‹ De l'Accouchement Prématuré ProvoquéChapitre 4 sur 31 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Les origines de l’accouchement prématuré provoqué et les idéeë qui ont présidé à la conception de cette manœuvre, sont difficiles à préciser. Certainement, on a vu de tout temps des femmes accoucher spontanément avant terme, et les produits issus de ces grossesses prématurément interrompues vivre, sans éprouver de dommage, d’une existence anticipée. L'idée d’imiter la nature et de provoquer artificiellement le travail estelle née de cette constatation ?

L’avortement provoqué lui-même, dont l’histoire est bien connue, a pu conduire les accoucheurs à désirer un moyen moins préjudiciable au fœtus, moins lamentable dans ses résultats. Or, l'avortement provoqué est d’origine bien ancienne: Hippocrate, qui, dans le deJurejurando, interdit sur la foi du serment l’avortement criminel, donne, dans son de Natura puert, l’observation d’un avortement qu’il provoqua chez une

LAS | SEE cantatrice dont la grossesse ne pouvait être menée à bonne fin; Aspasie, citée par Aétius, conseillait l’avortement provoqué quand le bassin était tellement rétréci qu’il ne pouvait donner passage à un fœtus à terme.

Quoi qu'ilen soit de l’idée mère à laquelle on puisse rapporter la notion de l'accouchement prématuré artificiellement provoqué, il est probable que sa réalisation a eu lieu pour la première fois en Angleterre. Certains auteurs l’attribuent à Maria Dunally, qui, frappée d’avoir vu une femme accoucher avant terme d’un enfant vivant, après plusieurs accouchements difficiles à terme, aurait conseillé, en 1738, de provoquer prématurément la rupture des membranes dans les cas analogues.

D’après Denman (1), et cette version est adoptée par la majorité des auteurs, les praticiens les plus éminents de Londres se réunirent, en 1756, pour décider si une manœuvre qui aurait pour but la délivrance prématurée d’une femme dans des cas déterminés, était une « pratique avantageuse et approuvée par la morale ». La réponse des accoucheurs fut favorable, et, l’année suivante, Macaulay, le premier, accoucha avant terme la femme d’un marchand de Londres. Cette pratique entra bien vite dans les mœurs en Angleterre, et tous les accoucheurs de l’époque en rapportent quelques cas personnels: Hull, Kelly, Barlow, Headly, Ramsbotham, Merriman, Campbell, Burns, Marshall, etc.

En Allemagne, ce fut May (2) (de Heidelberg) qui, en 1799, proposa d'adopter la manœuvre anglaise et de l'appliquer dans un grand nombre des cas où elle est aujourd’hui admise.

(1) Denman. Introduction à la pratique des accouchements, traduit de RS par Kluyskens, Gand, 1802.

(2) May. Mémoire: de Necessitate partus quandoque præmaiure vel solo manuum vel instrumentorum adjutario promovendi, 1799.

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Osiander (1), en 1802, jette le discrédit sur l'accouchement prématuré provoqué, qu’il refuse d'admettre dans les cas de rétrééissement du bassin, et qui, à son dire, peut seulement être opposé aux hémorrhagies trop menaçantes. Wenzel (2\ l’exécute, le premier, sur le continent, et justifie opération dans son 7 raté d'accouchements, qui parut en1818. Weidmann (3) fit l’éloge du procédé dans son livre, en 1808. Siebold (4), en 1821, se contente de le signaler. Froriep (5), d’abord opposé à l’accouchement prématuré, l’admet dans les dernières éditions de son ouvrage. Reisinger {6) fait une monographie fort complète de la question, et se montre favorable à la provocation de l’accouchement. Ritgen (7) en établit les indications et contre-mdications. Kluge (8), de Berlin, décrit un procédé particulier, et publie douze observations suivies de résultats heureux dans des cas de bassins rétrécis. Meissner (9), de Leipzig, publie, en 1841, un mémoire sur la manière la plus avantageuse et la plus sûre de faire l'accouchement prématuré artificiel (perforation des membranes). En 1842, Schæller (10) propose le tamponnement vaginal et établit les avantages de son pro-

(1) Osiander. Handbuch der Enthindungskunst, 1802; Tübingen, 14820, B. IT, abth. ?, S. 404.

(2) Wenzel. Allgemeine gebursthülfliche Betrachtungen, ünd über die künstliche Frühgeburt, Mainz, 1818.

(3) Weidmann. Entwurf der Geburtshülfe, Mainz, 1808.

(4) Siebold. Lehrbuch der thesoretisch-prakt, Enthindungskunde; Nürnberg, 1821, 5. 423. ÿ

(5) Froriep. Theoret. prakt. Handbuch der Geburtshülfe ; Weimar, 1818, S. 413. ,

(6) Reisinger. Die künstliche Frühgeburt als ein wichtiges Mittel in der Entbindungkunst, etc. Augsburg und Leipzig.

(Ty Ritgen. Loc. cit., p. 342.

(8) Kluge. Beobachtungen und Bemerkungen aus der Geburtshülfe, von Mende, B. IL, 1826, S. 26-50.

(9) Meissner, 14841. Inséré dans la Gazette médicale de Paris, 4841.

(10) Schæller. Die künstliche Frügeburt, bewirkt durch den Tampon,Berlin, 1842.

ACGOUGHEMHNT PRÉMATURÉ PROVOQUÉ 3

cédé. Depuis lors, d'innombrables ouvrages ont été publiés sur la matière, et tous les accoucheurs d'Allemagne ont admis la légitimité de la méthode: Nœgelé, Salomon {de Leyde)fWel- Jenberg, Schow, Braun, Kiwish, Schrœæder, etc. Boër seul considère l’accouchement prématuré provoqué comme une méthode dangereuse et souvent mortelle.

