id
La malade sort sans autorisation.
Notons dans cette observation l’action diurétique de la caféine à dose peu élevée. Les urines ont augmenté de plus de 1/3 et se sont maintenues à ce chiffre. La baisse survenue le 14, n’est qu’apparente, puisque la malade avait de la diarrhée et laissait ainsi échapper une partie de ses urines au moment des selles.
Bien que la caféine ait très souvent une influence favorable sur la diurèse, il ne faudrait pas croire que cette influence soit absolument constante. On pourra voir dans les observations que nous allons donner, que le médicament s’est parfois montré infidèle.
C’est ainsi que, dans plusieurs cas de cœurs droits forcés avec œdème assez considérable, dans un cas de cirrhose atrophique du foie avec ascite, dans un autre où l’épanchement péritonéal était sous la dépendance de la turberculose, la caféine n’a eu que peu ou point d’action.
Observation XIV (Personnelle).
Cirrhose atrophique.
Désiré Débouché, 45 ans, fileur, entre le 16 juin 1884, salle Saint-Laurent, n° 6.
Cet homme a fait des excès de boisson aux colonies. Il y a 18 mois, il se sentit indisposé pour la première fois, et souffrit pendant plusieurs jours d’une douleur assez vive à l’hypocondre droit. A partir de ce moment, ses digestions devinrent difficiles, il perdit même complètement l’appétit. Le ventre était douloureux. En mai dernier, il eut plusieurs fois des épistaxis abondantes.
A son entrée, on constate que le malade est très amaigri ; il ne pèse que 68 k. 500 gr., sa face est terreuse, d’une couleur jaune sale. Le ventre est augmenté de volume, il existe un épanchement ascitique assez considérable; les veines sous-cutanées abdominales sont très dilatées. Le foie est très diminué de volume. Il existe des hémorrhoïdes internes.
Le 18 juin. M. Desplats prescrit le régime lacté intégral. Pendant 25 jours, il n’y eut pas d’amélioration notable. Les urines oscillaient de 1100 à 1400.
Le liquide de l’ascite n’a pas augmenté. La circonférence maximum du ventre est toujours de 76 cent.
Le 10 juillet, le malade réclame le régime commun; on lui fait prendre en plus 50 gr. de sucre par jour.
Le 12, il est pris de diarrhée avec coliques. Epistaxis abondantes.
Les urines sont diminuées et varient de 6 à 900 c. cub. Pendant 8 jours, cet état persiste. Les digestions étant très pénibles, on prescrit 0,50 de pepsine à chaque repas.
Le 18 juillet, le malade pèse 70 kilogr., le liquide ascitique a augmenté (Circonférence de l’abdomen 80 cent.)
Du 18 au 28, les urines ont oscillé entre 5 et 800. Les selles
sont toujours abondantes et fréquentes. L’oedème a envahi les membres inférieurs.
Le 30, le pouls est petit, dépressible, rapide, 110 [Vide tracé 87). Urines, 500. On ordonne 0, 25 de caféine.
Le 31, les urines ont doublé, 1050. Le pouls est relevé, il est ample, plus régulier toujours fréquent, 100.
Le 1er août. Urines, 900; plus de diarrhée, Pouls 104. Vomissements répétés. Glace.
Le 2. Urines, 1300 ; selles, 2; pouls, 98.
Le 3. Le malade a vomi sa caféine. Urines, 930; selles, 3; pouls, 100.
Le 4. Urines, 200; selles, 6. Pouls, 96, régulier plus ample (Vide tracé 88). La diarrhée a reparu avec les épistaxis. L’oedème des membres inférieurs augmente. Le malade souffre beaucoup de ses hémorrhoïdes. On prescrit des suppositoires
d’onguent populeum avec pot.
I Sous-nitrate de bismuth 4 gr.
| Laudanum XX gUes.
La caféine est remplacée par le vin diurétique à la dose de 40 grammes.
Août. Pouls. Urines. ' Selles.
Le 5 90 500 12
Le 6 86 550 très chargées 10
Le 7 92 450 10
Le malade s’affaiblit de plus en plus. Sa diarrhée n’a pas cédé au bismuth ni au laudanum. Du côté du rectum, il s’est établi un flux sanguin hémorrhoïdal qui l’épuise beaucoup. Le pouls est ample, bondissant et présente le plateau très net de l’athérome (Vide tracé 89). Potion avec extrait de ratanhia 2 gr.
Pouls. Urines. Selles.
