PROCÉDÉ ARTHAUD ET BUTTE
D’après ce que nous venons de voir dans le chapitre précédent, aucun des procédés examinés ne paraît convenir à nos recherches. Les uns ne présentent pas assez d’exactitude, les autres sont compliqués et par suite rendent les erreurs de manipulations plus fréquentes et plus considérables.
Pour ces motifs, nous avons choisi une méthode volumétrique et vraiment clinique par sa simplicité, c’est le procédé indiqué par MM.ARTHAUD et BUTTE (1). Nousallons citer leur mémoire :
« Les auteurs ont reconnu d’abord que l'acide urique donnait avee les sels cuivreux un urate complètement insoluble. C’est d’ailleurs ce que l’on obtient en traitant à chaud par une solution d'acide urique les liqueurs cupro-potassiques. On peut même, comme l’a montré Worm-MuLLer (Pfluger's Archiv., XXVIII, 1881, et Jahr. bericht d. Thier-Chemie, XI, p. 72, 1881), doser ainsi l'acide urique avec une approximation relative. C’est sur cette propriété des sels cuivreux de former un urate insoluble que nous avons fondé notre procédé de dosage.
(1) Comptes rendus de la Société de biologie, XLI, p. 625, 1889.
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» Nous avons d’abord essayé un réactif stable tenant en solution un sel cuivreux.
» Pendant un certain temps, nous avons employé le sulfocyanure cuivreux en solution dans l'hyposulfite de soude ; actuellement nous avons vu qu'il était plus simple de transformer directement pendant la préparation du réactif un sel cuivrique en sel cuivreux, et c’est le sulfate de cuivre que nous avons choisi de préférence, parce qu'on peut facilement se le procurer pur :
» Voici la formule de notre réactif :
» Sulfate de cuivre. - . . . 1 gr. 484 » Hyÿposulfite de soude. . . . 20 gr.
» Sel de Seignette. . . . . . 40 gr.
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pour 1000 centimètres cubes.
» Au contact de l’hyposulfite de soude, le sulfate de cuivre est réduit, transformé en sel cuivreux et maintenu en cet état grâce à la présence d’un excès d’hyposulfite. Nous avons reconnu par l'expérience que l'addition du sel de Seignette était utile pour maintenir la stabilité du réactif etempêcher la formation de sulfure.
» L'expérience et le calcul ont montré qu’il fallait 1 gr. 484 de sulfate de cuivre pour précipiter 1 gramme d’acide urique; 1 centimètre cube de ce réactif précipite dans 1 milligramme
d'acide urique.
» Mode opératoire. — On précipite d’abord les phosphates à l'aide du carbonate de soude en excès. On filtre et on prélève 20 centimètres cubes sur le liquide obtenu. On met dans un verre à précipiter et on ajoute goutte à goutte le réactif contenu dans.une burette de Mohr. Il se produit dès la première goutte un trouble laiteux très apparent, auquel succède
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MEN F0 AR un précipité blanc, opalin, floconneux. Lorsqu'on voit qu’on approche de la limite, on jette sur un filtre tout le liquide contenu dans le verre, on recueille le liquide filtré et on y ajoute une goutte de réactif; s’il se forme encore un louche, on verse de nouveau sur le filtre et par des essais successifs on arrive ainsi à préciser la fin de la réaction.
» Il est bon de s’assurer que la réaction est bien terminée, et l'apparition d’une teinte bleue, après addition d’un peu d’ammoniaque et agitation à l'air, montre que la limite est dépassée.
» Ce procédé de dosage est très sensible, et dans une solution de 1 milligramme d’acide urique dans 50 cent. cubes d’eau, on note encore l'apparition de l'opalescence par l’addition du réactif. »
Il est facile de voir que le dosage par l’hyposulfite de cuivre est simple et rapide; le procédé de MM. Arthaud et Butte est vraiment un procédé clinique. Pour ces motifs seuls nous aurions pu l’adopter, mais les expériences que nous avons entreprises nous ont montré qu'il était aussi d’une sensibilité très suffisante.
Tout d’abord la difficulté de percevoir la fin de la réaction a attiré notre attention. L’ammoniaque qu’indiquent les auteurs de la méthode donne avec l’urine seule une coloration verdâtre sans addition de réactif cuivreux; il faut donc y renoncer.
Le ferricyanure de potassium nous avait paru pouvoir donner de bons résultats. Après des essais opérés avec une solution alcaline d'acide urique, nous avions obtenu une tâche rouge sur du papier trempé dans une solution concentrée de : ferricyanure de potassium, lorsque tout l’acideétait précipité. Avec l'urine nous n’avons pu obtenir la même réaction, iln’y a plus eu de coloration rouge du papier au ferricyanure. Nous sommes ici en présence de matières organiques qui masquent les réactions ordinaires et en donnent de nouvelles. Nous
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AD avons eu seulement une coloration verdàâtre, qui se manifeste aussi avec l'urine seule.
Cette absence de réactif indicateur compliquait le procédé
Arthaud et Butte et nous faisait craindre de ne pas pouvoir l'appliquer à nos recherches. |
Une étude de M. DucuxG (1), publiée l’année dernière, est venue nous permettre de tirer un excellent parti du réactif cuivreux.
M. DucuxG, en étudiant le dosage de lacide urique au moyen de l’hyposulfite de cuivre, était arrivé aux mêmes conclusions que nous sur la nécessité de réactif indicateur. Il a alors proposé d'opérer par approximations successives, en employant une solution d’acide urique comme réactif indicateur.
La liqueur d’hyposulfite cuivreux ne se conserve pas indéfiniment sans altération. Elle s’altère assez rapidement.
Déjà dans une note de M. Burre (2), publiée en 1891, il est indiqué de préparer séparément une liqueur avec 1 gr. 484 de sulfate de cuivre et une autre avec 20 grammes d’hyposulfite de soude et 40 grammes de sel de Seignette. Chaque liqueur est portée au même volume (250 ou 500 cent. cubes). On mélange, au moment de se servir du réactif, quantités égales de chacune. Le sel cuivrique se transforme instantanément en sel cuivreux. |
La formule modifiée par M. DucunG diffère de la formule primitive de MM. Arthaud et Butte par la quantité d’hyposulfite de soude et de sel Seignette, et légèrement aussi par la quantité de sulfate de cuivre.
(1) Ducung, Étude sur,le dosage clinique de l'acide urique par l'hyposulfite de cuivre. Bordeaux, 1892.— In Arch. cliniques de Bordeaux, avril
(2) Guide pratique des sciences médicales, p. 694. Paris, 1891.