SECONDE PARTIE
Des vainet excuiet des femmes qui ont la gorge et les épauia nues.
S'il est certain que nos premiers parens ont transmis leur crime à toute leur postérité, et ont communiqué à leurs descendans un penchant naturel et une forte inclination au péché, il n'est pas moins indubitable qu'ils nous ont inspiré un violent désir de diminuer et d'excuser toutes nos fautes, et deparoistre innocens, lors mesme que nous sommes le plus coupables. Nous naissons criminels d'Adam criminel, noua péchons comme il pécha; comme luy. nous tâchons de nous justifier devant Dieu et devant les hommes; et de mesme , dit S. Grégoire, qu'il voulut couvrir sa nudité de feuilles (l'arbre ,
nous nous efforçons vainement de cacher nos pochez par des paroles éludiccs, et par des discours frivoles.
Je ne m'étonne donc pas que les femmes qui se plaisent â avoir la gorge et les épaules découvertes s'étudient à justifier leur procédé ou du moins à l'excuser, Mais, avant de leur faire voir que toutes leurs excuses sont injustes et inutiles, j'ay cru les devoir avertir qu'elles augmentent leur péché en s'obstinant à l'excuser, et qu'elles se rendent d'autant plus coupables qu'elles se disent entièrement innocentes. Il y a quatre devrez de malice dans tous les pécfaéz.ditl'abbéRupert 1 . Le premières!, lorsque nous y conseillons. l,c. 2°, lorsque nous h: faisons. Le 3", lorsque nous y persévérons. Le 4* elle plus dangereux, lors que nous excusons et dépendons nostrc péché. C'est par là que nous faisons quelquefois un crime d'une simple faute, et nn crime si désagréable à Dieu, que c'esl, selon la pensée de ce grand Docteur, ce quatrième péché pour lequel Dieu dit qu'il vouloit abandonner les habitons de Damas à
i RirPE*r. ( tii. I.inlib. I. Reg., c.M.
leur mauvaise conduite ', après leur avoir pardonné les Irois péchez de pensée, d'action et d'habitude.
N'est-il pas VTay que , quand elles s'efforcent d'excuser et de justifier leur faute, elles travaillent à s'acquérir et à se donner la liberté de faillir? X'cst-il pas vray qu'elles témoignent se plaire au mal qu'elles ilcffendeut, et qu'elles excitent les autres à imiter leur dérèglement, en soutenant qn'ellea ne font rien qu'on paisse désaprouver? C'est ainsi que de leur désordre particulier elles en Tentent faire un désordre public, et qu'après avoir ajouté l'obstination au péché, elles ajoutent le scandale à l'obstination ; c'est ainsi qu'elles pervertissent les femmes , après avoir perverty les hommes, et qu'elles se rendent incapables et indignes de sortir de leur erreur, en tachant de la communiquer.
Mais j'espère qu'elles la reconnoistront et la condamneront après la lecture de ce petit
1 Alias, c. I, \. N;k' Mi^miius Biiprr frikis mltribus Dismasd, d vipcr quatuor non convertiufi ci™.
Ouvrage, et que, n'ignorant pas que la confession Imoiblo et sincère do nos fautes est toù-
H)a:'i[iii' iissi'iiri'i: i!« junlrerourmlir, ei.ic.-s roniVsseront ingénument qu'elle! ont mal fait de montrer publiquement leur gorge cS ' 0ULS épaules nu». J'espère aussi que par cet aveu elles obtiendront, et la rémission deleurs fautes passées, et la grâce de les réparer par une conduite contraire. Et pour leur en faciliter le moyen, je me suis résolu d'examiner avec elles les raisons qu'elles allèguent pour se deffandre, afin qu'elles avouent avec moy que le Démon a mis jusqu'à présent sur leur esprit le voile iju'cllrrs dévoient mettre sur leur sein, el qu'il las S em]>c'sclii''t;s île découvrir la vérité, en leur persuadant de faire voir leur corps à demy-nû.
Entre les excuses qu'elles apportent pour leur delTcnse, il y. en j ijni sont commîmes aux filles et aux femmes , et il y en a qui sont particulières anx unes ou aux autres. La première et la plus générale est la mode et la coutume, 11 est permis, disent-elles, de faire ce que les
autres font; ce n'est pas dans une seule Ville, c'est dans divers Royaumes , que les filles et les femmes Tout en publie le sein et les épaules découvertes, et cet usage n'est pas un usage introduit depuis quelques années, mais depuis plusieurs siècles; de sorte qu'on ne peut le condamner, sans faire lis procès à des nations et à des génération* entières.
Si cette raison étoit recevante, il n'y a aucun désordre qui ne dust estre approuvé et autorisé, pareeque tous les abus sont nécessairement introduits par un usage contraire à la raison et ù la Loy, lequel par succession de temps passe insensiblement en coutume. Ainsi la coutume foute seule bien loin d' estre nne preuve de la justice de l'usage, est nne présomption qu'il est injuste; et quand cet usage est évidemment opposé a ce que la raison uons conseille, et que la Loy nous prescrit, il ne peut pas servir d'excuse ,111 niai que nous faisons en le suivant, et il prouve seulement qu'en le suivant nous continuons à mal faire.
vu.