Le 9 78 700, plus de diarrhée. 3
Le 10 98 faible 800 5
Jusqu’au 14, les urines ont varié entre 5 et 650 c. cubes. A
partir de ce moment, elles ont commencé à décroître de nouveau. Le sujet s’affaisse de plus en plus, sa face a un aspect squelettique. La diarrhée est incoercible, les épistaxis fréquentes. Le ventre jusque là volumineux se rétracte. Le malade meurt le 17.
L’autopsie confirme le diagnostic.
Dans cette observation, la caféine a eu une action diurétique rapide au début de son administration, mais elle n’a pas duré. Ce fait n’a pas lieu de nous étonner outre mesure, si, comme le ditM. Huchard « cette substance ne réussit pas dans les ascites dues à des cirrhoses du foie. Son administration, ajoute-t-il, est promptement suivie, sans que je sache pourquoi, de phénomènes d’intolérance, tels que vomissements » (1). Notre observation vient encore confirmer sur ce point l’assertion du judicieux médecin de l’hôpital Tenon.
L’administration de la caféine n’a pas été plus heureuse dans le cas suivant, où il s’agissait d’une ascite due à une tuberculose péritonéale. Toutefois, dans l’un comme dans l’autre, l’influence sur le pouls a été plus notable surtout dans le cas de cirrhose où l’ascension produite parle soulèvement de l’artère est devenue beaucoup plus élevée. Dans celui qui va suivre, la caféine a ralenti les battements du cœur sans en augmenter la force.
Observation XV (Personnelle).
Tuberculose pulmonaire et péritonéale. — Ascite.
Albert, Eugène, menuisier, entre le 8 août, salle St-FIonoré. Il tousse depuis huit ans, et a eu des hémoptysies à différentes
(1) Communication à la Société de thérapeutique du 26 juillet 1882, in Bulletin de thérapeutique, tome 103, p. 150.
reprises. Sueurs nocturnes abondantes. Ramollissement aux deux sommets avec caverne à droite.
Depuis 15 jours, le ventre a pris des dimensions exagérées. Ce n’est qu’au moment où les membres inférieurs commencèrent à s’œdématier qu’il se décida à entrer à l’hôpital.
Le ventre est très tendu, indolore. On aperçoit de grosses veines dilatées sous lapeau. Sensation de flot très nette à l’abdomen. Les urines sont courtes, chargées, 200 c. cub. en 24 h. Le pouls est faible, rapide, 120; on prescrit 0, 75 de caféine , comme diurétique; quinquina, julep diacodé.
Le 9 août. Urines, 300 ; pouls 90, plus ample, moins dépressible.
Urines. Pouls.
Le 10 300 92
On prescrit 20 grammes d’eau-de-vie allemande.
Urines.
Selles.
Pouls.
Le 19. Il n’y a pas de changement notable. L’oedème des jambes a diminué légèrement sous l’influence du repos. On prescrit 40 grammes de vin diurétique.
Le 20. Urines, 250 ; pouls, 100. Le malade meurt. A l’autopsie on trouve un épanchement considérable dans le péritoine farci de tubercules. Le coeur et les reins étaient normaux.
L’emploi de la caféine chez une autre tuberculeuse, présentant des accidents urémiques, a été plus heureux; mais on a dû la suspendre par suite de l’insommie qu’elle a occasionnée.
Voici d’ailleurs cette observation.
Observation XVI (Personnelle).
Tuberculose pulmonaire. — Urémie.
Descamps, Marie, 36 ans, ménagère, entrée le 10 juillet 1884, salle Saint-Joseph, n° 8.
Cette femme est déjà, depuis 3 semaines, dans le service pour sa tuberculose. Le poumon gauche est ramolli dans ses 2/3 supérieurs, le droit présente à son sommet une caverne. Elle a des sueurs profuses.
Le 4 août. Elle fut subitement prise d’une attaque d’urémie. Ses urines étaient courtes (100 gr. dans les 24 heures), chargées, albumineuses. Elle avait de la céphalée persistante etde l’œdème des membres inférieurs et supérieurs. On prescrit de la caféine à la dose de 0,50 le 6.
Le 7. Les urines sont montées à 700. Selle, 1. Caféine, 0,50.
Urines. Selles. Caféine.
Le 8 500 3 0,75
La caféine a produit de l’excitation cérébrale, onia suspend.
Selles. Urines.
Le 10 1 300
L’action de la caféine a été rapide et marquée comme diurétique. Les variations du pouls n’ont pu être prises.
