‹ De L'Acide Phénique Dans Le Traitement Des Affections Oculaires À Forme SécrétanteChapitre 6 sur 10 · CN · texte numérisé non relu

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ce malade au bout de douze heures, sa cornée sera éclaircie, il y aura mieux sensible. Suivons-le encore, mais sans le cautériser de nouveau ; au bout de quatorze heures, de seize heures, nous verrons la cornée redevenir trouble, et les lésions enrayées un instant s’aggraver de nouveau. Nouvelle cautérisation, nouvelle amélioration et arrêt pendant un certain nombre d'heures, puis retour offensif de processus. » |

Nous nous garderons bien de vouloir contester le fait de M. Abadie, mais nous croyons que cela ne se passe pas toujours ainsi. Pour notre part, malgré l'attention soutenue que nous avons portés aux malades cautérisés au début des affections cornéennes, nous n'avons pas pu saisir cette amélioration passagère. Nous serions, au contraire, tenté de croire que les cautérisations répétées dans les complications cornéennes de la conjonctivite purulente grave, ne servent qu’à aggraver la maladie, à jeter, pour nous servir d’une expression vulgaire, de l'huile sur le feu. Ce serait une cause de l’'aggravation des lésions un instant soi-disant enrayées. En de pareils cas l’acide phénique suffira le plus souvent pour tarir la suppuration d’une conjonclivite déjà traitée plusieurs jours auparavant par le nitrate d’argent, et les lésions cornéennes n’au ront pas à souffrir de ce traitement. Il est inutile de dire que s’il existe du chémosis étreignant le cercle cornéen, l'indication des scarifications plusieurs fois

répétées se fera sentir. Le bandeau compressif de- Denis, k

viendra rapidement utile. S'il ya menace de perforation cornéenne, les instillations soit d’ésérine dans certains cas, soil d'atropine dans d’autres, ne devront pas non plus être négligées.

En résumé, l'acide phénique est pour nous le remède par excellence du catarrhe conjonctival et de la conjonctivite purulente à forme bénigne. Dans Ja forme grave, 1l sera le remède adjuvant le plus efficace, surtout quand les cautérisations seront contreindiquées, c'est-à-dire lorsque celles-ci ne pourront être appliquées méthodiquement, les paupières retournées, sans que le médecin s'expose à produire une perforation, résultat des efforts exercés par le malade et du peu de résistance de la cornée. Notre travail était terminé et toutes nos observations prises, lorsque s'est présentée à la clinique des Quinze- Vingts une jeune malade des plus intéressantes au point de vue du sujet que nous traitons. Si déjà nous n'avions pas été convaincu des dangers des cautérisalions pratiquées par des personnes inhabiles, si malgré leur danger nous n'avions pas su que la cautérisation est presque toujours le seul traitement employé par la généralité des médecins appelés à donner leurs soins à des malades atteints d'affection oculaire, cette malade seule, l’histoire du début de la maladie et son aggravation immédiate auraient certainement appelé notre attention sur ce point.

Voici du reste son observation in extenso.

Mile B..., âgée de 9 ans, est atteinte de conjonetivite purulente de l'œil droit depuis huit jours : la

sécrétion purulente n'était pas, d'après la mère qui l'accompagne, très abondante. Pendant six jours, les parents de l’enfant ne voyant pas la maladie s aggraver, espérant au contraire que l'affection allait disparaître, se sont contentés de laver l'œil malade avec de l’eau de mélilot chaude. Au septième jour, sur le conseil de personnes étrangères à la famille, un médecin est consulté, et, séance tenante, une cautérisation avec le nitrate d'argent est pratiquée. Douleurs très vives après la cautérisation, persistant du reste encore. Douze heures après, la mère s’aperçoit qu’une tache blanche apparaît sur la partie inférieure du transparent de l’œil malade. Cette lache blanche s'agrandit rapidement, et c’est alors que les parents effrayés amenèrent l’enfant à la clinique.

En dehors d'une conjonctivite de moyenne intensité, nous constatons dans le tiers inférieur de la cornée un vaste ulcère superficiel. Cet ulcire est nettement dû au contact du nitrate d’argent, car la moitié de l’ulcère seulement occupe la cornée; l’autre moitié est constituée par le sphacèle superticiel d'un lambeau de conjonctive bulbaire faisant suite au bord marginal de la cornée, sphacèle qui re peut être la conséquence que de la cautérisation. On instille immédiatement des gouttes d’ésérine et on ordonne des pulvérisations fréquentes qui, si elles avaient été employées au début, auraient parfaitement suffi pour guérir la conjonctivite, sans faire courir à la malade le risque d’une perforation cornéenne et, tout au moins, d'un leucome indélébile.

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OrservarioN I, — L'enfant Rol... (Louise), âgée de

6 ans, se présente à la clinique le 17 janvier 1884,

atteinte de conjonctivite catarrbale double avec abra-

sion de la cornée. Début de la maladie il y a quatre

Jours. Paupières agglutinées le matin, sensation de

gravier. Un médecin consulté a cautérisé la conjonc-

tive avec le crayon de nitrate d'argent. Depuis lors, épiphora, photophobie, douleurs très vives.