Jésus Christ, dit Tertulien, ne s'est pas noniinii l.i CoùIlliiio , mais la Vi'i'ili'' , et nous pouvons dire que le Monde ne se nomme pas la Vérité, mais la Coutume. Il ne peut établir ses maximes que sur la coutume, parce qu'elles ne sont appuyées que sur l'erreur ; et Jésus Christ a établi ses loix sans le secours de la coutume, et contre l'autorité de la coutume, parce qu'elles sont fondées sur la Vérité. Sur la Vérité, contre laquelle aucune coutume ne peut prescrire, laquelle les hommes et les démons peuvent attaquer, mais non pas détruire, et à laquelle ni la longueur du temps, ni l'autorité des personnes, ni la différence des lieux ne peuvent faire aucun préjudice. Tellement que, comme nous ne pouvons sans crime quitter une coutume que la raison et la vérité ont introduite et autorisée, nous devons nous opposer à une coutume que la vérité et la raison condamnent ; autrement, c'est moins approuver la coutume que Terreur, c'est nous accoutumer à mal faire au lieu de diminuer noire faute, c'est augmenter le nombre des coupables en imitant
ceux qui ont avant nous observé celle mauvaise coutume.
Ce fut sur ce fondement que le grand S. Chrysostome, condamnant la manière dont on habilloit de son temps les nouvelles mariées, comme contraire à la modestie Chrcstienne, répondit à ceux qui Iuy objectoient qu'on snivoit la coutume 1 : que, le Démon étant l'auteur de celte coutume, ils dévoient gémir de la voir établie , et non pas la continuer en la pratiquant; que puisqu'il y avait du mal à babiller de la sorte les fiancées, bien loin de continuer à le faire, ils dévoient souhaiter que cela n'eût jamais esté fait, et croire qu'une mauvaise mode n'estoit que trop observée quand elle l'estoit une seule fois.
C'est donc inutilement que les filles et les femmes tachent d'excuser leurs nuditez par l'autorité de la coutume, et plus elles prélen-
1 Chdvsost. Hum. it in l, ad CorintA. Noli mini id-
d:'m fnci.TirJ njti ; il.ir]:io -ii- ii-itiniiii sprisa i-st, ul *i miiluru fst, nu stuwl (juidi'rii liai, <■■!<-. S.'d [ji'ijjlcr hoc mmimo deflendum est quod in consucludinem bac tnuil diultoljs.
dent que celle coutume est ancienne, ping elles contribuent, sans y penser, à augmenter leur» fautes; elle est ancienne, ii est vray, el si ancienne qu'elle étoit avant le Christianisme. C'est une coutume que plusieurs idolâtres ont de tout temps approuvée, el que les Démons ont euxmesmes apprise aux femmes, selon la pensée de Tertulien et de quelques Pères de l'Église. Tellement que les rerames, qui veulent faire servir a leur justification l'antiquité de cette coutume, s'accusent imprudemment clles-mesmes d'estre les disciples desDémons et les singes des femmes payennes, de préférer les désordres dn Paganisme aux règles dn l'Évangile, et de, vouloir continuer les abus que Jésus-Christ a voulu abolir.
L'on peut mesme assurer, que quand elles présument d'amoindrir leur périié, cri disant qu'il n'est qu'une suite et qu'un effet ordinaire d'une longue coûfume, elles avouent contre leur intention, qu'elles s'exposent à. une punition plus prompte et plus grande. Car qui ignore que plus une mauvaise coutume esl antienne, plus elle a irrité la colère de Dieu, et qui sçait
ai Dieu, enfin laasè de Toir depuis si longtemps
des fdles el des femmes Cbresliennes qui font honte a leur Religion par leurs nuditei, el qui lâchent de renouvellcr une espèce d'idolâtrie en cherchant des adorateurs, et en se montrant dans les temples ornées et nues comme des idoles? Qui sçail, dis-je, si Diou lasse de tous ces désordres no changera point sa patience en fureur, et si après avoir pardonné jusqu'à présent a celles qui les ont commis, il n'immolera pas à sa justice celles qui les comniclteiil maintenant î
C'est donc en vain encore une fois que les filles et les femmes qui font profession du Christianisme allèguent comme une excuse h leurs nullité/ l'oM'mjib i'L l'us;i;re de plusieurs siècles. Si elles pensent que l'autorité de la coûtume puisse les juslifier, il faut qu'elles confessent malgré elles, que l'autorité de la coutume peut les condamner, et sur ce fondement, il est aise de les confondre el de les convaincre d'erreur. Elles allèguent une coûtume criminelle, on leur oppose une coutume sainte; elles allèguent une coûtume qui répugne aux
maxiueVde nostrc Foy, nn leur oppose nne coutume conforme aux préceptes de Jésus-Christ ; elles allouent une coutume que les femmes mondaines et libertines ont pratiquée à l'exemple des idolâtres , on leur oppose une coutume que les véritables Chrestiennes oui toujours suivie pour se distinguer îles idolâtres, l'iii si] o' elles vcnlcnl se rejjln- sur la cinitinitt' , il faut nécessairement qu'elles choisissent l'une des deux, et que par ce choix elles se rangent ou du party des femmes payennes et des femmes effrontées qui ont approuvé l'usage des nudïtez de fïorjjc et d'épaules, ou du party des femmes Chrestiennes el modestes qui ont toujours eu horreur de paroislre à demi-nuës. Hé quoyl n'aurontelles pas honte de faire connoislre à tout le monde qu'elles n'ont de la deffèrence pour la coutume , que quand elle est un engagement au crime, el qu'elles la désaproutrent lorsqu'elle nous éloigne du vice et nous porte à h piété.