Dans toutes ces observations où la caféine a eu à jouer
le principal rôle comme agent thérapeutique, il est un fait qui nous a frappé tout particulièrement c’est celui de son action puissante sur la diurèse. L’influence sur le cœur s’est aussi fait sentir, mais d’une façon beaucoup moins marquée.
Il iLen a pas été de même du convallaria dans les cas que nous allons rapporter. L’action diurétique de ce médicament m'a pas toujours été satisfaisante, mais là où elle s’est manifestée, ses effets ont été puissants, et se sont continués même après qu’il a été supprimé. Dans plusieurs cas, l’extrait de muguet a eu une influence marquée sur le cœur.
C’est à M. le professeur Desplats, qui a recueilli des observations nombreuses sur ce médicament, que nous devons plusieurs de celles qui vont suivre.
Observation XYII (Inédite). Communiquée par M. Desplats.
Insuffisance mitrale.
Descheitemier, Constance, 62 ans, ménagère, entre le 11 juin 1883, salle Saint-Louis, 9. Elle a eu il y a 13 ans, une attaque aiguë de rhumatisme; depuis cette époque, les récidives ont été moins violentes.
En ce moment, elle accuse de légères douleurs dans les membres inférieurs qui sont un peu œdématiés. Après une nuit de repos, tout gonflement disparaît mais le soir l’œdème apparaît d’une façon inconstante. Le pouls est régulier, mais faible. Pas d’hypertophie. La pointe du cœur occupe son siège normal. A l’auscultation, on entend un souffle présystolique et systolique à la pointe. Urines normales. Rien dans la poitrine.
Le 14. Il n’existe plus d’œdème. Les urines des 24 heures ont varié entre 800 et 1000 depuis l’entrée. M. Desplats prescrit 0,25 d’extrait de convallaria.
le conva.lla.ria..
XJrineB.
Le 15. 1200 cent, cubes.
21 2800, on supprime
Le 22 2600
25 2700. Lepouls n’est
pas modifié.
La malade sort sur sa demande.
Le convallaria a produit ici une action diurétique rapide et abondante, qui s’est continuée même après la cessation de l’usage du médicament. Nous regrettons que l’influence sur le cœur n’ait pas été suivie. Toutefois, elle ne paraît pas avoir été bien sensible puisqu’ après dix jours de traitement les modifications du pouls n’ont pas été notables.
Observation XVIII (Personnelle).
Insuffisance mitrale.
Maserul, Eugénie, 54 ans, journalière, entre le 8 juin 1883, salle Saint-Louis, 21.
Cette malade étant flamande, ne donne aucun renseignement sur ses antécédents. Depuis 4 semaines, elle aurait de l’oedème des jambes. Le pouls est petit et régulier. Pas de dilatation des jugulaires; dyspnée; souffle systolique rude à la pointe. Râles crépitants à la base gauche. Urines claires et albumineuses.
Le 12 juin. Il existe encore de la congestion à la base du poumon gauche. Les urines ne dépassent pas 1400 gr.
M. Desplats prescrit 0,25 d'extrait de convallaria et cinq ventouses scarifiées à la base gauche.
Urines.
Le 13 2500
22 2800. Plus de con-
vallaria, le pouls est resté petit et régulier.
Le 23 2600
Les remarques que nous avons faites au sujet de l’observation précédente peuvent s'appliquer en tout point à celle-ci : Action diurétique rapide, notable et constante, pas d’influence sur le pouls. Tels ont été ici les effets produits par le convallaria.
Cette action diurétique du convallaria ne s’observe pas toujours d’une façon si nette. On verra que dans l’observation suivante ce médicament s’est montré, nous ne dirons pas infidèle, mais au moins peu actif à ce point de vue.
Observation XIX (Communiquée par M. Desplats) (Inédite).
Néphrite sans albumine.
Vandeplantard, 42 ans, tourneur, entre le 13 novembre, salle Saint-Laurent, 21.
A la suite d’un refroidissement, le malade a eu, il y a 7 ans, des douleurs lombaires avec frissons répétés, puis survint de l’hématurie et de l’œdème. Ces symptômes d’une néphrite aiguë disparurent après quelque temps, pour se renouveler depuis, à quatre ou cinq reprises différentes. Pas d’antécédents rhumatismaux. A son entrée, on découvre une hypertrophie cardiaque coïncidant avec un souffle d’insuffisance mitrale. Le cœur descend jusqu’au Ge espace intercostal, la pointe est distante de 0,14 c. de la ligne médiane. On attribue cette double lésion à la lésion rénale antérieure. Le malade est essoufflé. Ses artères sont un peu dures. Parfois, il y a de la céphalalgie et des troubles de la vue. Le pouls est petit et irrégulier. Pas d’albumine dans les urines.
