ACTION COMPARÉE SUR LA DIURÈSE
Si l’on cherche à classer les quatre médicaments cardiaques au point de vue de l’action sur la diurèse, on trouve que les rangs ne sont plus les mêmes.
C’est la caféine qui occupe la première place par son action rapide, marquée et presque constante. Gubler, à la Société de thérapeutique (2), insistait déjà sur cette propriété. « Avec la caféine, disait-il, la diurèse est abondante et constante tandis que pour la digitale il faut deux à trois jours et quelquefois plus pour que l’effet se produise. » On pourrait ajouter quand il se produit, car il n’est pas toujours certain.
En 1863 Koschlakoff, de Saint-Pétersbourg, avait déjà remarqué cette augmentation rapide de Purine sous
(1) Leblond. Act. phy. et thérap. de la caféine. Thèse, Paris, 1882, p. 52.
(2) Séance du 27 nov. 1877.
l’influence de la caféine. Vingt ans plus tard, le Dr Leblond dans sa thèse, confirme en la citant la déclaration de l’élève de Botkin(l). M. Huchard a presque toujours vu l’absorption de cette substance suivie dans les douze ou vingt-quatre heures, d’une diurèse abondante (2). M. Lépine a observé le même phénomène.
Depuis que les observations sur les effets et sur l’emploi de la caféine se sont multipliées, des faits nombreux sont venus prouver, que souvent, dans le cas où la digitale et les autres diurétiques n’avaient rien produit ou avaient été insuffisants, la caféine a déterminé brusquement une forte diurèse (3). Quoi qu’il en soit, d’après M. Huchard les urines n’atteindraient que rarement les proportions auxquelles elles arrivent à la suite de l’emploi de la digitale (4).
Dans nos observations, la caféine a été employée dixseptfois. Dans dix cas, elle a eu une action nette et rapide. Chez les sept autres malades, trois seulement avaient des urines courtes avec œdème, hydropisie ou ascite (obs. XX, XIV, XV). Trois autres avaient des urines normales et abondantes avant l’usage du médicament (obs. IV, V et IX). Enfin chez le septième (obs. II), il n’existait plus de phénomènes de stase quand elle a été administrée, mais nous devons ajouter qu’elle fut sans action quand ils réapparurent.
Le convallarici nous a aussi donné de bons résultats. Trois fois, dans les cinq cas où il a été employé, il a provoqué une diurèse abondante et persistante.
(1) Leblond. Thèse citée.
(2) Huchard. Caféine dans les maladies du cœur. Bulletin de thérap. T. CIII, p. 152.
(3) Pratictionner, Avril 1880, et Lyon médical, T. XXXIV, p. 359.
(4) Op. cit.
Deux fois son action a été nulle. Dans l’une, il n’a eu d’influence que sur le cœur (obs. XXI) ; dans l’autre, il s’agissait d’une néphrite, affection où d’ordinaire il ne donne aucun résultat (obs. XIX).
M. Germain Sée (1) a toujours obtenu des effets diurétiques puissants avec ce médicament. Parmi trois de ses malades qui n’ont pas été améliorés, s’en trouvent deux dont les affections correspondent à celles que nous énoncions ci-dessus. L’un des malades était arrivé à la période d’asvstolie mortelle, l’autre était atteint de néphrite interstitielle.
M. Desplats (2) a eu un égal succès, sur des cas moins nombreux, il est vrai. Les insuccès se retrouvent chez des brightiques ou des cirrhotiques.
Les deux cliniciens ont également noté que l’urination persiste, pendant quelque temps encore avec la même abondance, après la cessation du médicament.
M. Peter ne voit dans le muguet que l’effet diurétique et en cela il se base sur sa propre expérience (3).
A en juger par ce que l’on vient de lire et d’après nos observations, il semblerait que le muguet est un diurétique, dont les effets sont précieux par leur puissance et la façon presque constante avec laquelle on les obtient. Malheureusement, les résultats n’ont pas toujours été aussi favorables. Moutard Martin sur quatre cas n’a eu qu’un succès, et encore l’effet obtenu une première fois n’a-t’ilpu être reproduit.
Constantin Paul n’a observé qu’une action faible ou nulle sur le rein, dans les cas où il l’a employé. L’école
(1) Op. cit.
(2) Op. cit.
(3) Peter. Traité clinique et pratique des maladies du cœur.
de Lyon n’a pas été plus heureuse. Aubert, Icard et Soûliez n’ont vu le convallaria déterminer la diurèse que dans un seul cas (1). Dans tous les autres, ils ont dù finalement avoir recours à la digitale .
La digitale et Yadonidine nous semblent devoir être mises sur le même rang au point de vue de leur action sur la diurèse. Dans les cas où il existait des congestions viscérales (obs.II), descedèmes avec hydropisie (obs.IIl), ces deux médicaments ont amené une amélioration rapide.
Il existe pourtant un avantage en faveur de l’adonidine qui mériterait de la faire passer avant la digitale : c’est sa rapidité d’action (obs II, III), mais d’autre part, ses effets ne persistent pas après qu’on a cessé le médicament, car il est promptement éliminé. En revanche il ne présente pas comme la digitale de phénomènes d’accumulation, ce qui est souvent un inconvénient avec lequel le médecin doit compter, surtout quand il existe des lésions rénales.
En résumé, sila digit ale et l’ adonidine ont uneaotion plus marquée sur le cœur, la caféine et le convallaria agissent plus rapidement et énergiquement sur la diurèse.
Les effets produits par la caféine ont de plus une constance sinon absolue, au moins remarquable.
(1) Lyon médical. T. XLI, p. 98