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CHAPITRE I

De Cabslinence dans Véiai physiologique

Toutes les fois que l'on a soumis à une abstinence plus ou moins prolongée des êtres des différentes classes animales, il s'est manifesté d'une manière uniforme plusieurs ordres de faits qui correspondent chacun à une altération d'une des grandes fonctions de l'économie. La circulation, la respiration et la calorificalion d'une part, la digestion et l'innervation d'autre part, ont constamment subi des modifications qui annonçaient des troubles dynamiques ou des lésions matérielles dont l'intensité pouvaiteompromettre l'existence des animaux. Que l'abstinence ait été complète ou que l'on ait privé les animaux d'une partie seulement de leur nourriture, de manière à établir une alimentation insuffisante qui, par sa marche décroissante, devait aboutir à l'abstinence complète, les résultats se sont trouvés être les mêmes dans les deux circonstances. Que ces expériences aient été faites sur des animaux supérieurs ou bien sur des êtres occupant une place moins élevée dans l'échelle animale, on a encore pu constater une concordance parfaite cuire les conclusions de l'un ou de l'autre cas. Ce soni

ces résultats qui vont être exposés d'une manière sommaire. La nature de ce travail nous y oblige , car l'abstinence ou privation d'aliments est un sujet d'une trop haute importance pour que l'on néglige de s'armer d'un critérium incontestable alors qu'il s'agit de priver de nourriture un malade qui est déjà en lutte contre les influences pathologiques.

Quand un animal a été nourri d'une manière insuffisante ou lorsqu'il est soumis à une abstinence complète , la loi d'après laquelle il périt ne varie jamais: la mort survient, en général, quand le poids du corps est parvenu à la limite de diminution compatible avec la vie, c'est-à-dire, quand l'animal a perdu les 4 dixièmes de son poids normal. Tout en diminuant chaque jour, le corps ne s'affaiblit pas cependant d'une manière uniforme; c'est vers le milieu de l'expérience que l'on remarque la perte minimum ; et la perte la plus considérable a lieu au début de l'abstinence, fait ca pital , car il se présentera dans sa plus haute expression séméiologique chez les malades inanitiés. Enfin, vers les derniers temps de la vie, il se fait une perte relativement plus grande qui coïncide avec une augmentation de fécès, augmentation allant souvent jusqu'à la diarrhée. Certaines influences peuvent modifier soit en plus, soit en moins, ce chiffre 0,4; ainsi, chez les animaux très-gras, la perte intégrale peut avoir pour limite 0,5 ; dans le jeune âge, au contraire, la moyenne est de 0,2. Ces données expérimentales viennent donc corroborer l'aphorisme d'Hippocrate : « Senes facillime, difficillime autem omnium inediam ferunt infantes. »

Quelles sont donc les différentes parties du corps qui participent à cette perte de poids, et quels sont les éléments de l'organisation qui lui fournissent la plus large part? Le corps perdant constamment de son poids, cette diminution porte en excès sur la graisse, qui disparait complètement, puis sur le système musculaire, la rate, le pancréas, le foie, te cœur et enfin le canal intestinal. Les poumons et les reins éprouvent une perte beaucoup moins sensible, résultat bizarre en apparence, mais qui n'est pas de nature à nous étonner si nous nous reportons aux phénomènes qui s'opèrent chez les inanitiés : tandis que le tube digestif est, en effet, condamné à un repos absolu, les poumons et les reins continuent à fonctionner, et, partant, sont plus aples à résister aux pertes incessantes qui se produisent dans toute l'organisation.

Le sang est modifié dans sa quantité et dans sa qualité. On

en rencontre encore, il est vrai, dans les artères, les veines et lesvcinules principales, et notamment dans le système veineux abdominal ; mais il est des tissus, tels que la peau et les membranes muqueuses, dont l'incision partielle ou le déchirement donne lieu à un suintement d'une sérosité incolore ou rosée. C'est qu'en effet le sang se consume par l'inauitiation, et sa t|uantitédiminue en raison directe de la durée de l'abstinence. En même temps qu'il y a ainsi diminution dans la masse du snng, la proportion des globules diminue et la quantité d'eau augmente : il y a alors hydrêmie ; aussi n'est-il pas rare de rencontrer des hydropisies dans les cavités séreuses, voire môme dans le tissu cellulaire.

