CALCULÉ* TROUVÉ
Cet acide est donc un acide monobasique, qui ne renferme pas d’eau de cristallisation. Sa formule s’exprime de la manière suivante : C 14 H 1 ' O 7 + HO.
Il est facile de voir que cet acide a la même composition que l’acide observé par M. Bromeïs ; mais, outre qu’il cristallise en octaèdres, tandis que celui de M. Broipeïs cristallise en aiguilles quadrilatères, outre cela, dis-je, la manière dont il se comporte sous l’influence de la chaleur, fait voir sans aucun doute que cet acide diffère essentiellement de l’acide observé par ce chimiste. En effet l’acide de M. Bromeïs, soumis a l’action de la chaleur, fond difficilement, et se décompose sans se sublimer. L’acide au contraire dont j’ai entrepris l’histoire fond avec beaucoup de facilité, donne un acide liquide pyrogéné, et de l’acide carbonique, sans aucun résidu. Ce sont deux acides isomériques. Il est assez difficile d’expliquer cette divergence de résultats, ayant opéré sur la même substance, et dans les mêmes conditions. Cependant on pourrait supposer que M. Bromeïs a opéré avec de l’essence de térébenthine produite par l’abies taxifolia , qui nous fournit la térébenthine de Strasbourg, tandis que moi j’aurais fait mes expériences avec de l’essence produite par le pin (Pinus marilima ), qui nous fournit la térébenthine connue dans le commerce sous le nom de térébenthine de Bordeaux. C’est une hypothèse assez probable. J’espère plus tard me procurer un échantillon certain de térébenthine de Strasbourg, préparer moimême l’essence, et examiner la valeur de cette hypothèse. Cela, je crois, mérite intérêt sous plusieurs rapports.
M. Bromeïs a nommé son acide, acide tèrébique , je nommerai le mien acide térébilique.
Ce nom aura l’avantage d’indiquer son origine, et les rapports de composition qui existe entre lui et l’acide térébique de SI. Bromeïs.
Tércbilates.
Dans les térébilates neutres l’équivalent d’eau d’hydrate de l’acide est remplacé par un équivalent de base. Tous les térébilates sont solubles, cependant les térébilates alcalins occasionnent un précipité dans les solutions de fer au maximum, (i) Les térébilates alcalins et terreux sont très solubles, et cristallissent très difficilement. Je ferai seulement l’histoire des térébilates d’argent et de plomb.
Téréliilate il’nrgcnt.
Le térébilate d’argent a pour composition un équivalent d’oxide d’argent et un équivalent d’acide térébilique ; c’est un sel parfaitement neutre, qui ne renferme pas d’eau de cristallisation. Il se représente de la manière suivante : C 14 H 9 O 7 Ag. O.
Ce sel est peu soluble dans l’eau froide; on met à profit cette propriété pour l’obtenir cristallisé. La préparation de ce sel s’exécute delà manière suivante :
On verse dans une dissolution de nitrate d’argent, d’une concentration moyenne et bien neutre,, un léger excès d’une dissolution peu étendue d’un térébilate alcalin ; on recueille sur un filtre le précipité qui se forme, on le lave avec un peu d’eau distillée froide, ensuite on le dissout dans l’eau bouillante ; par le refroidissement on obtient une
(1) Quand ces solutions sont concentrées, sinon il y a seulement coloration en rouge de sang. Ce caractère est à noter, car on sait que c’est une des propriétés de l’acide méconique mise à profit pour découvrir l’opium dans les cas de médecine légale.
cristallisation de térébilatc d’argent ; après avoir décanté l’eau-mère, on lave les cristaux avec un peu d’eau froide, puis on les sèche entre des doubles de papier Joseph; on achève la dessiccation à l’étuve, et à l’abri du contact de la lumière, car celle-ci l’altère, surtout quand il est humide. Ainsi obtenu ce sel se présente sous forme d’aiguilles quadrilatères, présentant beaucoup d’éclat. C’est de tous les térébilates celui qui s’obtient le plus facilement cristallisé.
Téréhllate de Plomb.
