‹ De l'action comparée des médicaments cardiaques (digitale, caféine, convallaria, adonidine), précédé d'une étude sur l'adonidineChapitre 3 sur 14 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DE l’aDONIDE ET DE SON PRINCIPE GLUCOSIDE l’âDONIDINE

LTidonide ( Adonis vernalis. L.) est une plante de la famille des Renonculacées, dont les caractères floraux sont à peu près ceux des anémones au genre desquelles certains botanistes (1) la rattachent, car ils îhen diffèrent

(1) Bâillon. Botanique médicale, T. I, p. 491. Pour plus de détails, consultez : Mordagne (op. cit.) où les caractères botaniques de cette plante ont été bien étudiés.

que par leur périanthe. Elle croît dans l’hémisphère boréal de Eancien monde où on l’employait en Sibérie comme abortive. Les apothicaires du temps de Clusius la considéraient comme le véritable Hellébore d’Hippocrate.

Historique. — Elle a déjà été employée en médecine pour combattre de nombreuses affections parmi lesquelles se trouvaient les maladies du cœur. Jusqir’en 1 879, l’usage de cette plante était purement empirique, et c’est Bubnow de Saint-Pétersbourg qui le premier, à l’instigation du professeur Botkin, en fit l’objet de recherches spéciales. Le résultat de ses premières études scientifiques parut dans le St-Petersburger Medicinische Wochenschrift du 6 janvier 1879. Un travail plus complet du môme auteur parut l’année suivante (1).

Deux ansplus tard, en 1882,Vincenzo Cervello, de Strasbourg, parvint à isoler le principe actif de l’adonide et commença sur ce nouveau produit des expériences qu’il publia au mois de novembre de la même année (2).

Ce n’est qu’à partir de ce moment que l’adonide entra définitivement dans la pratique des médecins russes et allemands. La Société de médecine interne de Berlin en fit l’objet de communications intéressantes, qui attirèrent sur elle l’attention du monde médical. On la posait en rivale de la digitale.

En France, on se contenta d’enregistrer (3) les résultats

(1) St-Petersburg. Medicinische Wochenschrift, 1879. P. 1 et 256.

Idem. Idem. . 1880. P. 306.

(2) Vincenzo Cervello , op. cit.

(3) Paris médical. 7 octobre 1882.

Bulletin de thérapeutique (T. xcvm, p. 559; civ, p. 47; cv, p. 285.

Revue des sciences médicales de Hayem, T. xxi, p. 494.

Semaine médicale, 10 juillet 1884, p. 277.

de nos voisins d’outre -Rhin. M. le professeur Sée désireux d’entreprendre des expériences cliniques sur ce sujet, commença par faire contrôler les résul tats physiologiques obtenus (1). Jusqu’ici, nous n’ayons eu connaissance d’aucun travail clinique.

Préparations. — Jadis on avait mis à profit la racine d’adonide, Bubnow fit usage des feuilles dans ses expériences physiologiques et thérapeutiques. Il les employait comme les feuilles de digitale, en infusion ou en macération. Il s’est également servi de l’extrait d’adonis.

Le principe actif de ces préparations est un glycoside spécial que Cervello a isolé en 1882. Ce produit (2) est constitué par une masse amorphe, incolore, inodore, très amère, peu soluble dans l’éther et dans l’eau, mais beaucoup plus dans l’alcool. Voici comment il a été obtenu.

On met macérer une certaine quantité de feuilles coupées en morceaux dans un mélange d’eau et d’alcool (2 p. d’eau pour 1 p. d’alcool). Au bout de dix jours, le liquide alcoolique provenant de la macération, est précipité par l’acétate basique de plomb, filtré, condensé, puis avec du tannin et quelques gouttes d’ammoniaque on sépare l’adonidine. Le tannate d’adonidine lavé à l’eau est décomposé par l’oxyde de zinc et l’alcool, et on obtient l’adonidine à l’état impur, que l’on purifie par plusieurs cristallisations dans F éther alcoolisé.

L’acide tannique la précipite, et le précipité se redissout dans un excès d’eau. Elle est insoluble à froid dans l’acide

(1) Lesage, op. cit.