Telles sont les lésions anatomiques que les expérimentateurs mil trouvées chez les animaux inanitiés. Mais à cette altération du sang et à cette perte de poids, suite d'une absorption interstitielle, correspond une série de désordres dynamiques qu'il importe de faire connaître , car on la retrouve chez l'homme malade. La circulation et les battements du coeur se ralentissent progressivement ; l'auscultation perçoitdes bruits anormaux très-variés, bruit de soufflet, de scie, etc. ; le pouls devient filiforme, dépressible et rare. En même temps, et à mesure que l'abstinence se prolonge, la respiration tend à devenir moins active, tout en conservant plus de fréquence le jour que la nuit. Le môme affaiblissement s'observe dans la chaleur animale : l'oscillation diurne qui, dans l'état normal de l'alimentation est de 0°,74, devient de 5°, 28 dans l'inaniliation (Chossat). Cette oscillation s'accroît progressivement jusqu'à ce que le refroidissement, devenu trop considérable, ne permette plus la réaction ascensionnelle, et la mort a lieu généralement entre 1 8 et 50 degrés, rarement au-dessusdece dernier chiffre.

Le pouvoir digestif diminue parallèlement aux autres fonctions. L'aliment n'est plus digéré en totalité; il survient des vomissements, et, dans les derniers jours, les fécèssc mélangent d'une forte proportion de sérosité; elles prennent l'apparence d'une diarrhée colliquative. D'un autre côté, l'absorption augmente d'activité ; car si les divers organes perdent de leur volume et de leur poids, c'est l'absorption interstitielle qui opère ce phénomène. Enfin l'insomnie, le délire, puis la stupeur et le collapsus, très-rarement des convulsions viennent annoncer le trouble des fonctions cérébro-spinales.

Le fait qui domine l'inanitiat;on est donc un affaiblissement

organique dont la marche constante et progressive doit fatalement aboutir à la mort par l'anéantissemeut successif des différentes fonctions. Or de quelle manière survient la mort en pareille circonstance? Est-elle la conséquence de la décalorification des animaux ou bien faut-il l'attribuer à l'hydrémie, celte altération du sang qui suit toute alimentation insuffisante? La déperdition de la chaleur et sa relation intime avec la durée plus ou moins longue de l'abstinence semblerait, au premierabord, être la causedela mort par inanition; maison ne saurait admettre cette explication. Car si les animaux privés de nourriture périssent, comme ceux que l'on a amenés par des mélanges réfrigérants à une température de 24 degrés; s'il est vrai encore que le réchauffement artificiel pratiqué dans le cas de mort imminente et pendant un temps assez prolongé permet aux animaux de recouvrer successivement l'usage de leurs facultés, il faut reconnaître aussi que, durant cette existence factice, toutes les fonctions s'exécutent avec moins de régularité et moins d'intensité que dans l'état normal , et si l'on suspend ce réchauffement, l'animal tombe rapidement dans l'état primitif. Mais, en môme temps que l'on combat la décaloriQcation , et que Von cherche à reconstituer le sang , les résultats ne seront plus les mêmes. C'est que la chaleur animale ne se recouvre point par le réchauffement artificiel ou le rayonnement ; elle y trouve seulement un auxiliaire qui lui permet de puiser dans les fonctions végétatives ce qu'elle avait perdu par une alimentation insuffisante. Quelquefois même la décalorification n'a pas encoreattiré l'attentiondel'observateur et déjà des hydropisies et les symptômes fonctionnels de l'inanitiation ont pris un certain développement. L'abaissement calorique n'est donc qu'un fait secondaire; c'est la diminution progressive de la masse du sang et l'altération de ce fluide qui sont la cause première, directe ou indirecte de la mort par abstinence. Du reste, en examinant les animaux qui succombent à ce genre de mort, on conçoit avec peine comment l'organisme tout entier peut encore être alimenté par la faible proportion de sang que renferment les vaisseaux. L'animal ne périt donc point parce qu'il se refroidit; c'est l'altération du sang qui seule peut expliquer les désordres au milieu desquels survient la mort.

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