‹ De l'action comparée des médicaments cardiaques (digitale, caféine, convallaria, adonidine), précédé d'une étude sur l'adonidineChapitre 5 sur 14 · Le malade abu davantage · texte numérisé non relu

Le malade abu davantage

L’état du malade ne s’est pas sensiblement amélioré Le mieux que celui-ci accuse paraît plutôt dû au repos et à la bonne nourriture qu’à l’influence de la médication.

Les quatre médicaments cardiaques ont été employés, mais sans produire d’amélioration marquée et durable. L’individu étant polyurique, la diurèse ést toujours restée abondante, et aucun traitement ne l’a fait varier. Quant au cœur, il a subi l’influence plus on moins marquée de chacun.

Pour ne parler en ce moment que de l’adonidine, nous pouvons dire qu’elle a rapidement élevé la tension artérielle comme la digitale. Le pouls s’est ralenti, mais moins qu’avec cette dernière, puisqu’il n’est descendu qu’à 50 au lieu de 46. Lùnfluence sur le rythme a été insignifiante. Enfin, il n’y a pas eu d’accumulation, les effets ont disparu avec la suppression du médicament.

Effets thérapeutiques de Vadonidine. — Tous les cliniciens, qui jusqu’ici ont employé l’adonide, s’accordent à lui reconnaître des propriétés analogues à celles de la digitale. D’après Bubnow (1), qui l’employa le premier en clinique, elle augmente l’énergie des contractions cardiaques, régularise le pouls et en diminue la fréquence. De plus elle s’élimine rapidement et ne donne pas lieu à une action secondaire due à l’emmagasinement de la substance dans l’organisme. Elle serait contre-indiquée dans les cas où le cœur hypertrophié se contracte fortement. Bubnow n’a pas obtenu de résultat dans les

(1) Bubnow. Op. cit.

formes nerveuses des maladies du cœur, telles que la maladie de Basedow.

Cervello a expérimenté l’adonidine, seulement sur les animaux, et a constaté que, pas plus que l’adonide elle ne donne lieu à des phénomènes d’accumulation. Sauf cette particularité, son action serait analogue à celle de la digitaline.

D’autres observateurs sont arrivés exactement aux mêmes résultats, et cela dans des cas nombreux. Parmi eux, nous citerons Altmann et Leyden qui en ont fait l’objet d’une longue communication à la Société de médecine interne de Berlin (juin 84).

Un d’entre eux, Leublinski, a reproché à l’adonide d’avoir produit des nausées, des vomissements et de la diarrhée. Pour notre part, nous ne croyons pas ce reproche fondé, aucun autre observateur n’ayant noté de pareils accidents. Nous avons eu occasion de les constater dans un cas (Voyez obs. I), mais ils étaient dus évidemment à l’absorption d’une dose trop élevée, qui dès lors était toxique.

Une fois la dose diminuée, ces accidents n’ont jamais reparu, et nous ne les avons vus dans aucun autre cas . Lenhartz qui a fait usage du médicament sur des sujets assez nombreux n’a jamais observé d’influence fâcheuse sur la digestion.

Outre l’action que possède l’adonidine sur le cœur, elle a encore la propriété d’augmenter notablement la quantité des urines, et de résoudre ainsi les hydropisies et les œdèmes. Ce fait constaté d’abord par Bubnow, a été vérifié maintes fois par Lenliartz et Leublinski.

Michaelis a rapporté une observation dans laquelle la digitale ayant été impuissante à provoquer la diurèse,

il vit, sous l’influence de l’adonide, les urines augmenter dans la proportion de 30 °/0. Altmann en cite deux recueillies avec Leyden,oùla diurèse fut abondante grâce à l’adonide, et malgré l'usage simultané de la morphine., ce qui, d’après Riegel, aurait dù affaiblir son action (I).

Si maintenant, nous passons en revue les cas dans lesquels nous avons employé l’adonidine, nous voyons que dans tous elle a eu une action identique et constante. En effet, toujours elle a élevé la tension artérielle, diminué la fréquence du pouls, augmenté l’énergie des contractions cardiaques; mais, elle a moins contribué a régulariser le rythme et l'intensité des battements du cœur. Toujours son action a été rapide et, une fois suspendu, le médicament n’a donné lieu à aucun des phénomènes qui auraient pu se produire s’il s’était accumulé dans l’organisme. '

L’influence sur la diurèse n’a été très marquée que dans un cas. Il s’agit du sujet qui fait l’objet de l’observation II, et qui était atteint d’insuffisance mitrale avec stases viscérales. Les urines ont doublé, en 24 heures, et au bout de huit jours, les phénomènes de stase avaient disparu, la respiration était devenue facile et régulière. Les autres cas étaient peu favorables pour étudier cette action, qui néanmoins n’a pas été nulle.

Notons enfin que l’adonidine n’a jamais donné lieu à des phénomènes d’intolérance. Une fois, le malade s’est plaint de céphalalgie avec battements dans les tempes, mais il serait difficile de préciser si les inconvénients sont dus aux 4 centigr. d’adonidine qu’il avait absorbés.

(1) Semaine médicale, juin 1884.

Seule, la coïncidence de leur disparition avec la diminution de la dose, permet à la rigueur d’établir une relation de cause à effet. Pour nous qui avons suivi le malade, nous ne croyons pas à sa réalité.

En résumé, nos observations sur V adonidine nous permettent de dire que ce glucoside possède les mêmes propriétés mais à dose beaucoup moindre que l 'Adonis vernalis dont il est extrait, et dont les effets ont été constatés pour la première fois par Bubnow.

Aussi pouvons-nous dire que ce principe, à la dose de

1° Augmente la tension artérielle ;

2° Régularise les battements du cœur;

3° Diminue la fréquence du pouls ;

4° Accroît l’énergie des contractions cardiaques ;

5" Agit avec rapidité, et que son action ne se continue pas dès qu’on le supprime ;

6° Augmente rapidement la diurèse ;

7° Ne donne pas lieu à des phénomènes d’intolérance.

8° Ses indications nous paraissent être les mêmes que celles de la digitale.

L’action de l’adonidine ayant été étudiée, il sera facile de saisir les rapports que nous établirons entre elle et les autres médicaments cardiaques. Mais avant d’établir une comparaison, nous allons exposer, en les faisant suivre d’un bref commentaire, les observations que nous avons recueillies sur l’emploi de la digitale, de la caféine et du convallaria.

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