En Italie, Lovati essaya le premier la méthode, et publia six observations, dans lesquelles six fois le résultat avait été heureux pour la mère ; cinq fois le fœtus avait pu être sauvé. Ferrario (1), en 1830, fit paraître un traité dans lequel sont résumées les observations de son maître Lovati, jointes à des faits personnels. Plus tard, Cisinelli (de Pavie), Bili (de Milan), Bengiovanni et Masnata ont consigné dans divers recueils la statistique des faits italiens.

La France, si disposée d'habitude à bien accueillir tout ce qui vient du dehors, se montra cette fois longtemps réfractaire à faire sienne la méthode de ses voisins. Et pourtant c’est en France que l’accouchement forcé avait rencontré le plus de faveur ; déjà, en 1642, Louise Bourgeois conseillait cette manœuvre dans les hémorrhagies graves ; Guillemeau la pratiqua sur la fille d'Ambroise Paré ; Mauriceau, Delamotte, Levret, s’en montrèrent partisans.

En 1759, Puzos proposa une méthode intermédiaire entre l’accouchement forcé et l’accouchement prématuré provoqué, dans les cas d’hémorrhagies graves.«ll faut, disait-il, introduire un ou plusieurs doigts dans l’orifice, avec lesquels on travaille à l’écarter par des degrés de force proportionnés à sa résistance. Tel écartement, interrompu de temps en temps par des repos, fait naître des douleurs; il met la matrice en action, et l'un et l’autre font gonfler les membranes qui soutiennent les eaux de l’enfant ; l’attention doit être, pour lors, d'ouvrir les membranes le plus tôt qu’on peut. » |

(1) Ferrario. Annali universali di Medicina, 1830.

Roussel de Vauzesme (1) conseilla le premier, en 1778, l'accouchement prématuré provoqué proprement dit, au septième ou huitième mois, «lorsqu'on a des signes assurés que l'accouchement ne pourra pas avoir lieu à terme » ; il admettait l'opération dans les cas où l’un des diamètres antéro-postérieurs aurait moins de 3 pouces 1/2 (9 cent. 45). Mais, effrayé lui-même de sa témérité, il n’osa assumer la responsabilité de ce conseil, et déclara l’avoir puisé dans un autre auteur, Levacher de la Feutrie.

Quoi qu’il en soit des restrictions de Roussel, le conseil était donné, et Lauverjat lui accordait bientôt après l’appui de son nom autorisé. Mais, en 1781, une opposition violente commença à se manifester, et Baudelocque (2) en fut le promoteur. L'auteur de l'Art des accouchements s’éleva avec énergie contre une méthode qui n'avait pas encore subi la sanction de l’expérience clinique. L'opération ne lui paraissait légitime que dans les cas d’hémorrhagies abondantes : « C’est un devoir dans ces circonstances, disait-il ; c’est un crime dans d’autres. » On trouve dans son livre une série de différences qu’il établit, au point de vue des conséquences cliniques, entre l'accouchement prématuré naturel et celui que l’artréalise ; enfin, il ne fait aucune distinction entre la méthode qui nous occupe et l'accouchement forcé.

Les disciples de Baudelocque restèrent fidèles aux enseignements du Maître, et perpétuèrent sa doctrine. Gardien, Capuron, Mr* Lachapelle, Boivin et Dugès condamnèrent . dans leurs écrits une manœuvre encore vierge d'application. Velpeau lui-même, qui admettait comme légitime la provocation de l'avortement, refusait son approbation à celle de l'accouchement prématuré.

(1) Roussel de Vauzesme. De sectione symphyseos ossium pubis, Lutetix Parisiorum, 1778, p. 61.

(2) Baudelocque. L'Art des accouchements, 1'* édit., 1781; 6" édit., 1822, t. 11, p. 288.

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En 1827, l’Académie donna une sanction officielle à cette opposition systématique, qui, depuis 1781, ne s’était pas démentie. Un médecin, Costa, ayant vu une femme atteinte d’anévrysme de l'aorte et menacée d’asphyxie, accoucher prématurément avec grand bénéfice pour elle et pour l’enfant, demanda à l’Académie si, dans des cas de cette nature, il ne serait pas légitime de provoquer l'accouchement avant terme. Une commission académique qui ne comprenait qu'un accoucheur , Désormeaux , et se composait en outre d’Orfila, Adelon, Marc, Kergaradec, qualifia la question d’ «inconvenante et répondit qu’il n'existait aucun cas, ni de rétrécissement du bassin, ni de convulsions, ni même d'implantation du placenta sur le col, qui püût, dans l’état actuel de la science, autoriser la provocation d’un accouchement avant terme ; qu'elle était immorale ; que d’ailleurs, on ne pouvait savoir quand le fœtus était viable, et que cette sorte d’accouchement était toujours fatale à la mère et à l’enfant.

Telle était la tendance générale en France à la fin du siècle dernier et dans le premier tiers de ce siècle. Il se trouva pourtant, même à cette époque, des hommes qui osèrent réagir contre l’ostracisme immérité dont on frappait l’accouchement artificiel, et rompre, dans leurs cours et leurs écrits, avec les préjugés qui régnaient en haut lieu. Parmi eux, nous devons particulièrement signaler Fodéré et Stoltz.

Fodéré (de Strasbourg) (1), le premier médecin légiste de France, prit en main, en 1813, la défense de l’accouchement prématuré provoqué; il l’admettait et le justifiait dans tous les cas où, dans les derniers mois de la gestation, la femme couraii un grave danger du fait même de sa grossesse; par exemple, dans les cas de bassin rétréci, d’hémorrhagie, de convulsion.

(1) Fodéré. Journal de la Société des sciences, arts et agriculture du Bas-Rhin, n° 1, p. 453.

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