OBSERVATION II
Présentation de la face en M. I. G.T. transformée en M. I. G. P. Accouchement spontané. (Obs. prise par M. Pignolet, élève du service de M. Budin.
La nommée X... entre le 3 mars 1894 à la salle d’accouchements. Elle est âgée de 21 ans et jouit d'une bonne constitution.
Les antécédents héréditaires et personnels sont exceilents.
Elle est à sa première grossesse.
Ses dernières règles remontent au 10 juin 1893 ; l'époque présumée de la grossesse date donc de huit mois.
Rien de particulier à signaler durant sa gestation.
A l'examen de la parturiente, on ne nct ri-n du côté de la circulation ni du côté de l'appareil urinaire.
Palper. — La paroi abdominale est peu épaisse et peu tendue. Le fond de l’utérus remonte à huit travers de doigts à peu près au dessus de l’ombilic. Les doigts plongent au niveau du détroit supérieur et rencontrent à droite, au niveau de la surface pectinéale, une tumeur fortement convexe, lisse,
arrondie, dure et paraissant n'occuper qu’un côté du petit
bassin, car, de l’autre côté, à gauche, les mains ne sentent rien.
Au fond de l’utérus, on trouve une masse présentant le caractère de l'extrémité p: vienne. c’est-à-dire une tumeur volumineuse, peu résista te, inégale, accompagnée du côté gauche des petits membres inférieurs. Le pôle pelvien et le pôle céphalique une fois reconnus, nous avons pu limiter, en allant de haut en bas, le plan postérieur du fœtus. Mais en nous rapprochant du pôle céphalique, nous n'avons pas tardé à perdre peu à peula sensation de résistance qu'offrait ce plan postérieur sous la main exploratrice. Cette surface résistante et continue semblait s’enfoncer pour ainsi dire dans la cavité abdominale Entre le point où le dos du fœtus devenait fuyant, et la tumeur globuleuse que nous avions limitée à droite, et que nous avions reconnue ètre la tête, existait une encoche, véritable angle rentrant dont l’exploration faisait soupçonner la présence d’une certaine quantité de liquide amniotique.Nous avions donc bien là le coup de hache des présentations de la face.
Auscullalion. — Donne le maximum des battements fœtaux à droite.
… Toucher. — On voit que le vagin ne présente pas son état de mollesse habituelle. On explore le pourtour du bassin et on ne note rien d'anormal, l'index cherchant à atteindre le promontoire, n'y parvient pas.
L'orifice utérin mesure une dilatation de trois travers de doigt environ. On arrive sur une poche des eaux assez volumineuse, qui bombe pendant les contractions utérines. On sent qu'il existe une espace assez notable entre la partie fœtale qui se présente et la partie la plus saillante et la plus inférieure des membranes. L'index explorateur, porté à la rencontre de la partie fœtale qui se présente, trouve en situation assez
os élevée, et dans la diamètre transverse, la suture frontale. En suivant cette suture à droite, on arrive sur la fontanelle antérieure, qui est un peu en haut et à droite ; à l’autre extrémité de la suture frontale, on arrive sur la dépression de la racine
du nez, de chaque côté de laquelle on reconnaît l'arcade sourcilère:
En suivant la racine du nez, on arrive sur l'ouverture des nari:es qui regarde à gauche et en transverse et dont la disposition en canon de fusil est caractéristique. Comme conclusion de l'examen précédent, on porte le diagnostic de présentation de la face en position gauche, variété transverse MAR GNT.
Nous répétons notre examen à plusieurs reprises. Le toucher nous apprend que la dilatation va toujours s'accentuant ; elle atteint, à une heure de l'après-midi, la grandeur d'une petite paume de main. Cette dilatation n'a été complète qu’à 3 heures 1/4 Nous procédons à la rupture artificielle de la poche des eaux avec toutes les précautions d'usage. Le liquide amniotique qui s'écoule est assez abondant et d'aspect normal. Le toucher pratiqué à ce moment, en suivant la suture fron’ tale, nous indique que la déflexion s'est accentuée. En même temps, nous constatons que la partie fœtale n'occupe pas une position aussi élevée que lors de notre premier examen et est en M. P. La descente dans l'excavation semble donc s’opérer.
Un nouveau toucher à 3 h. 2$ montre que la partie fœtale est toujours en M. I.G. P.
Pareïillement, nous avons pu suivre la marche de droite à gauche du plan résistant du fœtus. La connexité de l'occiput a semblé aussi devenir saillante. Les bruits du cœur fœtal n’ont plus le même foyer au niveau de l'ombilic et un peu à droite. Ils ont leur maximum à gauche et au moins à 2 centimètres de l’ombilic. Devant cette perversion du mécanisme qui a dirigé
ho le menton en arrière, et en présence d’une impossibilité de l'accouchement, on se demande si on ne ferait pas bien de faire prévenir M. Budin, mais on juge bon de temporiser encore. Les contractions utérines se maintiennent toujours énergiques.
Vers 4 heures 10, quelques contractions très violentes se répètent coup sur coup. On pratique le toucher et on est très étonné de trouver le menton sous la symphyse pubienne, Où introduit le doigt dans la bouche; le mouvement de succion est caractéristique. l'ouverture des narines se trouve en bas et en avant. Une fois le menton dégagé sous la symphyse pubienne, il a fallu attendre que la tète ait fait subir au périnée une distension énorme pour voir apparaître successivement le nez, le front, le bregma, les pariétaux, et enfin l’occiput. Pendant cette période d'expulsion, nous avions notre main gauche empaumant successivement la face au niveau des apophyses malaires et du front pour modérer la sortie de la tête. Notre main droite soutenait le périnée pour prévenir toute déchirure. Une fois la tète dégagée par un mouvement de déflexion fait autour du sillon mento-cervical, comme charnière, elle est retombée en arrièe,, l’occiput se dirigeant vers l'anus. Après un instant, le menton tourne à gauche Une légère traction engage l’épaule antérieure. L’extrémité antérieure du diamètre bisacromial se dégage la première, puis l'extrémité postérieure de ce mêmediamètre. L'expulsion du tronc se fait sans difficulté. L'enfant est du sexe masculin, son état physique est excellent. Il pèse 2.900 grammes.