Le 17. Les urines varient en moyenne de 15 à 1600.
Urines.
Selles.
Le 18
2,onp?’es
,50 de convallaria en pilules.
Le 21
Le malade sort sans autorisation.
Le convallaria n’a pas eu (L’action diurétique notable. M. Desplats l’a employé cliez plusieurs autres sujets atteints de la même affection, sans obtenir grand succès ; aussi croit-il, que chez les brightiques, cette action est beaucoup moindre que chez les cardiaques purs (1).
Quoi qu’il en soit, même chez ces derniers, l’action sur la diurèse n’est- pas constante, nous n’en voulons pour preuve que la lecture de l’observation suivante, où le convallaria, après avoir fait monter le chiffre des urines une première fois, s’est montré impuissant la seconde. Le phénomène inverse s’est produit pour la digitale.
Observation XX (Inédite, due à M. Desplats).
Insuffisance aortique.
Vandelbecke, Henri, 44 ans, jardinier, entre le 22 novembre 1883, salle St-Laurent, 15.
Pas d’antécédents morbides. A 20 ans, cet homme fit une chute de cheval qui occasionna une contusion assez forte au niveau delà région précordiale; 6 ventouses scarifiées furent appliquées.
Il y a 6 semaines, cet homme ressentit une douleur vague au sternum avec difficulté assez grande de la respiration. Le matin il toussait et expectorait des crachats assez peu abondants.
Pas de céphalalgie ni de polyurie.
A cette époque, il resta 15 jours dans un hôpital ; ses pieds gonflaient le soir, mais le repos les ramenait à leur état normal. La moindre fatigue faisait reparaître l’oedème.
Le 22 novembre. A son entrée, on constate que le malade est amaigri. Il est dans un état de dyspnée assez intense qui le force à se tenir assis dans son lit. A l’auscultation, on entend quelques râles aux deux bases de la poitrine.
(1) In Journal des s c. mèd. de Lille. Oct. 1882.
Le cœur est hypertrophié, la pointe bat au niveau du 7° espace intercostal, à 17 cent, de l’appendice xyphoïde. Le choc précordial est très prononcé. A l’auscultation, au 1er temps etàla pointe, on entend un bruit de souffle léger. A la base il existe un souffle, plus net occupant la diastole. Il n’existe pas d’œdème; les urines sont peu abondantes, rouges et laissent déposer un sédiment grisâtre; elles ne contiennent ni sucre ni albumine. Pouls d’insuffisance aortique. Les battements de la sous-clavière sont perceptibles à la vue. Traitement : régime lacté.
Urines, 500. Selle, 1.
Le 24. M. Desplats prescrit 0,50 d’extrait de convallaria.
Le 25. La nuit a été mauvaise. Le malade a eu de l’insomnie et de la dyspnée. Le convallaria a occasionné des sueurs abondantes.
Urines, 450; selle, 1. Dépôt moins abondant dans les urines. Œdème jusqu’aux genoux.
Le 26. La dyspnée augmente. A l’auscultation du cœur, on perçoit un double souffle à la base et à gauche du sternum. A la pointe, on entend un souffle systolique et des frottements péricardiques. Urines peu abondantes, 400. Extrait de convallaria 1 gr. Chloral, 2 grammes, en potion.
Le 27. Peu de sommeil. Les urines ont doublé, 900.
Le 28. L’augmentation des urines continue (1400 c. cub.).
Etat général meilleur.
Le 29. Râles aux deux bases, plus nombreux à droite. Urines, 1500, moins claires que la veille.
Le 30. Urines, 1400. Le malade se plaint d’avoir de l’insomnie. On continue le convallaria, le chloral est remplacé par 0,05 d’extrait d’opium en pilule.
Les lor et 2 décembre. Urines, 1900.
Le 3. Le malade n’a pas eu de convallaria. Comme le pouls est fort et les urines assez abondantes, 1800, on supprime ce médicament.
Le 4. Les urines ont notablement baissé, elles n'ont atteint que le chiffre de 800 c. cubes.
Le 5. Le pouls est moins fort, on prescrit de nouveau 1 gr. de convallaria. Les urines sont foncées, presque noires, peu abondantes, 600. Le malade accuse de la dyspnée.
