XXVIII
L'Histoire nous apprend qu'autresfois une grande Princesse profita si bien du conseil que luy donna un saint personnage d'abolir la mode, des nudilez de gorge, qu'elle fui k pre-
1 François Bacon.
mîère qui commença à couvrir la sienne ; et que, joignant son autorité à son exemple, elle obligea et persuada, tout ensemble, les Dames de sa Cour de n'y venir qu'avec des babils modestes , ou du moins qu'avec des ornemens qui ne lilossoien! pas la pudeur de leur scie, quoy qu'ils fissent connoistre la grandeur de leur naissance. Plenst a Dieu que cet écrit eût le mesme effet que ce conseil, nuis qu'ils ne tendent l'un et l'autre qu'à une mesme fin.
Que si les raisons et les autoritez, dont je me suis servy, ne sont pas assez puissantes pour persuader aux femmes du siècle de condamner l'abus des nuditez, je souhaite que l'exemple de cette Princesse et de tant d'illustres Dames , qui relèvent leur dignité par leur modestie, leur inspirant un saint desic de les imiter.
Elles se trompent, ces femmes du siècle, si elles s'imaginent tirer une iiVilalile gloire du la beauté qu'elles découvrent avec tant d'af* faiterie. Les plus libertins, qui les nomment
1 l'mnUre ûdilion : ■ La Iiml-Ié Inir jjorjje i'! de leurs bru. >
belles, les soubeonnent Je n'esfre pas innocentes; leur raison désaprouve souvent ce qui plais! à leurs yeux, cl en mesme temps qu'ils louent le sein qu'on leur fail voir, ils méprisent ou condamnent telles qui le leur montrent. Les hommes sages et judicieux, qui sçatent que la réputation d'une fille et d'une femme dépend principalement de sa retenue et de sa pudeur, s'étonnent que cette femme on cette fille mondaine s'expose inconsidérément à perdre leur estime en tâchant de l'acquérir, et sont beaucoup plus surpris de son imprudence que de sa beauté. Les personnes pieuses et dévotes conçoivent de l'indignation à la vue de ces nuditei, et sont contraints de refuser leur approbation à nue mode si opposée à la piété et à l'esprit du Christianisme, à une mode que la Religion déteste, que la raison hlamc, et dont le libertinage mesme se mocque en mesme temps qu'il l'autorise.
Je demanderais donc volontiers à ces filles et à ces femmes 1 : A qui prétendez-vous plaire?
1 Première édition ; t Ces femmes qui tout si soigneuM»
De qui voulez-vous acquérir l'estime? Est-ce
îles I unes snjros cl di'uih? Ils ni' Houluilcii t
pas de voir cette gorge que nous leur présentez , ils en détournent mesme leurs yeux. Est-ce de
ces jeimcs ritriTidiitiis ".' Vufis suivez que leur approbation n'est guères considérable, et vons n'ignorez pas qu'ils méprisent ordinairement ce qu'on leur offre, et qu'ils estiment fort peu ce qui devient commun à tont le monde. Quelle est donc votre conduite de faire uno chose qni déplaist à une partie de ceux qui vous regardent, et qui ne tous acquiert pas l'estime tout
culic.ve des antres; au lion que vous estes assurées que les jeunes mondains et les hommes sages et dévots auroieni également du respect et de l'estime ponr voua, si vous ne paraissiez devant eux que la gorge couverte et avec la modestie que la nature inspire a votre sexe, et que la Religion luy prescrit?
xxxr.
Mais je suppose qu'il se trouve quelque libertin, qui, a la veuij do vostre sein vous
1 Ln première édition ajoute ; i Do vos bros nu do Vos
donna toute son approbation et même tout son cœur. PoutPï-vous bien tirer vanité d'une chose qui devroit vous faire rougir, et n'est-ce pas pour tous un sujet de confusion plutost que de joie, de n'estre louée que de ceux dont les louanges sont non seulement suspectes, mais méprisables î Non, ce n'est pas une gloire, c'est une espèce de désbonneur de n'être approuvée que des pêcheurs, parce qu'ils n'approuvent que ce qu'il» aiment ou qu'ils font, et que leurs perverses habitudes les portent à ne rien aimer et à ne rien faire qui ne flate leur concupiscence, et qui ne soit conforme a leurs mauvaises inclinations.
XXXH.