Elles disent pour une seconde excuse, qu'il n'est point expressément défendu dans l'Écriture de découvrir sa gorge, et qu'elles ne
croyent pas mal faire en le faisant. 11 fa* avouer que la concupiscence est bien industrieuse , toute ignorante et tonte aveugle qu'elle est! Tantost elle nous empesche de connoistre la vertu en obscurcissant les lumières de la raison et de la Foy; tantost elle nous persuade que le vice nous est inconnu, quoique nous eu ayons une parfaite connoissanee ; et , se servant également de ces ténèbres pour nous cacher le Lien que nous devons faire et le mal que nous avons fait, elle nous fait tomber dans le péché, ou par une ignorance grossière, ou par une ignorance volontaire. Quelle Je ces deuï ignorances imputerons-nous, ou plutost quelle n'imputeronsnous pas à ces filles et a ces femmes , qui disent qu'elles ne croyent point faillir en se montrant a demi nuËsî
Ne sont-elles pas coupables d'une ignorance grossière et criminelle, si, après tout ce que les Prédicateurs publient continuellement dans les chaires, après tout ce que les Docteurs enseignent dans leurs livres, après tout ce que les Confesseurs disent dans les tribunaux , après ce qu'elles ont promis dans leur Baptesme, après
ce que Jésus-Christ et les Apostreâ leur ont ordonné, après ce que l'Eglise leur a prescrit, elles ne sr.ivent |>as qu'il est île leur devoir d'estre et du paroislrc cliasles, cl île justifier l'innocence de leurs mœurs par une modestie extérieure?
Ne sont-elles pan coupables d'une ignorance affectée, qui est sans doute la plus funeste des ignorances, si, au préjudice de la promesse qu'elles ont faite à Dieu dans leurBaptesme, et srîichnul ijinj Jësus-Cbrist, les Aposlrcs, l'Église, les Prédicateurs , les Confesseurs, les Docteurs, et généralement toutes les personnes de piété condamnent ces nuditez, elles s'imaginent pouvoir sans crime les approuver par leurs dêportemens et par leur conduite?
Lorsque l'Écriture sainte leur apprend que la première Femme, toute criminelle qu'elle estait, eut honte de se voir nue', ne leur enseigne-t-elle pas qu'elles ne peuvent estre innocentes et se plaire à faire paroistre leur nudité ? Lorsque l'Écriture ' nous propose une femme
i Gen., c. 3.
5 EiSCH., C. 113.
mondaine qui marche la gorge découverte, comme le rooiléb ilrs pt'Hicressc», ne Jeur reproche-l-elle pas le péché qu'elles commettent en montrant leur sein ? Lorsque l'Écriture 1 commande aux filles et aux femmes de ib couvrir la leste et le t'isn;^ d'un voili; , ne leur ordonnet-elle paa, à plus forte raison, de cacher leur gorjje et leurs épaules? Enfin , lorsque l'Écritnre 1 lei exhorte à estre modestes et ornées do pudeur, plûtost que d'or cl de pierres précieuses, ne leur marque- t-elle pas qu'elles ne doivent guère moins éviter l'immodestie que l'impureté, et, par conséquent, qu'elles doivent soigneusement éviter la nudité , qui n'est guère moins un ellel de l'impureté que de l'immodestie? Comment peuvent-elles ilnnc, sans s'abuser et se tromper clles-mcamca, excuser l'abus des nudiiei, sous prélcste qu'il n'est pas expressément défendu par la sainte Écriture?
Mais aussi comment peuvent-elles dira, sans se démentir elles-meames , qu'elles ne croyent
' I.ttdCor., c. il.
« /. ad Tim., c. 2.
pas mal faire en diVouvmil une partie de leur corps, puisque les attraits (le la grâce qu'elles ressentent , les règles de leur foy qu'elles Bjavent, les maximes de leur Religion qu'elles n'ignorent pas , et les mouvements de la nature mesme, dont elles sentent malgré elles les secrettes impressions, leur reprorlient qu'elles font mal? Elles ont beau tacher d'étouffer la voix de leur conscience, elle leur dira sans cesse que la modestie et la pudeur sont l'appanage naturel des femmes; qu'elles Iraliissenl les intérests et la gloire de leur sexe, quand elles se font voir le corps à demi-nu; que toutes les femmes sont, pour ce regard, naturellement Clirosiioimes , el qu'il faut qu'elles fassent quelque violence à l'instinct et à l'inclination de cacher leur sein, que la nature leur inspire, pour suivre le dérèglement de la mode qui les sollicite de le découvrir.
Le Monde mesme auquel elles veulent se conformer, contribué a les convaincre de mauvaise foy, et k faire voir qu'elles connoissent le mal qu'elles font. Car il est certain que la
cajolerie , la complaisance cl la galanterie (en quoy consiste l'air et l'esprit lo plus innocent de ce qu'on appelle le Monde et le siècle), il est certain, dis-je, que la cajolerie, la complaisance et la galanterie la plus innocente, syil des hommes, suit des fouines momlainrs , se Icnniiteiil. orriimiireiiU'iil ii donner îles l(iiiiin:;es à la beauté du sein lorsqu'il est découvert. Les uns el les autres searenl, par nui; l'iuieslc e\[iérienec, que l'amour prophane se place sur une belle gorge comme sur une éminence, d'où il nous attaque avec avantage ; qn'il y demeure comme sur un trône où il domine avec plaisir; qu'il y repose comme sur un lit où il combat sans peine, et où il triomphe sans eiiijildjur d'autres armes que la mollesse mesme.
Les hommes sçavent combien il est dangereux de regarder un beau sein ; les femmes coquettes sçavent combien il leur est avantageux de le montrer; les hommes disent et redisent aux filles et aux femmes combien ils ont esté émeus a la veuii de leur gorge et de leur taille; les femmes et les filles connoissenf
les pernicieux clfela que produisent dans l'esprit îles hommes la beauté de leur taille et de leur gorge; et après cela, elles osent dire qu'elles ne croyent pas niai taire, quand elles s'étudient à découvrir Idnte leur gorge, et à montrer en mesme temps et par une mestne adresse tonte la beauté de leur taille. Ne devroient-elles pas plutost avouer qu'elles sont séduites par le monde qu'elles aiment , et reconnoistre de bonne foy, qu'après les avoir luymesme instruites (lu péril où elles s'exposent et où elles exposent lus autre* jur leurs midilei, il leur cache ce péril lorsque l'occasion se présente de satisfaire leur vanité et de captiver quelque c«:-ur ; qui 1 , ptmr Ici rendre plus criminelle*, il les oblige à feindre qu'elles no commissent pas les maux qu'elles causent, et à tacher de couvrir leurs fautes sous l'ombre d'une fausse et d'une prétendue ignorance.