(2) D’après Mordagne (op. cit.), 10 kilog. de la plante n’en fournissent que 2 gr., aussi son prix est-il assez élevé.

chlorhydrique dilué, mais à chaud, elle se dédouble en une substance insoluble dans Féther (1).

Doses. — Bubnow a employé l’adonide en infusion à la dose de 4 à 8 gr. dans 180 gr. d’eau dont il administrait une cuillerée à soupe toutes les deux heures. Nous nous sommes servi exclusivement de l’adonidine sous forme de pilules de 0,02 centigrammes et nous avons rarement dépassé cette dose.

Dans les cas où nous avons atteint 0,04 nous avons presque toujours dû revenir à la dose primitive.

Cervello, dans ses expériences sur les animaux à sang froid, injectait 15 milligr. et cette dose suffisait pour arrêter le cœur d’une grenouille. Pour lui, l’adonidine devrait s’employer à doses moindres que la digitaline, puisqu’ à égale quantité les effets de cette dernière sont moindres que ceux de la première. La dose que nous avons employée est de beaucoup supérieure à celle dont on se sert pour la digitaline et pourtant, nous n’avons jamais eu de menace d’accident. Nous ne croyons pas qu’il en serait de même à dose égale avec cette dernière substance.

Faut-il admettre que notre produit (2) était moins actif que celui de Cervello ? La chose ne nous semble pas impossible à accepter, depuis que les recherches de Rasetti (3) nous ont appris que ce principe difficile à isoler a une composition complexe qui parfois n’est pas toujours identique.

(1) Arckiv. fur Exp. Path. und Pharm. T. xv, 1882. Sur le principe actif de l’adonide par Vincenzo Cervello.

(2) L’adonidine employée a été envoyée à M. le Dr Desplats par M. Merck, pharmacien à Darmstadt; à cette époque, il nous a été impossible de nous en procurer en France.

(3) Rasetti. Comptes rendus de la Société de biologie, 1884.

Effets physiologiques et expérimentation sur les animaux . — Le cœur est l’organe sur lequel l’adonide exerce son action la plus énergique. Ce fait a été démontré par plusieurs expériences entreprises par Bubnow sous l’inspiration du professeur Botkin de Saint-Pétersbourg.

Si on injecte dans le sac lymphatique crural d’une grenouille dont le cœur a été préalablement mis à nu, une solution diluée d’extrait d’adonis vernalis, on constate au bout d’un temps variable suivant la quantité de substance injectée une série de phénomènes qui représentent trois phases bien caractérisées :

1° Ralentissement du pouls avec élévation de la pression artérielle.

2° Augmentation de la fréquence du pouls et nouvelle élévation de la pression sanguine.

3° Le pouls devient encore plus fréquent mais la pression du sang baisse dans les artères.

L’élévation de la pression artérielle est obtenue même quand on sectionne dAivance les deux nerfs vagues (l).

Avec l’adonidine à la dose de ISmilligr. en injection chez une grenouille, Cervello (2) a observé d’abord de la faiblesse, puis de l’arhythmie, et finalement la suspension des mouvements cardiaques. Mordagne (3) avec une dose de 1/2 milligr. seulement a obtenu exactement les mêmes résultats. Le cœur de la grenouille en expérience s’est arrêté en systole au bout de 8 minutes, 30 secondes.

(1) Traduit du St-Pctersburg Med. Wochenschrift, 1879. P. 1 et 256.

(2) Op. cit.

(3) Op. cit., p. 59.

Chez le chien et le lapin, les mêmes expérimentateurs ont noté une augmentation de la pression comme avec les glycosides de la digitale. Lesage (1) l’a vue monter de 16 centim. de mercure à 36. Dans les expériences de Mordagne, elle' s’est accrue de 12 à 18 avec 0,03 centigr. d’adonidine.

Ces résultats firent entrevoir à Cervello tout l’emploi qu’on pouvait tirer de ce médicament en thérapeutique.

Il termine ainsi son Mémoire :

« Je crois que le nouveau glycoside.ou même toute ce la plante qui le contient aura un emploi utile en thé- « rapeutique. J’espère que les professeurs de clinique y « feront d’autant plus attention qu’avec ce remède il ne cc paraît pas y avoir d’influence cumulative » (2) .

C’est sur ces données que nous avons basé nos expériences cliniques dont nous allons exposer les observations.

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