Le 6. Le pouls a gagné de l’amplitude, le tracé indique une as cension forte avec crochet très net d’insuffisance. Urines, 800. Vomissements. On prescrit de l’eau de Seltz.
Le 7. La dyspnée augmente, les vomissements continuent. •Urines, 750. Glace à l’intérieur.
Le 8. Urines, 600. On remplace le convallaria par 0,75 de digitale en macération.
Du 9 au 12. Pas d’amélioration; les urines n’ont pas varié. Leur chiffre oscille entre 4 et 600 cent, cubes dans les 24 heures. Le 13. Le malade a rendu des ascarides.
Le 14. On constate l’existence d’albumine dans les urines.
Le 16. Urines, 400. Le malade rend deux ascarides par la bouche. M. Desplats prescrit le 20 :
( Calomel
3 paquets de j Scille ââ 10 centigr.
( Digitale
qui occasionnèrent 10 selles dans lajournée.
Le 29. L’état général devient plus mauvais.
La dyspnée s’accentue. Le pouls est bon, on ordonne 200 gr. de café.
Le 31. Pas d’amélioration. On prescrit : caféine 0,50 en pilules. Le 1er janvier. Urines courtes, 300. Pouls, 96.
Le 3. Dyspnée intense; toux sèche; on constate l’existence d’un épanchement pleural à droite. Par la ponction on retire 900 gr. de liquide. Pouls assez bon, 90. Urines, 400.
Le 4. Rien de nouveau. Urines, 350 elles sont terreuses. Pouls, 90. Traitement : café, 200 gr.
Le 5. Urines, 350. Potion avec 4 gr. d’azotate de potasse. Le foie est augmenté de volume ; le pouls est irrégulier. La digitale est prescrite à la dose de 0,60 en macération.
Le 6. Urines, 600. Pouls plus régulier. Digitale, id.
Le 7. Urines, 650. Pouls fort, régulier.
Le 8. Urines, 300. L’oedème reste stationnaire.
Le 9. Urines, 600. On suspend la digitale.
Le 10. Dyspnée intense. Nouvelle ponction qui donne issue à 800 grammes de liquide.
Urines. Selles.
Le 12...., 1200 4
14 1700 4. Pouls fort.
Le 15. Urines non recueillies en totalité.
Le 16. Urines, 1700; selles, 4.
Le 17. Nouvel épanchement adroite; pouls fort ; urines, 1400 selles, 5.
Le 18. Vésicatoire volant à la base droite. Urines, 2500.
Le 19. Urines, 1202.
Le 20. Urines, 600. Selles, 4. L’œdème gagne les bourses. La digitale est reprise à la dose de 0,60.
Urines. Selles.
Le 21 700 3
24 600 4. On supprime la
digitale.
25 550 3. Crachats spumeux.
colorés de sang.
27 600 6. Crachats sanglants.
Le 28. Urines, 200, boueuses; selles, 4. On revient au convallaria à la dose de 1,25.
Urines . Selles .
Le 29 250 3.
30 300 id.
31 400 id.
1er février 200 4
L’œdème a encore augmenté. On remplace le convallaria par du vin scillitique, à la dose de 60 gr.
Le 2. Urines, 300. Le malade a eu des vomissements.
Le 3. Urines, 200. Etat général mauvais.
Le 4. Urines, 300. Id.
Le 5. Urines, 300. Id. Le vin scillitique est rem-
placé par 500 gr. de café.
Le 7. Le malade meurt.
A l’autopsie, on trouve des plaques d’athérome encore molles sur l’aorte. Les valvules sygmoïdes sont insuffisantes, celles de l’orifice triscupidien sont épaissies; rien aux autres orifices.
Le cœur est hypertrophié et pèse 600 gr. Le ventricule gauche est dilaté, ses parois sont épaissies ; la cloison est amincie.
Les poumons sont congestionnés aux bases.
La plèvre du côté droit présente à la partie inférieure des granulations fines avec des bourgeons charnus. Le foie est volumineux.
La rate est dure et carnifiée.
Le rein droit présente une substance corticale dure ayant l’aspect de la substance amyloïde.
Le convallaria a eu ici une action favorable sur la diurèse: de 400 les urines ont monté' jusqu’à 1900; l’effet a été obtenu lentement et avec la dose de 1 gr., il a cessé dès que le médicament a été suspendu. Le pouls est devenu fort sous l’influence de la même dose.