Voslre nudité plaist aui libertins et aux pêcheurs : il n'en faut pas davantage pour conclurrc qu'elle esnle îiu pèche , cl qu'elle porte la marque et le caractère du libertinage. Mais sans doute votre conscience vous l'a dit avant moy, cl celte faible lumière qui nous reste de l'innocence originelle vous a fuit connoistre malgré vous, que s'il y a de la modestie à cou-
vrir sa gorge 1 , il y a de l'immodestie à la découvrir. Nos premiers parons ne demeuré mit nus qu'autant de temps qu'ils demeurèrent dans une espèce d'ignorance et d' aveuglement 1 ; et au ssi-l os t qu'ils eurent mangé du fruil qui leur fit connoistre le bien et le mal, la première marque qu'ils donnèrent de leur science et de leur intelligence fiil d'avoir lionle de leur nudité et de la couvrir. Servez-vous donc de votre raison, elle vous apprendra que vous devez éviter une nudité d'où il ne vous peut venir aucun bien, et qui peut vous causer beaucoup de maux. Écoutez les instructions de vostre conscience, et elle vous fera comprendre que vous ne pouvez, sans une espèce de crime, affecter de paroistre à demi-nuës, puisque la nature même vous inspire de lu crainte, do l'aversion, et mesme de l'horreur pour la nudité.
1 La première édition ajoute : i Et ses épaules.... à les découirir. i
2 Ton., tfi. de reland. eirj. Principes gencris Adam et EïO, ipuundiu intelleclu carebant midi ugebant. Al nbi Ai: arWi- a;;!ji1iii]iis <; îslaiTrimt , [iriiiiurii îcnsi-nuit ijitam rmbcsecnduin. ilaijuc sut qui^nc scius iulcllectuni tegmine uo Mueront.
Que si vous voulez consulter vostre Religion, elle vous enseignera que lout ce qui se fait par un espril de vanité ou de concupiscence, par un motif d'amour propre et de complaisance pour sov-mesme, ne peut estre agréable à Dieu, qui nous ordonne d'estre chastes et d'estre humbles, qui nous commande de nous mépriser et de nous haïr nous-mesmes. Elle tous enseignera qu'une fille et qu'une femme Chrestienne doit se faire connoistre autant par sa pudeur et par sa modestie que par sa foy : et comme elle doit plus songer a plaire à Dieu qu'aux hommes, et ne se découvrir qu'à Dieu; elle vous dira que si toute la gloire du monde est vaine et méprisable , celle que vous recherchez par la nudité de votre sein et de vos épaules, l'est plus que toutes les autres, non seulement, parce qu'elle n'est fondée que sur la beauté de voslre corps, mais encore parce que vous la recherchez par une voye basse et indigne d'une âme noble et généreuse. Vous sollicitez et mandiez, pour ainsi dire, l'approbation des hommes , à qui vous faites voir ce
que la nature, la raison et la pieté vous conseillent, et vous obligent de cacher.
La Ilcligion vous dira qne vous estes la Temple lie Dieu , et que la pureté doit eslre la portière de ce temple, laquelle est obligée pour se bien acquitter de son devoir, non seulement de chasser de vostre esprit toutes les pensées impures, mais aussi d'éloigner de vostre corps tous les regards lascifs des impudiques, lesquels déshonorent vostre chasteté, quoy qu'ils ne lu souillent pas, et vous rendent coupables au moins d'une impureté étrangère. Elle vous dira enfin qu'il ne suffit pas à une femme Chrcstienne d'estre pure et chaste ; qu'il faut qu'elle paroisse ce qu'elle est; que sa chasteté, pour estre parfaite, doit éclater également dans son esprit et dans son corps, dans ses pensées et dans ses paroles, et rejaillir, pour ainsi parler, sur ses actions , sur ses regards , sur sa démarche , et même sur ses habits. Car, si la façon dont elle s'habille dément ta manière dont elle vit, il est vraj de dire qu'elle n'est chaste qu'en partie, et que négligeant d'acquérir et
de pratiquer ce qui luy manque pouf avoir une véritable pureté, elle se met au hasard de perdre ce qu'elle a de pur et d'innocent, et de corrompre son Ame en montrant indiscrètement son corpi.
