‹ De l'abus des nudités de gorgeChapitre 9 sur 12 · XL1II · texte numérisé non relu

XL1II

Apres cela, que peut-on alléguer ponr la justification de ces tilles et do ces femmes qui affeclcnt d'avoir la gorge nué? Dira-t-on qu'il leur doit eslre permis de découvrir leur sein, puisque l'on approuve qu'elles ayent le visage découvert, et que c'est principalement par la beauté du visago, qu'elles plaisent aus yeux, et qu'elles touchent le cœur? On pourroit leur repartir que ce n'est que par condescendance que l'Église souffre qu'elles marchent sans un voile sur la teste, et que ce relâchement de la modestie des premières Chrestiennes ne peut pas servir de raison pour se relacbcr davantage, et pour se conformer entièrement aux vaniteï

Mais supposons qu'il ait toujours cli; loisible et bien-séant aus filles et aui femmes Chrestiennes do paroistre en publie la face dévoilée. On n'en peut pas courbin; cr mi! semble qu'elles puissent montrer publiquement leur gorge toute

nuë. An contraire, on lioil inférer que l'Église, leur ayant seulement permis de découvrir leur visage, leur a tacitement deffendu de découvrir leur sein. Et certes il y a bien de la différence entre faire voir son sein et montrer son visage ! La société naturelle et la communication civile que l'on a les uns avec les autres, demandent qu'on se connoisse mutuellement ; et comme on ne se connoist que par le visage , elles ont donné un juste fondement à introduire la coutume parmy les liommes et parmy les femmes d'aller le l'isage découvert, quoyque les femmes doivent en user avec beaucoup jilus de préttuilimi que les liommes. Mais quelle nécessité y a-l-il qu'elles découvrent leur gorge et leurs épaules? Quel motif peut les y obliger,

[]>ii do soit criminel'? Que penvont-elW pur là

faire connoistre , si ce n'est ce qu'elles devraient cacher?

D'ailleurs, il n'y a rien qui répugne à la retenue et à la modestie du sexe de marcher la faeo dévoilée; et si une fille ou une femme paroist modeste en se voilant la face , elle peut la paroistre encore davantage en faisant voir

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une sainte pudeur sur son front. Elle montre seulement qu'elle est prude en couvrant son visage, et elle peut de plus nous apprendre à estre sages, lorsqu'elle nous donne la liberté de regarder ce mesme visage, oii les cli armes de lit douceur naturelle sont comme sanctifiez par une prudente gravité et par une retenue Chrestienne. En effet, rien n'est plus capable d'inspirer du respect et de l'estime pour leur sexe , que cette chaste pudeur qui êclatte sur un beau visage; elle étouffe tous les sentimens sensuels que la beauté pourroit faire naître dans nos cœurs, et elle la (ait servir d'instrument à la grâce pour modérer nos ardeurs illégitimes, au lieu que le Démon préteudoit en fortifier la concupiscence pour nous micui enflammer.

Les veux d'une belle femme modestement baissez sur la terre, condamnent la liberté indiscrète et la licence que prennent les jeunes gens de regarder de tous costez; et l'on peut dire qu'ils répriment et étouffent malgré eux la lasciveté de leurs regards. EnGu, il n'y a rien de plus propre à inspirer de la modestie aux hommes les plus mondains et les plus libertins qu'une fille sage et modcsfe, parce qu'ils sça-

vent que pour luy plaire il faut qu'ils se rendent semblables à elle, et rien ne peut mieux les convaincre de «a sagesse que la modestie qui paroist sur son visage.

On ne doit donc pas désapprouver que les filles et les Commet marchent le visage découvert, puisquo c'est par là principalement qu'elle* peuvent paroistre ce qu'elles doivent estre. Mais par cette mesme raison on doit blâmer celles qui montrent leur gorge, parce que cette nudité répugne à la pudeur naturelle aui filles, et empescho non seulement qu'une femme soit véritablement modeste , mais qu'elle la paroisse. On soupçonnera toujours que sa rctenuê est feinte, lorsqu'elle portera les marques de l'effronterie, et sa gravité affectée passera pour une hypocrisie cachée, pendant (jh'iîHi; île (loimi'i' <\c. l'iirminf aux hom-

mes, en feignant di> m'jrlij-jrr et de mépriser leur ap] ira lia lit m . Cai' il a cet lu Imisii'iiie différence enlre un visage dévoilé et une gorge nuë, que le beau visage causa d'ordinaire de la surprise et ne dorme pas moins de respect et d'admira-

lion que de tendresse. Mais un beau sein n'inspire presque jamais que des senlimens sensuels cl des pensées deshonnestes, soit parce, qu'iln'y peut paroistre ni modestie, ni retenue, ni pudeur comme sur le ïisajje , soit parce qu'il ne présente à l'esprit qu'une idée corporelle et chamelle, qui l'appesantit et rattache d'abord à la sensualité ; et que le visaye estant le siège eitérieur de l'âme et comme son tableau, occupe, recrée et satisfait suffisamment l'esprit, cl par là le détourne souvent de former aucune pensée criminelle. Soit enfin, parce que Dieu ayant égard à cette nécessité presque inévitable où se trouvent les filles et les femmes de paroistre quelquefois le vitale découvert, ou pour se faire connoistre, ou pour approcher de la sainte Table, empesche que la beauté de leur visage ne soit aux hommes une occasion de pécher, ni si ordinaire, ni si pressante, que 1a

lieauî" leur ^>r;;e , qu'elles découvrant sans aucune nécessité, et presque toujours par un motif d'amour- propre, de sensualité ou de vanité,