La deuxième fois, le pouls s’est de nouveau relevé mais les urines sont restées peu abondantes. La troisième, il n’a eu aucune action.
La digitale a rendu le pouls régulier et fort, mais n’a pas eu d’effet diurétique tout d’abord ; en dernier lieu, elle a augmenté légèrement la quantité des urines.
La caféine n’a rien produit.
Dans les trois observations qui vont suivre on remarquera l’action qu’a eue le Convallaria sur le cœur, dans
la première c’est l’asystolie qui a disparu pour faire place à des contractions plus énergiques ; le pouls qui était filiforme a repris de l’ampleur.
Dans les deux dernières, c’est le rythme qui a été avantageusement modifié.
Observation XXI (Personnelle).
Insuffisance et rétrécissement mitral. Asystolie.
Hancke, Augustine, 82 ans, ménagère, entre à l’hôpital le 30 septembre 1884,' salle St-Louis, 20.
Elle n’a aucun antécédent morbide, sauf une gêne habituelle de la respiration due à un état emphysémateux du poumon et à des restes de pleurésie ancienne.
Il y a 7 semaines à la suite d’une bronchite légère, elle fut prise de dyspnée assez intense, et dut cesser le travail du ménage auquel elle se livrait encore tous les jours malgré son grand âge. Enfin, depuis quinze jours apparut aux membres inférieurs de l’oedème qui, d’après la malade aurait débuté par la face interne des cuisses.
La dyspnée augmentait dans la position horizontale du tronc, aussi devait elle passer la nuit assise sur une chaise. L’appétit a toujours été conservé mais, l’œdème augmentant, elle se décide à entrer à l’hôpital.
A son entrée, on constate que ses lèvres sont cyanosées, leur couleur offre un contraste frappant avec la pâleur du reste de la face.
Le cœur est irrégulier, ses battements sont fréquents, 102, et mal frappés.
L’auscultation ne permet de découvrir aucun bruit de souffle. Il n’existe pas d’hypertrophie, la pointe bat dans le 5e espace intercostal à 10 cent, de la ligne médiane.
Le pouls est petit, presque imperceptible, rapide (Vicie tracé 90).
Pas de battements des jugulaires qui sont très apparentes le long du cou. Le poumon est congestionné aux deux bases surtout à gauche; ailleurs, on trouve des râles sonores et sibilants disséminés. Dyspnée intense.
L’œdème des membres est blanc, lisse et dur; il remonte jusqu’aux cuisses. Les extrémités sont froides, violacées. Les urines sont courtes, très chargées, non albumineuses. La malade a des vomissements bilieux fréquents. Traitement : café, thé alcoolisé et lait.
Lel01' octobre. Dyspnée intense la nuit; on applique 30 ventouses sèches aux deux bases. Amélioration passagère.
Les urines sont rares (300 c. cub.).
On prescrit 1 gr. d’extrait de convallaria.
Le 2. La dyspnée est moindre, les vomissements ont cessé. Le pouls a repris un peu de force; il est plus ample, régulier moins rapide ( Vide tracé 91). Les urines sont toujours courtes et ne dépassent pas 300 c. cub. dans les vingt-quatre heures. L’œdème reste stationnaire. La face est moins pâle, les lèvres sont plus colorées, les battements du cœur plus perceptibles.
On prescrit 1,50 de convallaria pour augmenter la diurèse.
Le 3. Le pouls est plus plein, 80; les battements du cœur sont mieux frappés, mais les urines n’ont pas augmenté, 350.
Le 4. Rien de nouveau pour le pouls ni pour les urines; l’œdème des jambes est devenu plus mou. Respiration moins embarrassée le jour, mais il existe encore quelques accès de dyspnée la nuit. Pour la première fois, on observe des battements dans les veines jugulaires. Pouls, 90, plein, régulier. Urines, 200, très chargées.
Le 5. Rien de particulier. Urines, 350. Pouls, 95.
Le 6. Pouls, 90. Urines, 250. On revient à la dose de 1 gr. d’extrait de muguet.
Le 7. Pouls, 84; urines, 150; selles, 2. L’œdème reste stationnaire. On prescrit, 0,50 de caféine dans le but de provoquer la diurèse. Le muguet est supprimé.
Le 8. Pouls, 78; urines, 200; selles, 2.
Le 9. Pouls, 78, moins régulier. Urines, 250; selle 1. On double la dose de caféine.
Le 10. Pouls, 84, plus ample ; urines toujours courtes et chargées (200 c. cub. dans les 24 heures). Selles, 2.