L’acide térébilique peut former avecToxide de plomb un sel neutre et un sel basique.
Le sel neutre, qui a pour formule C 14 II 9 O 7 + P b O, peut s’obtenir de la manière suivante : on sature une solution aqueuse d’acide térébilique par du massicot, en ayant soin que la liqueur soit légèrement acide. Après avoir filtré on évapore à une douce chaleur jusqu’en consistance sirupeuse. Par le repos il se dépose une croûte cristalline formée de cristaux très petits groupés en chou-fleur. Ce sel est blanc , très soluble dans l’eau ; il possède la saveur générale des sels de plomb solubles. Une solution aqueuse de térébilate neutre de plomb peut dissoudre une assez grande quantité d’oxide de plomb , et former un sel basique, qui ne cristallise que très difficilement.
Il est assez curieux de voir cet acide former des sels solubles avec les oxides de plomb et d’argent. C’est une propriété qui ne se rencontre pas généralement dans les acides organiques.
I*l'oduSlH lie l'action «le la elialeur sur l'aride térélillir| U r.
Depuis la publication des beaux Mémoires de M. Pelouze sur le tannin, l’acide gallique et pyrogallique, surtout sur la distillation de l’acide malique , Mémoires dans lesquels il établit cette loi si simple de la distillation blanche des acides organiques ; depuis cette publi-
cation, dis-je, beaucoup de chimistes se sont occupés de l’action de la chaleur sur ces acides, et sont venus confirmer de plus en plus la loi de M. Pelouze. ,
Si cette loi n’était pas établie d’une manière péremptoire, l’action de la chaleur sur l’acide térébilique viendrait donner un argument déplus en sa faveur; en effet, cet acide subit intégralement la distillation blanche.
Si l’on met dans une petite cornue i 5 à 20 grammes d’acide térébilique, qu’on place cette cornue au bain de sable, l’acide bout vers aoo° environ ; une ébullition assez vive se détermine dans laliqueur, et il passe à la distillation un liquide oléagineux incolore , en même temps qu’il se dégage un gaz entièrement absorbable par la potasse. Ce gaz n’est autre chose que de l’acide carbonique. Si l’expérience a été bien conduite il ne reste absolument rien dans la cornue L’acide térébilique s’est dédoublé en deux équivalents d’acide carbonique et un équivalent d’un acide pyrogéné, que nous appellerons acide pyrotérébilique.
Aehle Pyro-Térébtlique.
Nous venons de dire que quand on chauffe de l’acide térébilique dans une cornue il passait un liquide oléagineux , ce liquide n’est autre chose que l’acide pyro-térébilique ; pour l’avoir pur il est utile de le distiller de nouveau , car le courant entraîne toujours un peu d’acide térébilique dont il faut le débarrasser. Ainsi obtenu par une seconde distillation , cet acide se présente sous forme d’un liquide oléagineux, incolore, réfractant fortement la lumière, d’une odeur qui rappelle un peu l’acide butyrique ; sa saveur est mordicante , un peu éthérée ; il forme une tache blanche sur la langue; répandu sur la peau, il y produit un picotement assez désagréable ; il est encore liquide à —20% et bout au-dessus de 200°. Sa densité est un peu
plus forte que celle de l’eau distillée , ce qui est assez remarquable. Ainsi une ampoule qui contient :
à + 12*. • . . Eau. . . . 1,400) 1,414 x 100
Contient à -f- 12”. . . . Acide. . . 1.414J 1,400
Sa densité se représente donc par 101, l’eau étant représentée par îoo.
L’acide pyro-térébilique se dilate beaucoup par la chaleur; il est inaltérable à l’air. Sa solubilité dans l’eau n’est pas très forte; il faut environ 2 5 parties d’eau pour une d’acide. Il se dissout très bien dans l’alcool et l'éther.
L’analyse de cet acide m’a fourni les résultats suivants :
1,057 d’acide ont donné :
Eau .
Acide carbonique.
0,91 5 du même acide ont donné :
Eau.
Acide carbonique.
Ces deux analyses conduisent à la formule suivante , sur laquelle on pouvait compter d’une manière à peu près certaine :