Traitement. — Instillation de sulfate neutre d’ésérine, compresses chaudes de décoction de pavot. Pulvérisations phéniquées.

Dès le lendemain, amélioration notable au point de vue des douleurs et de la photophobie.

Continuation du traitement. On remplace l'ésérine par l’atropine.

Le 21 janvier, guérison de la complication cornéenne; l’hyperhémie conjonctivale et la sécrétion catarrbale persistent toujours. Les jours suivants la rougeur conjonctivale disparaît peu à peu ; la sécrétion se tarit et la guérison est obtenue le 26 Janvier. Cessation du traitement,

OBSERvATION II.—M. Dam. (Émile), âgé de 25 ans, est atteint de conjonctivite purulente de l'œil droit depuis huit jours et, consécutivement, d'ulcère occu. pant la partie inférieure et le rebord marginal de la cornée. D'après le malade, la tache qu’il a dans l'œil n'existerait que depuis quatre jours. Dès le second jour il a été cautérisé au crayon de nitrate d'argent,

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et ces cautérisations ont eu lieu encore la veille du jour où il se présente à la clinique, 21 Janvier 1884.

La sécrétion catarrhale est assez abondante, les douleurs ne sont pas très vives.

Traitement. — Camomille, ésérine, pulvérisations phéniquées.

Le lendemain, pas d'amélioration, mais pas d’aggravation.

Le 26, il n’y a presque plus de sécrétion pendant la journée, les paupières sont encore collées le matin ; les bords de l'ulcère commencent à se vasculariser ; on cesse l’ésérine et la camomille et l’eau phéniquée sont continuées.

Le 28, la cicatrisation de l’ulcère gagne de plus en plus le centre, mais le tissu cicatriciel recouvre une partie très opaque due aux inerustations du chlorure d'argent.

Le 5 février, guérison des phénomènes inflamma-

toires ; taie consécutive à l’ulcère, très opaque, n’atteignant pas heureusement le centre de la cornée.

OgservarTion III. — Mile Maur. (Victorine), âgée de 39 ans, se présente à la clinique, le 18 janvier 1884. atteinte de conjonctivite catarrhale simple, depuis six jours environ. Légère hyperhémie des culs-desac de la conjonctive, sensation de grains de gravier roulant sur les paupières et de cuisson ; les cils, ag= glutinés entre eux par du muco-pus desséché, empêchent la malade d'ouvrir facilement les yeux le

= — matin. La malade n’a consulté personne et n’a fait que des lavages avec de l’eau fraîche.

Traitement. — Pulvérisation toutes les deux heures avec la solution phéniquée.

Guérison complète au huitième jour.

Ogservarion IV. — M. F..., garçon de salle, est atteint à la clinique même de conjonctivite purulente de l’œil droit. Sensation de picotement et de chaleur dans la soirée du 24 janvier, sans que le malade s’en préoccupe. Dans la nuit du 27 au 28, sécrétion pu rulente abondante, gonflement considérab'e de Îla paupière.

Une cautérisation avec la solution de nitrate d'argent est pratiquée le matin même par linterne du service. et des pulvérisations phéniquées sont faites toutes les heures.

Le 29, dans la matinée, la tuméfaction de la pau pière n'ayant pas diminué, on ordonne des com presses d’eau glacée et on continue l'acide phénique.

Le 30, la paupière supérieure est moins distenlue, on cesse la glace à cause d’un très petit abeès apparent au centre de la evrnée. La pupille étant très contractée, on instille trois gouttes de sulfate d'atropine; pulvérisations fréquentes.

Le 2: février, la paupière n'est plus tuméfiée, la

sécrétion purulente à diminué, labeès ne s'est pas

étendu. Dilatation maxima de l'iris. On cesse l’atropine, compresses chaudes de eamomille.

Fe. Ve

Le 6. La sécrétion purulente est réduite au mini mum, l’ulcère consécutif à l’ulcère se prépare.

Guérison complète le 12 février.

Le 15, alors que tout était terminé du côté de l'œil droit, Pœil gauche est attemit avec autant d'intensilé, Malgré une cautérisation immédiate, non renouvelée, la maladie s’aggrave pendant la première journée et un abcès survient. Le malade ne fait plus que des pulvérisations phéniquées. Au troisième jour les phénomènes inflammatoires s’amendent, et au bout de quinze jours la guérison était obtenue.

Osservariox V. — M. Obl... (Maurice), âgé de 28 ans, atteint de conjonctivite purulente bénigne depuis deux jours, vient consulter le 21 janvier 1884. Les cornées sont intactes, les paupières ne sont pas gonflées ; la sécrétion purulente estassezabondante.

Traitement. — Pulvérisations phéniquées toutes les heures.

Guérison complète au sixième jour.

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