Si vous faites une sérieuse réfieiion sur ce que dit l'Ecriture sainte ', que la crainte do Dieu est la fin delà modestie, c'est-à-dire, que la modestie extérieure fait naistre la crainte de Dieu dans nostre Ame , ou l'y conserve et l'y augmente. Et si vous vons souvenez en mesrae temps que la mesme Écriture nous apprend que la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse et la cause principale du salut, ne devez-vous pas .1 rouer que. enfle femme craint véritablement Dieu et sonjfe sérieusement à se sauver, qui couvre par pudeur et ses bras et sa gorge, qui s'habille de telle sorte qu'elle na déroge ni A sa naissance, ni à sa dignité, ni à la qualité de Clirestictine, et qui fait connoitro par sa modestie que sa vertu répond à sa naissance, a sa dignité, et à sa Religion? Mais aussi ne devez-vous pas confesser qu'une gorge
' l'rou., t. -2.1. Unis modraiiffi timor Dci.
nné, que des bras el des Épaules découvertes (.'iHUiiiiiquniL uni- femme de manquer de modestie, et l'accusent, par conséquent, de n'avoir pas la crainte de Dieu, ou de ne pas si' soueier de la perdre, d'oublier son salut on de le négliger? Car, si la modestie nous porte à craindre Dieu, l'immodestie nous en éloigne; si la modestie est une grande disposition à vivre Chrcs- Ek'.nneincnt, l'immodestie y ral un paissant obstacle , et il me semble qne le docte Affricain ' avoit raison de donner le nom de filles de Dieu aux femmes qui n'alloient dans les places publiques et dans l'Église, que le sein couvert et la face voilée, et île nommer filles des hommes celles qui affectaient do découvrir leur visage et eursein, XXXV j
Nous lisons dans la Genèse , qne Dieu mesme fit des vêtements de peau à Adam et à Ève, pour nous faire connoistre que leur nudité luy ili'jilaisoil. Xous apprenons lie l'Histoire Ecclésiastique, que plusieurs Saints ayant de la répugnance ù dépouiller une partie de leur corps pour passer de petites rivières. Dieu les a mi-
1 Saint Augustin , qui clail né & Tsgnslc en Kumidic.
Digilized by Gocwle
raculeusement transportez à l'autre bord pour montrer combien il approuvoit leur pudeur.
Que peut-on inférer de là, si ce n'est que les femmes, qui s'étudient à couvrir modestement leur sein, leurs bras et leurs épaules, sont animées de l'Esprit de Dieu, et que celles qui affectent de les découvrir sont séduites par un esprit contraire, c'est-à-dire par l'esprit du Démon ou du Monde son disciple; que Dieu condamne toute nudité de corps, el que le Dùmon l'approuve ; que I)ir-u In'ïiiîl et récompense celles qui voilent leur ;;orge , et que le Démon trompe celles à qui il persuade de la montrer; en un root, que Dieu a de l'aversion pour toute sorte de nuditez du corps, et que le Démos en fait sou plaisir et sa joie.
Dien haït la nudité , parce qu'il est la pureté mesme ; le Démon l'aime , parce qu'il est impur. Dieu hait la nudité, parce que c'est un signe île uoitnî drlViiU'.; le Démon l'aime, parce que c'est une marqua du sou triomphe. Dieu hait la nudité, parce qu'elle est la cause 1 du pèche;
1 Première édition : ■ La suite et h cause. >
le Démon l'aime, parce qu'elle est une preuve de noslre misère il (|iiY.llo il ("■couvre en rncsrne temp» noatre indigence el nastre crime. Dieu hait la nudité, parce qu'il nous chérit, et qu'elle l'oblige à détourner les youi de dessus noua. Le Démon l'aime, parce qu'il nous hait et qu'elle luy sert à nous perdre. Enfin , Dieu haït la nudité du corpa , parce qu'elle est une figure de celle de l'âme, et qu'elle luy représenta Mnilimiclli.iiiK'iil notre pauvreté intérieure, et le Démon aime la nudité du corpa, parce qu'elle le fait souvenir que par son addressc nous avons este dépouillez de toutes les grâces qui ornoient nostre âmo. De sorte que celle* qui aiment lanudilé avec le Démon, présagent, en quelque, manière, qu'elles seront privées des grâces qu'elles possèdent, et semblent y consentir; elles se joignent au Démon pour se perdre, et se haïssent pour se trop aimer. Elles applaudissent à la victoire que le Démon remporta sur Ève, et renouvellent en quelque sorte son crime, en se conformant à l'état où elle se trouva aussi-tost qu'elle fut criminelle.
