport avec les substances absorbables, et c'est sans aucun doute d'eux que dépendent en grande partie les degrés d'activité de l'absorption à la surface des diverses membranes. Les formes et la disposition des épithêliums sont très-variées; mais on peut les classer en deux grandes catégories : 1 ° épithêliums pavimenteux ; 2° épithêliums cylindriques. — Leur rôle est loin d'être encore parfaitement connu. On peut pourtant affirmer que l'un et l'autre sont, à des degrés divers, des organes de protection. Sont-ils aussi des organes d'absorption? S'il en est ainsi, on peut dire que leur pouvoir absorbant est en raison inverse de leur pouvoir protecteur : les uns , et ce sont • surtout les épithêliums pavimenteux, sont tantôt com-

posés d'une simple couche de cellules , et tantôt stratifiés. Cette dernière disposition est très-défavorable à l'absorption , ainsi que nous pouvons nous en apercevoir en étudiant la peau et certaines muqueuses, où l'absorption est faible. Les épithéliums cylindriques ont probablement à remplir un rôle plus complexe que celui des épithéliums pavimenteux. On peut se demander si ces cellules cylindriques ou coniques ne constituent pas de véritables organites destinés peut-être à transformer certaines substances , et dans tous les cas à favoriser leur passage dans les lacunes du tissu coujonctifs. Ce sont là des questions qui trouveront leur place dans le chapitre que nous consacrerons à l'absorption intestinale, et je me borne ici àlesposerV

Ce qui démontre toute l'importance des épithéliums dans le phénomène de l'absorption, c'est qu'à chacune des deux formes d'épithéliums se trouve en général attachée une disposition spéciale des vaisseaux absorbants. Dans les membranes à épithélium pavimenteux, le réseau lymphatique se trouve superficiel, et le réseau

' Cette distinction des cellules épilhéliales absorbantes et des cellules épithéliales protectrices , se retrouve dans les parties absorbantes des végétaux. C'est ainsi que l'extrémité des radicules de tous les végétaux est protégée par une calotte d'épilhélium pavimenteux stratifié, qui n'absorbe pas ou bien peu, piléorhize. — La portion de racine placée immédiatement au-dessus est au contraire tapissée de cellules délicates, en forme de poils déliés, ou d'un épiderme non moins délicat, épibléma, qui est le véritable siège d'un active absorption {Schacht).

capillaire sanguin est au-dessous (peau). Dans les membranes à épilhélium cylindrique, c'est le réseau sanguin qui se trouve à la superficie, et le réseau lymphatique est inférieur (muqueuse intestinale).

Ce qui prouve aussi que les épithéliums jouent un rôle remarquable et encore obscur, dans le phénomène de l'absorption, c'est la facilité avec laquelle ils laissent pénétrer certains poisons, tandis qu'ils s'opposent à l'introduction de certains autres, sans que nous puissions donner une explication satisfaisante de celte apparence d'élection. C'est ainsi que le curare et certains venins sont si faiblement absorbés par la muqueuse stomacale qu'on lésa crus (Humbold, La Condamine) (et quelques physiologistes les croient encore) complètement inabsorbables. Pourtant, Cl. Bernard, Vulpian , Martin-Magron et Buisson , F. de Castelnau, et avant tous Fontana , ont démontré que le curare .a un effet toxique, lorsqu'il est introduit dans l'estomac à jeun , et en quantité assez considérable pour que l'élimination constante qui a lien par les excrétions, ne suffise pas à en débarrasser l'organisme à mesure qu'il y est introduit.

Il y a entre les cellules épithéliales et le curare un défaut d'affinité que nous ne pouvons encore saisir; car ce poison est également à peine absorbable par la conjonctive, la vessie et la muqueuse de la trachée et des grosses bronches. Dans les dernières bronches, et surtout dans les vésicules pulmonaires , le curare est

au contraire rapidement absorbé, parce que là, l'épithélium existe à peine, et même dans certains points n'existe pas du tout.

Du reste, dans les inflammations des grosses bronches ou de l'estomac, l'absorption du curare a lieu, et l'elTet toxique est produit, ce qui s'explique assez par la chute naturelle de l'épithélium dans les circonstances pathologiques.

Les cellules épithéliales se recouvrent dans certaines régions d'une couche de mucus visqueux qui peut s'opposer à l'absorption. Mais si le mucus a cet effet défavorable, d'autres liquides imbibant les membranes peuvent favoriser l'absorption de certaines matières peu absorbables. C'est ainsi qu'une membrane imprégnée d'un liquide alcalin ou de bile, laisse passer beaucoup plus facilement les huiles (de Wittinghausen, Hoffmann).

Disons, en passant, que c'est à celte influence des liquides renfermés dans la cloison et à leurs transformations rapides, que Graham attribue les résultats étonnants des recherches de Matteucci et Cima , sur l'endosmose à travers des membranes fraîchement enlevées à l'animal (grenouille, anguille, torpille).

L'état des nerfs n'a probablement qu'une influence très-indirecte sur l'absorption. La section des nerfs d'un membre n'empêche point l'absorption de s'opérer (Magendie), et si cette section amène des variations d'intensité dans l'absorption, on peut justement sup-

poser que c'est à cause des modifications qu'elle apporte dans les mouvements, dans le système vaso-moteur, etc., mais non directement dans les phénomènes de l'absorption en eux-mêmes.

Toutefois, nous ne saurions être absolu à cet égard, car on ne peut s'empêcher d'établir un rapprochement entre les courants électriques des nerfs reliés aux centres, et l'influence que l'on semble prêter justement à l'électricité dans les phénomènes osmotiques.

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