Elles me répondront sans doute qu'elles n'ont point île mauvaise intention, quand elles découvrent leur gorge; quo s'il en arrive des inconvéniens, ils viennent de la foiblcsse ou de
l'incontinence des hommes. Et pour justifier qne lenr dessein n'est point de plaire an Monde, ni de donner de l'amour à ceux qui les regardent, il suffît, disent-elles, de remarquer que celles qui ont résolu île ne point sortir île leur maison, et qui sçavent qu'elles ne verront personne; que celles qui se sont retirées dans les Goitres où elles ne conversent ordinaire m on! qu'avec des litigieuses, ne hissent pas de découvrir leurs bras et leur sein.
II faut avouer que tont amour qui n'a pour objet que les créatures est aveugle, soit celuy dont nous aimons les autres, soit celuy dont nous nous aimons nous-mesmes. Mais si pas un amour a véritable ment un bandeau sur les yeux, c'est assurément l'amour-propre : il no nous emp esche pas seulement do blâmer nos défauts; il nous empesche mesme de les connoistre. Il ne voit rien en nous que ce qui lui plaist, et il approuve toujours ce que nous disons ou ce que nous faisons, parce qu'il n'y découvre jamais aucune imperfection. C'est luy senl qui a suggéré cette troisième excuse aux
filles et aux Tommes, et qui, après leur avoir
fatissrmeiii persuadé, qu'elles peinent sans scandale et sans peclié paroistre à demi-nues à la vcué (le tout le monde, leur fait accroire que c'est une bonne raison de dire qu'elles n'ont ,'iucuiic mauvaise intention.
Elles n'osoroient soutenir que leur intention Cust bonne, et que la fin qu'elles se proposent fus! pieuse et sainte, puisque ce qu'elles font excite à l'impureté, et répugne à toutes les maximes de la pieté et de la sainteté Chrestienne. Elles ne peuvent pas dire que leur intention soit iniliftÏTi'iite, puisque, n'ayant aucun dessein ny de se rendre agréables à Dieu qui a témoigné avoir de l'aversion pour les nuditez qu'elles affectent, ny d'observer les préceptes de l'Ecriture qu'elles violent, ny de se conformer aux maximes de !'K;jliae qu'elles méprisent, ny de suivre les sentiments des Saints qu'elles condamnent; il faut nécessairement qu'elles songent, ou à plaire aux autres, ou a se satisfaire cllcs-mesmcs, ù moins qu'elles confessent ingénument qu'elles sont en cela plus dépourveués
de raison que les brutes, et que ce qu'elles foui, elles le font sans aucun motif, et sans eeavoir pourquoy.
H est difficile de concevoir qu'elles ne veuillent plaire ny aux hommes ny aux femmes, et que, montrant indifféremment leur gorge, a tout le monde , elles ne se soucient de l'approbation de personne. Je veux néanmoins le croire pour leur faire plaisir, et supposer avec elles que ce n'est simplement que pour se satisfaire. Pensent-elles en estre moins coupables, et s'il y a évidemment de la vanité et de k sensualité à vouloir se faire aimer ou estimer par la nudité d'une partie de son corps, n'y
à faire son plaisir de cette nudité? La pudeur, l'honnesfeté, la chasteté y répugnent : ce plaisir ne peut donc pas estre pur, honneste ny
chaste, d'autant plus qu'il c-il impossible que celle qui se plaist à regarder son sein, ne se soucie point que les autres le regardent. Ella s'accoutume, sans qu'elle y pense, à estre veué, et se dispose insensiblement à soubailter que h
complaisance qu'elle a pour sa beaulé, soit confirmée par l'estime de tout le monde. De sorte que l'on peut hardiment conclure que, do quelque peu* que >c «allenl le. femme, qui
peut jamais estre bonne et est toujours beaucoup plus mauvaise qu'elles ne s'imaginent.
Et quand on leur accorderai! que leur intention peut esirc véritablement innocente , elles ne seraient pas pour cela exemples de blâme, soit parce que, qnelque intention que nous ayons, nous sommes toujours blâmables, lorsque nous faisons uno cliose que nous sçavona estro condamnée par l'Écriture sainte, par la raison et par l'instinct mesme de la nature ; soit parce que selon la doctrine de l'Apôtre 1 nous devons l'nLer, non seulement tout ce ipii est mauvais , mais tout ce qui a les apparences du mal. Et elles ne sçauroient nier que faisant la mesme chose que les femmes effrontées et libertines, leur conduite ne porte le caractère de l'effronterie cl du liber tiiiiïjjc, el qu'on rie.
' /. Thaï., c. 5. Hb omni tpteie mala abtlmae vos.
puisse sans témérité les nccnscr on les soupçonner d'estro du nombre do celles dont elles suivent l'exemple.