Ali ! puisque par la nullité île leur corps elles deviennent les images d'Eve coupable, que ne tâchent-elles de luy estre semblables par les aiouvemena de leur cœur ! Eve reconnut sa faute el la détcsla en couvrant sa nudité : que ne voilent-elles leura bras , leurs épaules et leur sein, pour montrer qu'elles avouent k faute qu'elles ont faite en les découvrant? Eve n'osa pas paroistre devant Dieu que tout son corps ne fut couvert : elles ilevroicnt du moins faire scrupule de se présenter à Dieu dans les Églises avec les liras nus et la ;jor;;e noé. Enfin Ève ne put souffrir sans honte que son mary mesme fût le spectateur de sa nudité, et elles cherchent des témoins de la leur, et des témoins qui ne peuvent les regarder sans danger ou sans crime , et dont elles tâchent de surprendre et de pervertir les inclinations , en s 'efforçant de leur plaire.
Si elles considéraient attentivement toutes ces choses, je m'a.-isure qu'elles desaprouveroient elles-mesmes leur conduite, qui a été
condamnée par la première des pécheresses ', et qui ajoule éi'Hlemmenf quelque etiose a Ta malignité de la nature corrompuii. Mais il faul tâcher de lea convaincre par leur propre, jusi' 1 menl. N'csl-il pas vray qu'elles blàmeroient une frïmiiiiï ilonf les paroles arlifineiises povferoienl à l'impureté, et qui s'énonceroit d'nne manière si libertine, quoy qu'adroite, qu'elle engagerait dans un amour prophane ceux qui l'entendroient parler? Comment donc peuventelles s'exempter de blâme, en montrant* leur sein el leurs épaules, puis qu'elles no peuvent ignorer que ces nuditez sont beaucoup plus puissantes que les paroles , pour exciter les mouieincns île la concupiscence-"? Car qui De sçait que les yeux sont les guides de l'amour, et que c'est par eux qu'il se glisse ordinairement dans nos âmes. Si le Démon se sert quelquefois de l'ouïe pour séduire la raison , il se sert presque toujours des yeux pour la désarmer et pour enchanter les cœurs. Qui ne sçait que les paroles s'évanouissent dans un instant ,
' C'est-à-dire , Ètc.
2 Première édition : ■ En montrant leurs bras , leur
et, quelque forte qu'elles ayent pour nous inspirer des sentiments deshonnestes, que la durée leur manque pour les pouvoir graver profondément dans nos esprits? Mais un sein nu ' et lîes épaules découvertes parlent continuellement à nostre cœur en frappant nos yeui , et leur langage, tout muet qu'il est, est d'autant plus dangereux, qu'il n'est entendu que de l'esprit, et que l'esprit se plaist à l'entendre. Qui sçait enfin que les discours d'une femme, s'ils choquent la pureté, nous choquent malgré nous, et nous donnent un dégoust secret et une espèce d'aversion et de mépris pour celle qui les prononce; mais la beauté d'une gorge que l'on présente à noire icnë , n'a îii'.a qui nous rebute, n'a rien qui ne nous attire. Nous commençons à la regarder sans répugnance, nous continuons à la regarder avec plaisir, nous la soyons ensuite avec émotion, et, comme elle ne cesse point de nous parler à sa mode , de nous solliciter et de nous plaire, elle triomphe enfin de nostre liberté après avoir trompé nos sens.
1 La première Édition met : > Un bean seul Bu et de!
De sorte que nom pouvons hardiment conclure, que les filles et les femmes qui se font voir en cet estât ' , sont plus blâmables que celles qui par dei discours impurs et lascifs tâchent de porter les hommes au libertinage, non seulement, parce qu'elles surprennent plus de personnes, dressant imliflurcumicnt des pièges à tout le monde, ce que les femmes les plus débauchées n'oseroient faire par leurs discours : mais encore, parce que pour se faire des adoraleurs, elles se servent d'une adresse d'autant plus dangereuse qu'elle est plus engageante et plus propre & donner de l'amour; à laquelle les gens sages sont exposez par le bâtard, quelque précaution qu'ils prennent pour l'éviter, dont les simples ne se deffient point, et à laquelle presque tous les jeunes gens se plaisent à succomber.
