‹ De l'action comparée des médicaments cardiaques (digitale, caféine, convallaria, adonidine), précédé d'une étude sur l'adonidineChapitre 2 sur 14 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

MODE DUSXPÉRIMENTATION

L’étude que nous avons faite des médicaments cardiaques a porté sur deux organes principaux : le cœur et les reins.

Nous avons étudié leur action sur le cœur en observant les modifications subies par le pouls. Quant à leur influence sur les reins, nous l’avons déduite des variations de la diurèse.

C’est avec le sphygmographe de Marey que nous avons enregistré les modifications du pouls; nous les avons suivies jour par jour et parfois d’heure en heure. Grâce à cette méthode’, on voit d’une façon pour ainsi dire sensible quelle a été l’action du médicament pendant tout le temps qu’il a été administré, et de plus sa comparaison avec d’autres devient beaucoup plus facile.

Nous nous sommes entouré de toutes les précautions désirables afin d’éviter les plus petites causes d’erreur; c’est pourquoi nos tracés ont été pris par nous-même, de la même manière, et dans les mêmes conditions, c’està-dire le sujet étant au repos et à jeun, le matin. De cette façon, nous croyons pouvoir affirmer qu’ils sont absolument comparables.

Certains auteurs, Lorain (1) entre autres, prétendent qu’on ne peut mesurer la tension artérielle à Laide des données sphygmographiques. Il est évident qu’on ne saurait obtenir ainsi des résultats précis, mais on peut les comparer et c’est là le point qui nous intéresse. Pour Marey (2), la chose serait possible, et voici comment il le démontre. La tension, artérielle résulte de la réplétion des artères accrue de l’impulsion du cœur aidée ou desservie par la résistance des capillaires; elle décroît à mesure qu’on s’éloigne du cœur. Si les capillaires se contractent, la tension tend à s’équilibrer, et inversement ; par conséquent, la tension est e7i rapport inverse avec la vitesse du sang.

Le cœur bat d’autant plus vite qu’il éprouve moins de peine à se vider. Or, comme la résistance est à la sortie, on peut dire que : la fréquence du pouls est en raison inverse de la tension artérielle.

Si la tension artérielle s’élève par accroissement de la force du cœur, cette élévation s’accompagne d’accroissement dans l’amplitude du pouls. Si la tension s’élève par suite d’un obstacle à l’écoulement du sang par les capillaires, elle s’accompagne au contraire de diminution :

(1) Lorain. Etude sur le pouls à l’aide des données sphygmograpliiques.

(2) Marey. Pliysiol. expér. 1875, p. 360.

c’est ce qui, pour certains auteurs, se passerait dans l’action de la digitale. Ces considérations expliquent la contradiction apparente qui existe dans les termes dont se servent quelques observateurs pour exprimer, d’après les données graphiques, que la tension artérielle est accrue.

Ainsi Méplain (1) voulant dire que la tension sanguine augmente à la suite de l’usage du café, s’exprime ainsi : « La montée est moins verticale et moins haute dans le tracé, l’amplitude des rebondissements est beaucoup plus faible, le sommet de la pulsation moins aigu et transformé dans quelques cas en plateau ».

Filhoud-Lavergne, voulant prouver la même chose pour l’action du convallaria, dit que « la ligne d’ascension est plus droite et la ligne de descente moins traînante et moins oblique » (2) le dicrotisme disparaît (3). Ainsi pour l’un, la tension artérielle aurait donné une montée plus verticale; pour l’autre, elle aurait produit une ligne d’ascension plus droite. Cette contradiction ne peut s’expliquer que par ce que nous avons dit plus haut. Quant à nous, nous ne nous sommes jamais contenté des seules données fournies par l’appareil deMarey ; nous avons toujours mis à profit les indications fournies par la pression digitale sur l’artère. Elles ont le plus souvent confirmé les premières.

Nous avons cru ces explications nécessaires pour justifier les interprétations de nos tracés.

Il est une cause d’erreur que nous avons eu à éviter

(1) Méplain. Etude physiol. et thérap. du café. Thèse Paris, 1860.

(2) Filhoud-Lavergne. Etude phys. et thérap. du convallaria. Thèse Paris, 1883.

(3) Marey, op. cit.

alors qu’on avait à remplacer par un autre, un médicament qui paraissait inactif ou n’était pas toléré.

Tout le monde sait que la digitale s’emmagasine dans l’organisme et continue à agir quelque temps après qu’on en a cessé l’emploi. Or, avant de lui substituer un autre médicament, la caféine par exemple, nous avons toujours laissé écouler un certain nombre de jours entre la cessation de l’un et l’absorption de l’autre. Nous évitions ainsi l’erreur qu’aurait certainement occasionné dans les résultats, le phénomène d’accumulation. Voilà pour le pouls.

Les variations de la diurèse ont été notées en recueillant les urines émises dans les 24 heures. Quand il nous a été impossible d’obtenir l’urine émise au moment des selles, nous avons inscrit le nombre de ces dernières dans Inobservation.

Page 1