Mais elles ne s'esposent pas seulement à perdre leur réputation , elles se mettent au hasard de perdre leur innocence. Leur pudeur i'<t comme frappée et blessée par chaque coup d'œil impudique ; leur modestie est ébranlée par les Taines approbations qu'on leur donne. L'idée de leur sein n'entre pas moins dans leur imagination que dans celle des hommes qui le Considèrent attentivement et qui le louent ; el comme ils joignent d'ordinaire l'idée de tout le corps à celle du sein , estant persuadez qu'on montre la beauté de l'un pour faire juger do la beauté de l'autre , elles entrent facilement dans les sentimens qu'elles ont voulu inspirer, et ne remplissent leur esprit que de
Icnv pinpi'i' iimiffc, mais d'une irti;!;;r ïi'iisiecIIi', qui imprime peu à peu dans leur âme les inclinations des libertins qui les regardent. La chasteté d'une femme, dit Tertulien', quand
1 Thhtît.., I.ib. Je !:/:■</. vin. VrU cl toia el pur» vlr-
elle est véritable et parfaite ne craint rien tant qu'ellc-mesme : elle ne peut souffrir les yeui des autres femmes, elle tremble à la rencontre de rcux des hommes, et elle appréhende d'autant plus ses propres yeux, qu'à mesure qu'elle s'habitue à se voir nuë, elle s'ote la liberté de pouvoir blâmer avec justice ceux qui se plaisent à voir sa nudité , et de mesme que les libertins ne font que l'imiter en prenant plaisir à regarder sa yorye découverte , elle imite ensuite les libertins et la regarde comme eut a?ec sensualité.
Je ne doute point que plusieurs d'entre elles ne me disent qu'elles se connoissent assez pour ne rien craindre de semblable. Mais je leur l'épomlray que cette confiance mesme qu'elles ont en leur vertu, est une grande disposition ;l n'estrr: pas lniijjlerups vertueuses. Olle qui n'appréhende pas de perdre sou innocence ne se met yuères en peine de k conserver; moins elle y apporte de précaution , plus elle court de danger; et plus cIIl' iii'yli'je le danger où
oculos pali non mil, confiait nd viiluiun.
elle s'expose, moins elle est en état d'en sortir avec succez. Mais comment peuvent-elles croire sans présomption, qu'elles ne consentiront & aucune pensée contre la pureté, lorsque par la nnditè de leur sein elles travaillent à imprimer des sentiments impurs dans le cœur de plusieurs personnes? On participe toujours un peu à la faute que l'on fait faire, et elles ne peuvent es tre parfaitement chaste», si elles favorisent l'impureté en mesme temps qu'elles se glorifient de l'avoir en horreur. Ne sçaventclles point par leur propre expérience, que la beauté corporelle n'est propre qu'à réveiller en nous la concupisecnce ; qu'elle en excite et augmente facilement toutes les ardeurs, et, pour parler le langage des Pères, qu'elle nous invite à la volupté et nous provoque à l'amour deshonnesteï et ignorent -elles que leur propre beauté peut leur devenir aussi funeste, en leur inspirant de la vanité, qu'à ceux à qui elle inspire de l'amour? car, qui pourra croire qu'une femme montre son sein , afin qu'on la
Il est donc may qu'elles risquent leur innocence , lorsque par la nudité do leur gorgn elles tendent des piège» à l'innocence (les autres : et quoy qu'elles puissent dire, il est certain qu'elles s'exposent à pécher par un mouvement d'orgueil ou d'impurelé. Peut-estre s'en Irouvern-t-il quelques-unes, qui, par un bonheur particulier se garantiront de l'un et de l'autre de ces péchez, mais elles ne s'exempteront pas du reproche de s'être témérairement exposées a les commettre. Et quand par impossible leur intention seroit bonne, et leur nudité de soymesme irrépréhensible, quand elles demeureraient pures et humbles parmi les Tains apiiliUiilissi.'mi'ïia et h'S im|iii(]i([ues regards dos libertins , elles seraient toujours coupables des sales pensées qu'elles inspirent cl des maux qu'elles causent.
C'est la doctrine île Terlulien et du grand S. C\ [irien 1 , H]>\-i-s losiiurls je puis ;tm- justice 1 Tektïl., Lib. decultufœm. Pnrit iIIimiI imira forinr.ni
leur adresser ces paroles. Si tous marchez avec trop de fasle, si vous vous ajustez avec trop d'artifice, si vous vous babillez de telle sorte que vous attiriez sur vous les yeux des jeunes jjcns, -raehez qnc leur ayant prêsenU' 1 . le. glaive qui les tuë et le venin qui les empoisonne , vous n'estes pas innocentes de leur perte, quoyque vous ne l'ayez pas désirée. Vous estes criminelles, bien que vous n'ayez pas vous-
uiesmes commis am-u ri crime ; et ions ne pouvez
pas vous excuser, sous prétexte que vostre âme n'a clé souillée d'aucune pensée, impure, puisque vos ajuslemens deshonnestes vous accusent, et que votre nudité, fatale à beaucoup de jeunes gens, vous condamne. Vous estes l'épée qui a donné la mortti ccl homme, lequel, voy;ml ios.lre gorge découverte, a succombé a la tentation et au péché; vous esles comme teintes et comme salies de son sang; pourquoy vous flattez-vous
c»j pîi-rit . et !:<.ï:<;>. es tu :;lnliu3 illi . at si culpa races ah
i:ui:i ;i rien JiJ:!Tf-i==. — I/, iv. th habit, et distipl.
ririj. .Si lu sunipliujsiH." cernas le cl erulos in le juïnnrjiliï illicius, ut rtsi n.i.i .ilios lamiiil perdus, lil
];il] miles imjsi J j ; . ■ i 1 1 1: imsîj sis, Il (linliej jvjilrjjiul li!
cdlus ùnprolius et iinpudteus oruuius.
doue d'cslre sans tache et d'être innocentes. Vous sera-t-il permis , après qu'on nous a averties (les fiimtsfi'S efi'rl* que Ciinsd rostre nullité, de tous rendre volontairement les homicides d'une Ame Chrestienne , sans qu'on puisse vous imputer aucune faute, pendant que l'on traite de criminels ceux qui ne sont que les homicides du corps, cl qui le son! seulement ]>ar imprudence et sans dessein?