Le 1 1. Pouls, 84; urines, 200; selles, 2. L’oedème ne diminue pas.
Le 12. Urines, 150. Selles, 2. Le pouls est toujours bon.
Jusqu’au 20, l’état de la malade resta stationnaire, les urines furent peu abondantes malgré la caféine. On prescrivit alors 30 gr. de vin de Debreyne par jour (voir obs. IX pour la composition).
Sous l’influence de ce traitement, il n’y eut aucune améliorationproduite. La dyspnée alla toujours croissant, les jugulaires devinrent gorgées de sang et animées de battements très perceptibles à la vue.
L’œdème augmente, il est blanc et très mou. Il existe des eschares au sacrum et aux talons. Les urines sont toujours courtes et chargées.
A l’auscultation les bruits du cœur sont sourds, on ne perçoit aucun souffle.
Urines. Selles. Pouls.
Le 22 150 2 88 assez fort.
Le 25. Dyspnée intense ; pouls petit, rapide. La face est cyanosée. La malade meurt.
A l’autopsie, on constate ce qui suit :
Le cœur est assez volumineux quoique non hypertrophié, il pèse 450 gr. et présente une surcharge graisseuse assez considérable. Au niveau de la pointe, le myocarde est très aminci; il est remplacé par du tissu fibreux à l’intérieur sur toute l’étendue de la surface correspondante et égale à celle d’une pièce de 5 francs; il n’existe plus de colonnes charnues. L’orifice mitral seul est anormal ; il est rétréci. La base des valvules mitrales forme un anneau dur, festonné et donnant au doigt la sensation d’un rebord calcaire. En outre du rétrécissement causé par cette induration, les valvules sont insuffisantes. Le ventricule droit est dilaté.
Au poumon, vestiges de pleurésie ancienne aux deux bases avec congestion. Emphysème au sommet. Rien aux reins; foie assez volumineux et congestionné.
Dans cette observation, le convallaria a eu une action favorable sur le cœur. Il a ralenti le pouls, augmenté la tension artérielle et accru l’énergie des contractions cardiaques, mais pas plus que la caféine ni la digitale, il n’a pu influencer la diurèse.
Observation XXII (Personnelle) (Résumée).
Fièvre typhoïde ; arythmie cardiaque fébrile.
Duwer, Charles, âgé de 9 ans, entre le 30 août 1884, salle Saint-Laurent, n° 5.
Cet enfant est malade depuis 8 jours et présente tous les symptômes de la fièvre typhoïde. Pendant 6 jours, la température oscille entre 38°, 8 et 39°, 5 malgré le salicylate de soude et l’acide salicylique employés successivement à la dose de 2 gr.
Le 6 septembre. La température est à 38°, 9, mais le pouls est devenu irrégulier outre son dicrotisme qui est très net depuis deux jours. On compte 90 pulsations à la minute.
Le 7. Temp. 39°. L’irrégularité du pouls augmente et prend la forme trigéminée, 95 pulsations. Traitement : acide salicylique, 2 gr., en potion; bouillon, potage, lait.
Le 8. L’irrégularité conserve le même type que la veille. ( Vide tracé 92). Pouls, 90, T. 38°. On prescrit en outre du traitement ordinaire, 0,30 d’extrait de convallaria en potion.
Le soir à 5 heures, le pouls, est devenu absolument régulier, (Vide tracé 93) il est toujours fréquent et dicrote, 100 pulsations. Même traitement.
Le 9. Etat général un peu meilleur. Le pouls s’est ralenti, son dicrotisme est moins accentué ( Vide tracé 94) Tm 37°, 9. Tv 38°,6. Même traitement.
Le 10. Tm 37°, 5. Le pouls et toujours régulier et fort. On suspend l’acide salicylique. Le convallaria n’a pas été donné parce que le petit malade a eu des vomissements.
Le 11. Le pouls a diminué d’amplitude et bat à 84. La fièvre est tombée. On permet l’usage d’un peu de viande.
Le 12 Le convallaria a été donné la veille à la dose de 0,20; le pouls est devenu plus ample, sa régularité persiste.
Le 13. On suspend le convallaria. Pouls, 80, un peu moins fort,
L’enfant se lève. On prescrit du Malaga.
Le 16. Il suit le régime commum.
Le 28. Il sort totalement guéri.
Dans cette observation le convallaria a régularisé le cœur d’une façon parfaite et cela au bout de quelques heures seulement de son absorption. Le pouls est aussi devenu plus plein.