> Première édition : ■ Los filles et les femmes qui paroiuent en publie les bras, la «forge et Ici épaules
Après cela, je ne m'étonne pas que Dieu dans ses Prophètes reprochant à son peuple lii grandeur et la multitude de ses crimes, lny dise qu'il est devenu semblable à une foramc qui se plaist à paroitre nuë et qui ne songe qu'à se
l'aire aimer; qui s'huliilii: ,wcr pompe, cl s'étudie à rendre son sein élevé pour luy donner plus de grâce ; qui , enfin , ne reconnoist point d'autre temps que le temps des amans, c'est à dire qui ne croit pas pouvoir micui employer son temps qu'à faire des conquestes. En effot, c'est le temps de ses amans, parce que c'est alors que les hommes commencent à l'aimer, surpris et attirez par la nudité de son corps ; et c'est aussi sou tcuijn , ]ï;n-re. qu'i'lli' est .satisfaite
de l'espérance ou du plaisir qu'elle a d'estre
Jugeons de là si c'est un objet bien agréable à Dieu, qu'une fille ou une femme, qui ne
1 Eïegii-, cap. 16, vers, 7 et 8. Perv^uisti ;u! ji !mn
mulirtjr™: uluTiiliu iiiliinnimint... etc. Eras nudod confusiouo plcnn. El transis! et vldi (a, et ecce tempui luum ,
couvrejune partie de son corps que pour montrer et pour relever la beauté de l'autre , et qui , exposant aux yeux des hommes ce qu'elle leur devroit cacher, donne lieu de croire qu'elle ne couvre que par contrainte ce qu'elle ne fait pas voir. Puisque Dieu nous la représente en cet estât comme l'image cl le modèle des grands pécheurs , ne doit-elle pas craindre, (pic. cet estai ne soit un estât de péché pour elle, et ne doitelle pas connoistre que c'est un estât de péché pour les autres? Estât funeste, qui contient toute la malignité, et qui exprime tout le malheur des pécheurs, lesquels se perdent par nn trop grand amour d'eux-mesmes , et contribuent à perdre les autres par leur malice ou par leur adresse! Estât funeste, dans lequel les femmes ne s'engagent que par un défaut de pudeur ou de pureté Estât, qui devroit les faire rougir de honte, et qui doit estre puni d'une confusion extrême ! C'est pour cela, sans doute, qu'après que Dieu a comparé le pécheur à une femme bien ornée et une , ii ajoute qu'elle estott pleine de confusion. Elle n'a pas eu honte de paroistre publiquement le corps à demi-nu : elle sera couverte de honte au Jugement dernier, lorsque la laideur de sa
conscience paroistra sans voile et à découvert, et que son ame se trouvera vuide et nuë sans vertus et sans grâces.
Voila quel sera l'effet de la nudité que vous
affectez, <'> IVnime.-i nuiiuliimrs ! voilu ce qu'elle vous présage 1 Elle vous rend maintenant criminelles, elle vous rendra un jour malheureuses; elle vous lait maintenant des amans, elle vous fera un jour des ennemis ; et ceux-là mesmes qui vous caressent et qui vous louent , vous reprocheront avec des iojures ci des blasphèmes que vous estes la cause de leur damnation ; ils se rendront vos accusateurs et vos bourreaux, et, pour comble de malheur, peutestre que ces bras, ces c|.uulcs, cette gorge, dont vous et eux estes idolâtres , deviendront les instrumens de votre supplice, et feront l'objet éternel de vostre rage et de vostre désespoir.
Je ne prétends pas néanmoins placer dans un même rang toutes les femmes qui ont accoutume d'avoir k gorge nuë , je sçay qu'elles
no sont pas également coupables , et que la diversité des motifs qui les font agir, et des fins qu'elles se proposent, peuvent mettre une grande ililïm 'lire ['[ilii i rilciiiuiconimellontunemesmo faule. Mais, s'il s'en trouve quelqu'une qui soit exemple de crime, il n'y en a pas uno qui ne soit digne de blâme; et quelque raison qu'elles apportent pour leur deffense, quelque excuse qu'elles employent pour leur justification , elles ne paroialront jamais entièrement innocentes. Comment pourroienl-elli's unir l'innocence avec la nudité, puisque la nudité a été la première marquo do la perte do l'innocence?