Soutenez -tous que Dieu ordonna autrefois par la bouche de Moyse ', que si quelqu'un allumoit du feu qui par un acculent inopiné et contre son intention brûlast les gerbes et les fruits de son prochain, il scroit obligé d'en payer tout le dommage , et reconnoisaei par là
que unis psU's toujours respmis;tl>les de lotis les maux que les feus que unis e\citez par voire nudité causent dans les cœurs de ceux qui vous regardent.
' Exod., c. tl.
Saint Jérosme 1 passe plus avant, et, dans
son Comme ii [.'lire sur Unir, il nous nssuri! que si une fille ou une femme s'ajuste d'une manière assez mondaine pour aLlirer sur soy les yeux des hommes, et pour exciter des désirs illicites , elle commet un crime qui mérite quelquesfois une sévère punition , quoyqu'elle ne fasse commettre aucun crime, parce qu'elle prépare et présente un venin qui peut donner la mort, et que c'est contre son attente, on du moins contre les apparences, si personne n'eu boit.
Hélas! si, selon la doctrine de S. Clément Alexandrin il y a plusieurs occasions où un Clircslkii pèche, 1 cause seulement qu'il ne lit pas d'une manière assez modesie et assez exemplaire pour retenir le libertinage des pécheurs, et pour leur inspirer de la honle de
' Hœuom., in liai. Quia teuenum allulit si fniiset qui
3 Lib. 7, Strtm- Nam si itasc gessisset, ut jubet verbum ieu nlio, cjus vil.ni> ila rssH rtverilus vicinus, ul
leurs crimcB ou de la crainte des jugemens de Dieu. Que peut-on croire de ces filles et de ces fouîmes, qui par leurs nudité/ deviennent une occasion pressante. Je pcclic ; qui , bien loin tte réprimer par leur modestie les sentimens impurs que la concupiscence peut produire à leur reuë dans les cœurs des hommes, les renouvellent et les augmentent par leur immodestie ; qui, bien loin de s'opposer au libertinage, le favorisent en se montrant à derai-nués.
Comme il n'y a rien de plus divin que d'éloigner les hommes du vice , et de les porter à la vertu; il n'y a rien de plus diabolique que de les tenter, et do les provoquer au péché; c'est toutesfois ce que font ces femmes qui se disent si innocentes. Et île nie sine que le Démon n'en est pas moins Démon, c'est-à-dire, moins séducteur, moins désagréable à Dieu et moins digne de châtiment, lorsque ses tentations et ses efforts In y siml inutiles, cl iju'il lAclic vainement do nous séduire ; ne pouvons-nous pas dire avec proportion, que les femmes qui nous tentent par la nudité de leur gorge et do leurs
épaules, ne tant gneres moins coupables lorsqu'elles n'exc il cnt aucune nlFcciion deshonneste, que quand elles inspirent un amour propbane a ceux qui les voyent.
Qu'elle!; un l'rjfUi'EiL |ir>int sur lu fmbleise, et
sur l'incontinence des homnies, les pêches dont elles sont la principale cause. Les homnies sont foihles, il est vray, mais c'est pour cela mesme, qu'elles ne doivent pas les tenter. Les hommes sont incontinens, on ne le peut nier, mais elles sont en cela d'autant plus coupables, que, n'ignorant pas quelle est l'incontinence des hommes, elles les excitent à l'impureté. Pensent-elles que le précepte d'aimer son prochain, et de s'intéresser à son salut n'ait esté donné qu'aux hommes? Prétendent- elles que cette Loy fondamentale du Christianisme ne soit pas une loy pour elles, et qu'il leur soif permis de k violer avec miptiiiiliV; Elles sçavent, elles avouent , elles publient que les hommes se laissent facilement embraser d'un amour impudique, et elles s'imaginent ne pas blesser la charité Chrestienne, et l'honnesteiê natnrelle,
lorsqu'elles se mettent volontairement en estât d'exciter des (eux illégitimes dans leurs cœurs ! N'est-ce pus un aveuglement déplorable , et on aveuglement qui devient d'autant plus funeste à tes filles et à ces femmes, qu'il leur cache leur propre foiblesse et leur propre inconti-
Qu'elles sçaclient que si les hommes sont foiblcs, elles le sont aussi, et qu'elles ne sont pas moins incontinentes qu'eux. Qu'elles considèrent qu'en mesme temps qu'elles tentent les hommes , elles s'exposent il estre (entres par les hommes. Elles les tentent par la beauté de leur gorge : elles s'exposent à. estre tentées par leur cajolerie et par leurs complimens ; elles leur inspirent une passion dcslionneste : ils leur expriment l'ardeur de la passion qu'ils ressentent ; elles les ont charmez par les yeux : ils les enchantent par les oreilles ; ils leur rendent , pour ainsi dire, l'amour qu'elles leur acoienl don né , et elles le reçoivent toujours avec plaisir ou sans répugnance, comme une chose qui vient originairement d'elles aussi bien que d'eux, et qui est un effet de leur mérite et de leur beauté.