Quant à l’action diurétique, nous ne pouvons rien en dire, l’état du patient ne nous ayant pas permis de l’observer; toutefois les urines n’ont pas paru plus abondantes qu’avant l’administration du médicament.
L’effet dominant ici a été sans contredit la cessation rapide de l’arythmie fébrile. C’est pour ce seul fait que nous avons exposé cette observation, ainsi que celle que l’on va lire.
Observation XXIII (Personnelle) (Résumée).
Fièvre typhoïde. — Arythmie cardiaque.
Janssens, Elise, 16 ans, fileuse, entre le 30 août 1884. Salle St-Louis, n° 1.
Le début de sa maladie remonte au 25 août, elle présente en ce moment des signes non douteux de dothiénentérie avec une congestion intense aux deux bases du poumon occa-
sionnant une dyspnée intense. De plus, ses urines sont fortement albumineuses. T. 40°. Traitement : suif, de quinine 1 gr. Quatre ventouses scarifiées aux deux bases.
Le lendemain 31. Légère amélioration du côté du poumon. T. 39°, 5. Pouls dicrote, 100. On continue le sulfate de quinine, avec des bouillons, des potages et du lait comme aliments.
Du 31 août au 4 septembre, la température oscille entre 39°, 4 et 40°. Le pouls est très dicrote, fréquent, 116, et irrégulier. On prescrit 0,25 de poudre de digitale en macération [Videtracé 95).
Du 4 au 9, la fièvre persiste. Le pouls est devenu beaucoup moins fréquent, 76, mais il est toujours dicrote et très irrégulier. [Vide tracé 96). On supprime la digitale.
Le 10. Le pouls à ^conservé les mêmes caractères que la veille mais il est un peu plus fréquent, 86. On prescrit 0,40 d'extrait de muguet. A 6 heures du soir, nous prîmes le tracé de la malade à la contre-visite; il était bondissant et presque régulier. L’irrégularité était imperceptible au doigt [Vide tracé 97). Le pouls était plus fréquent que le matin, 100, mais le thermomètre marquait 40° dans l’aisselle.
Le 11. Le pouls est encore un peu irrégulier, bondissant et dicrote. On prescrit 0,50 d’extrait de muguet. L’albumine a disparu des urines.
Le 12. L’irrégularité du pouls a disparu, mais la température étant toujours très élevée, sa fréquence persiste.
Le 14. La température est descendue à 37°, 8. Le pouls a conservé sa régularité, mais il est moins ample, toujours dicrote et fréquent [Vide tracé 98). L’état général est satisfaisant.
Le 15. Le pouls reste fréquent malgré l’absence de fièvre, 92. Temp, 37°, 4.
Le 16. Le pouls commence à faiblir, le nombre de ses pulsations est toujours assez élevé, 90. On ordonne 0,50 de caféine en potion. La malade est mise sur sa demande au régime commun.
Du 17 au 22. La caféine ne produit aucune action notable. On augmente la dose de 0,25 centigr.
Le 24. Le pouls n’est plus dicrote ; il a repris son type normal quoiqu’il soit un peu dépressible. On supprime la caféine [Vide tracé 99).
Le 25. La malade sort sur sa demande.
L’emploi du convallaria dans la fièvre typhoïde n’est pas nouveau. Dans la discussion qui s’est élevée au sujet des propriétés du convallaria devant l’Académie de médecine de New-York (1er déc. 1882), le docteur Chaïrman a cité deux cas où cet agent a été employé avec succès dans son action sur le cœur.
Dans un cas, le pouls était fréquent presque imperceptible,les bruits du cœur échappaient à l’auscultation; le convallaria produisit l’accélération du cœur et le retour des bruits.
Dans un autre, il s’agissait d’un malade qu’une péritonite avait plongé dans le collapsus. Le convallaria amena l’augmentation des battements du cœur et le retour de la respiration (1).
Ici le but poursuivi était la régularisation du pouls ; il a été obtenu avec une facilité admirable. Nous n’avons pas noté de ralentissement notable des battements cardiaques ; seule, la digitale les a ramenés à leur fréquence normale mais elle a été impuissante à détruire l’arythmie.
La caféine qui a été employée en dernier lieu, n’a pas produit d’effet marqué; elle a maintenu le cœur dans l’état où il se trouvait au moment de son administration.
' Voir Gazette hebd., 23 fév. 83, page 136. Note extraite du The medical Record.