Après avoir examiné les excuses communes

aux filles et aux femmes qui ont accoutumé d'avoir la gorge nuii, il est facile de répondre aux raisons que les unes et les autres apportent séparément. I,a principale ou plùlost l'unique qui soit propre et particulière aux filles, consiste a dire que Dieu et leur inclination les appelant au mariage, elles peuvent innocemment se servir de toute leur beauté pour donner de l'amour, et pour engager quelque jeune homme à les rechercher : d'autant plus qu'ils se conduisent ordinairement par les sens, et se prennent aisément par les jeux.

Cette raison serait peuMtre reccvable dans la bouche d'une fille Payenne, qui ne reconnoist d'autres lois que celles de la nature corrompue et d'une Religion prophane. Quoy qu'on peut luy objecter avec justice qu'elle flétrit l'éclat île la virginité dont clic se fiiiL honneur, lorsque ' elle renonce à la modestie qui est comme k gardienne de celte virginité. Quoy qu'on peut lui répondre qu'elle se trahit elle-mcsmc,

1 La premiirc cililios ajoufe ici : • Fur h nudité de son sein et de ses épaules. •

et qu'elle fait fort à sa chasteté par sa beauté propre; puisqu'une ïierge cesse en quelque sorte de l'estre, lorsque par sa faute elle peut ne l'estre pas ', et que la nudité de sa gorge qu'elle montre indifféremment à tout le monde, ilonne sujet An croire que, si elle est chaste île corps, peut-ostre elle ne l'est pas d'esprit. Quoy qu'on pent enfin luy reprocher que le trop grand désir qu'elle témoigne d'estre femme, fait présumer qu'elle n'est pas entièrement ïierge , et qu'elle s'est déj.i donné plusieurs maris, avant que personne se présente pour l'estre.

Mais une fille Chrestienne peut-elle, sans oublier ce qu'elle est, dire qu'elle cherche un mary par la nudité de son corps? C'est appoi'k'.r an mariage une disposition, bien contraire à la pureté qu'il demande : puisqu' estant une parfaite image de l'union de Jésus-Christ avec son Église , il doit non seulement se contracter sans impureté, mais se ménager et se Irailter par des voyes entièrement pures et in-

1 Tert. De rel. virg. Es Mo cnim vîrjjo dcsinil ci quo

nocentes. Ce sont les Vierges principalement qui nnii nt l'Kqli-r , et c'est à l'Église principalement à les orner; c'est à elle et à ses Ministres plùtost qu'à la mode et aux gens du siècle à if'jjlci' leurs Imliil? vi leurs ornements, leur démarche et leur conduite, parce que c'est à Jésus-Christ qu'elles doivent plaire plûtost qu'au monde. C'est à luy qu'elles doivent demander un mary; c'est de luy qu'elles doivent le recevoir.

H n'y en a pas une d'entre elles qui ne dise qu'il faut qu'un mariage se conclue dana le

Cii'l :iv;mt qu'il so fasse sur ].i lerre. Co|icu(l.in!

elles empeschent que le Ciel ne se mcsle de leur miu-îiige, Im-squ'i'llrs employant pour sa marier im moyen aussi impur qu'est la nudité ; et il semble que ce n'est pas des mains de Jésus-Christ, mais de celles d'Asmodéc, qu'elles veulent prendre un époux. Elles ont recours aux seuls charmes rte. leur beauté au lieu de recourir à la prière, et de là vient sans doute qu'elles perdent l'estime et l' affection do leur mary a mesure que leur beauté diminue. Quelque fîèrcs et quelque orgueilleuses qu'elles

paraissent, elles montrent de la bassesse et de la soumission, lorsqu'elles se réduisent jusqu'à se dépouiller à demi-nues, afin de pouvoir plaire h au homme. Et c'est pour cela peu t-estre que Dieu, à qui celte nudilô déplais!, permet qu'elles trouvent dans cet liommc un maistre qui les maltraite, et non pas un mary qui 1rs aime.

C'est de Dieu seul, dil Salomon ', que les hommes peuvent recevoir pour femme une Clic prudente et sage, et c'est luy seul aussi qui peut donner à une fille un homme riche , doux et fidcllc pour mary. Et si vous me demandes ce que doit faire uno fille pour obtenir de Dieu ce mary et pour mener une vie heureuse dans le mariaye, je vous répondray avec le mesme Salomon *, qu'il faut qu'elle soit et paroisse modeste.

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