Vanlez-TOus donc (an! qu'il vous plaira d'cstre fortes et d'cstre chastes, fi femmes du siècle, qui découvrez si librement et si hardiment vostre sein! Glorifiez-vous d'estre insensibles à la bonne mine, à la galanterie, à l'éloquence, à la probité, à la magnificence, en an root à tout ce qu'il y a de charmant dans les hommes ! 11 suffit que vous soyez sensibles à vos propres charmes, pour estre en danger de périr, puisque c'est par eux qu'ils vous tentent; et vous ne sçauriez désavouer que vous n'ayez, non-seulement de la sensibilité, mais de l'attachement pour vos charmes, puisque vous ne pouvez vous résoudre à les cacher, et que malgré les reproches que vous font la nature et la raison , la Religion et la piété, vous voulez les faire paroïstre par la nudité de vos bras, de vostre gorge et de vos épaules. Si vous ne voua souciez pas du salut des autres , au moins songez à vostre salut; si vons ne faites pas scrupule
ilft icnk'v les hcmiTiiM, iiuproliemlc? d'Otrts tentées par les hommes, et couvrez ce corps à demi-nu par lequel vous les tentez, et qui
leur sert de sujet et de prétexte pour vous tenter ?
Où;, sans doute, il faut que ces femmes mondaines le confessent malgré elles, le péril où elles engagent les hommes leur est commun avec eux; et lorsque paraissant à demi-nuês elles font la fonction d'allilotes (lu Démon, et qu'elles entrent, pour ainsi dire, dans la lice afin de combattre pour sa gloire, elles ne doivent pas moins songer à se défendre qu'à allouer, cl doivent d\-uil;ml plus craindre de succomber dans ce combat , qu'elles n'attaquent les hommes qu'avec l ps armes de l'impureté, et qu'ils les rêattaquent, pour ainsi parler, avec celles de l'impureté et de la vanité tout ensemble.
C'est aussi pour leur seuretè antant que pour la jiosli e ; c'est porn 1 leur salut, autant que pour le salut des hommes, que les Pérès de l'Église et les grands Hommes ont île siècle, en siècle déclamé contre les Dais, les Comédies et les autres spectacles publics, où les femmes montrent leur gorge et leurs épaules avec plus de
liberté et pins d'afféterie. Quelque innocens que soient les spectacles en eux-mesmes, ils deviennent en quelque sorte criminels, tant ils sont dangereux pour les femmes et ponr les hommes. Pour les hommes, parce qu'ils leur donnent nne liberté entière, et mesme une grande facilité de considérer à loisir et avec attention la nudité des femmes. Pour les femmes, parce qu'elles y ont une funeste commodité ; et souvent elles s'y trouvent dans une nécessité fâcheuse d'entendre les discours deshonnestes des jeunes gens, qui, sous prétexte de donner des applaudisscmens il leur bonne grâce ou à leur beauté , dressent des pièges à leur vertu , blessent et affoiblissent leur pudeur.
, C'est ce que les Payens mesme ont reconnu', s'il en font croire un des plus libertins de leurs poètes. Et Tertulien ' nous assure que les Censeurs de Rome , qui par le devoir de leur charge
l Owd. Fait.
1 Tbsth,., tfo speti. S;rpe Crnsni'es nnscenlio cum mi-iinur r t n.- : i ; i- :i i[r.l'!^;i:nl nuis-ilnis cnriiiilrMii-j , i]i-r.uii« sciliocl periculum in^ena Ac. Inscivia providebuil.
estaient obligez de remédier a la corruption des mœurs, cl do l'empescher, s'il leur ostoil possible, faisoient souvent détruire les nouveaux théâtres, qu'on avoit dressez pour y assembler le peuple, prévoyant, dit-il, que le libre commerce que les hommes auroient avec les femmes dans ces sortes d'assemblées, deviendrait un commerce d'impureté, et qu'ils se corrompraient les uns les autres, n'y venant apparemment qu'à ce dessein avec tant d'afféterie et avec tant de pompe.
Delà vient, dit le mesme Tertulien, que le grand Pompée, après avoir fait élever un trèsmagnifique IhiVitie, r;riiiyiiaiil que cela ne fist lort à sa réputation, et qu'on ne hirnisnsl d'atoir favorisé J'inipudicito et le. litai-tina;^ , nomma son théâtre la maison de Vénus, et le fit consacrer comme un temple pour couvrir sa faute sous le voile de la Religion. Mais, en cela mesme qu'il consacra son ouvrage à. la Déesse de l'amour impudique, il reconnut, ce me semble , que son édifice serait comme l'asile et la forteresse de l'impureté, et s'il m'est permis
de parler de la sorte, comme l'amphithéâtre et l'èehafant où l'innocence, l' lionnes te tè et la l'hasfctîi scroient immolées. Tant il csi ililïicild que les hommes demeurent i nno cens parmy des femmes superbement vestues et à demi-nues, et que les femmes conservent foute leur pureté dans la compagnie des jeunes gens qui s'étudient à leur plaire, et qui les entretiennent librement de la violence de leur passion. Les uns et les autres cherchent le plaisir dans ces assemblées , les uns et les autres estiment donc et aiment le plaisir '; et comment peuvent-ils éviter les suites funestes de l' affection déréglée de la volupté, dans le temps mesme qu'ils ne songent qu'à la satisfaire?
Je n'ay pas oublie qu'il y a des filles et des femmes qui pensent qu'il leur est permis de découvrir leur gorge, du moins quand elles sont dans leur maison, où il n'y a personne que ceux de leur famille , et quand elles sont dans un Cloître où elles ne conversent qu'avec
1 Tkflï. Despcct. \rrao oit Toluptatcm leni I sine afl'oci'i, nemo iffectum siae ctuibus suis piliuir.
des religieuses : Car, dans ces deux rencontre*, disent-elles , nous ne pouvons pas avoir dessein de plaire aux hommes, el nous ne sçaurions ni causer du scandale ni inspirer de mauvaises pensées. Il est facile de lenr répondre, que, quand il seroit vray qu'en ces deux occasions leurnudité ne pourrait nuire à personne, il suffit qu'elle lenr peut être funeste. Une femme , véritablement chaste, ne craint et n'évite pas seulement les yeux étrangers et domestiques, mais les siens propres, et celle qui s'accoutume à se voira demi-uni' 1 s'Imliifiii; à n'avoir ancuno honte de sa nudité, et se prépare par conséquent a la faire voir aux autres sans aucun scrupule. Il n'est pas nécessaire pour se vendre coupable, qu'elle veuille plaire aux hommes en découvrant
elle-mesme, car puisque la complaisance qu'elle a pour sa beauté n'est pas d'une nature différente de celle qu'elle peut avoir pour la beauté des autres, elle n'est pas moins sensuelle et n'excite pas des inouvemens pins innoeens.
De plus si ces lilles et ces femmes n'exposent
*3> M fë£
pas leur nudité à la veué des hommes, c'est seulement par accident, et j'use dire que c'est apparemment ï.mdrr. leur intention. Car quelle apparence que le désir et l'habitude qu'elles ont de montrer leur gorge se perdent et;s' évanouissent, en pensant qu'un homme lu doit voir, et an moment que celte habitude et ce désir doivent vraysemblablement se renouveler et s'augmenter ? Quelle apparence qu'elle» refusent l'occasion d'entendre louer leur sein dont elles sont charmées, et qu'elles ne découvrent que pour en conserver, augmenter, ou montrer la beauté"; Quelle un pareil ce enfin que celles qui ne peuvent se résoudre à avoir la ;[oj-ge voilée quand elles sont seules, s'avisent de la cacher lorsque la volupté, l'amour-proprc, et la vanité, les sollicitent le plus fortement à la découvrir ï
Mais de qui ont-elles appris, sinon de l'erreur et dumcnsouijc, qu'elles ne peuvent nuira à personne dans leur famille, quoyqu' elles ayent le sein et les épaules nuës? Ne puis-je pas leur diro avec Tertulien' : Ou vous estes mire,
1 Tïbtu.., Ub. de tirg. teland. Oro le liva msler, lise
ou vous estes fille , ou vous estes sœur ; si vous estes mère, voilez-vous à cause de vos enfants, ne soyez pas un sujet de tentation à vos fils, ne donnez pas un mauvais exemple à vos filles. Si vous cales fille, voilez-vous à cause de votre père; si vous estes sœur, couvrez votre sein à cause de vos frères, et, quelle que vous soyez, sœur, fille ou mère, voilez-vous à cause des ilomeslii|ues. Il n'y a ni âge, ni qualité qui exempte un homme dVatrc tenté à. la vue d'une liellc gorge , et l'inclination que la nature nous inspire pour nos proches, est souvent une disposition à l'amour deshonneste que le Démon nous suggère.
De qui peuvent-elles avoir appris, sinon du père du mensonge et de l'erreur, qu'elles
vif. si-tuiiluliseiil |K'rsnnne par leurs nullité/, sous prétexte qu'elles se sont retirées dans des Monastères où elles n'ont presque aucune société qu'avec des Vierges consacrées à Dieu?
Pourroient-ellcs causer nu plus grand scandale
soror, site Nia ïir>p, i 1 cl il cnjjd ; si nioter, propfer Glîos; si stror, proplcr fr.it rcs ; si lilia, papier pnlri'iii ; jiulilcs in te œ talcs pericliUnlur.
a n ta
dans rii;;lisi' , que de venir attaquer l'innocence. jusquos dans son fort? Les Religieuses se sont renfermées dans le Cloître pour mieux résister au Démon et aux charmes île la volupté; ces filles et ces femmes s'insinuent dans les cloîtres, et , par la nudité de leur gorge , deviennent les Démons et les tentateurs des Religieuses, les aides et les ministres de la sensualité. Les Religieuses ont préféré une. [irison perpétuelle à la liberté criminelle que le monde inspire, et se sont rendues les captives de Jé.îus-Clirist, pour s'affranchir de la tyrannie du péché; ces filles et ces femmes entrent à demi-nuës dans cette sainte cloiturc pour y introduire le libertinage du siècle, et pour ébranler la vocation des Religieuses , pour changer la captivité de ces heureuses Vestales, et pour les rendre les esclaves de la vanité du monde , au lieu qu'elles le sont de la Loy de Jésus-Christ. Elles sollicitent ces épouses de nostre Dieu à luy estro infidclles; elles renouvellent dans leur esprit l'idée des plaisirs annuels elles oui renoncé, et semblent leur faire un tacite reproche d'avoir quitté le monde pour Dieu , et une leçon sucretlc de quitter Dieu pour le momie. Pensent-elles
•3» se £é=f
ne pas scandaliser noire Religion aussi bien que les Religieuses? Et peuvent-elles douter qu'elles ne servent de scandale aux Religieuses qui ont une solide piété, et qu'elles ne soient cause du dérégi c me n I et jmu t-oatre de la perte île celles qui n'ont qu'une dévotion foible et chancelante ?
Quelle société y peut-il avoir, dit le grand Apôtre ', enlrc Jésus-Christ cl Reliai', et quel commerce- j doit-il avoir entre les Épouses de Jésus-Christ et celles de Reliai, c'est-à-dire du monde qui refuse île porter le joug de Jésus- Christ î Si les femmes du siècle veulent vivre avec des Religieuses, il faut qu'elles vivent à peu prés comme les Religieuses ; il faut qu'elles imitent leur modestie, bien loin de blesser leur pudeur; il faut qu'elles apprennent d'elles à vivre en Chrcslicnnos , bien loin de leur apprendre a. vivre en mondaines; il faut qu'elles s'imaginent que s'il n'y a aucun homme dans les Cloistres, les Anges y tiennent la place des hommes, et que si elles ne tentent pas les
1 Siinl PaoT.
5 Beliil uhsquo jugo,
Anges par leur nudilé, elles leur déplaisent, elles les offensenl, ellea les irrilent.