DU CELIBAT DA:SS SES RAPPORTS AVEC LA POPULATION
C'est dans l'élal sauvage que se trouve la plus grande égalité possible parmi les hommes; là, les professions, les condilions sont toutes égales; chaque individu est, toiu- à tour, soldat, agriculteur, chasseur ou pécheur ; les besoins et les propriétés, tout est commun ; les travaux, ainsi que la guerre ou la paix se décident par une assemblée générale. Celui qui obtient quelque prééminence dans ccHc société , la doit surtout à la supériorité de sa force corporelle ; la jeunesse l'emporte donc sur la vieilh'sse.
Le premier pas , que fait celte société vers la civilisation, la mène à la démocratie, soit à la république; les terres 5e partagent entre les familles; tel se fait pasteur, tel laboureur : l'un et l'autre veulent abriter leurs troupeaux et leurs récoltes. Cf t autre abandonne son lot de terre pour se faire constructeur. Les propriétés ainsi fixées s'échangent, les professions se diversifient, les conditions perdent de leur égalité. Tant de transactions exigent une magistrature; quoique la guerre , encore dans son enfance, se fasse toujours corps à corps, la force corporelle perd de son asceiidaiit ; les affaîies continuent à être délibérées cl décidées en assemblée générale. Mais l'expérience des vi<i!lards commence à i'emporjcr sur la force de la jeunesse et les anciens usages sur les passions.
Cependant le chef de telle famille es! intelligent , In- }>orieux et économe; l'autre est borné, paresseux ou prodigue. L'inégalité des fortunes et par conséquent des
( 2:19 i conditions augmente ; de là, des i ichcs al des pauvres, dos protecteurs et des protégés ; une noblesse et des communes; la société arrive à l'état d'aristocratie, et la force corporelle pst réduite à un bien frcle avantage. \ l'armée même, le riclie commande et le pauvre obéit. Les délibérations publiques sont successivement soumises à des lois et à des corporations de divers degrés.
Quelques-unes des familles nobles se distinguent pendant quelque temps; mais bientôt, elles se disputent l'autorité; l'une d'elles l'emporte , concentre le pouvoir; nous voilà élevés à la monarchie et toute égalité détruite. L'autorité de la loi ou de la force commune a acquis une telle prépondérance sur toute espèce de mérite ou de force individuels que le fils de ce nouveau mOnarque, faible d'esprit comme de corps, commandera même à cette armée qui se compose de militaires d'une capacité bien supérieure à la sienne. Il est roi , ils sont sujets ; et les iuconvcniens, que présente son incapacité individuelle, sont tellement effacés par les avantages inhérens à la concentration du pouvoir et par la supériorité de civilisation qu'elle engendre, que ce souverain sera victorieux et soumettra successivi'iacnl tous les peuples ses voisins, dont la société est encore aristocratique, démocratique ou sauvage, c'est-à-dire plus ou moins dans l'enfance. Leurs pays sont conquis; les vainqueurs, il est vrai , obéissent à un seul homme, mais leur orgueil s'en console par la force qu'ils en reçoivent pour dominer les prisonniers, dont ils se font des esclaves. La royauté protég'i ainsi le pouvoir que chacun des citoyen^ exerce sur les vaincus.
On voit donc que dans l'état sauvage où la propriété est conmmne, le pouvoir est naturellement dévolu à la force , c'est-à-dire à la -euncsse. Dans la démocratie où la propriété est devenue individuelle, le pouvoir s'exerce par tous les
propriétaires; ccrUlns (rentre eux se ruinent ^ d'autres plus sages s'eniichissont et perpétuent leurs familles; le pouvoir, s'cnnobliss-iul toujours, s'attaciie à cette aristocratie. Une (le ces familles i'eiî'.porle sur les autres, le por.voir se fixe sur son chef, et dès ce uioinent est exercé par un uionarque. A oilà ranti(jullé. L'homme, livré à lui-même, certes préfère ne pas oLéir ; mais s'il y est forcé , il aime mieux porter son ohéissance à son supérieur qu'à son égd ou son inférieur.
Le christianisme arrive ; le pouvoir se divinise ; les hommes ne se voient plus obligés d'obéir qu'à Dieu; il établit un chef visible dont la suprématie dominera tous les monarques, tous les princes, toutes les puissances de la terre. 11 importe peu qu'on ait prétendu quL' ce pouvoir ne devait être que spirituel; le corps obéit à Tàme ; tel est l'ordre naturel, et II a été suivi. L'autorité temporelle a dû dépendre et a en effet dépendu de l'autorité spirituelle. Prenons l'histoire comme elle se trouve; soit légitimllé, soit usurpation de douze siècles, les papes ont souvent éJé l'arbitre des souverains, disposé de leur couronne, et cela avec l'assentiment général de l'Europe ; et encore dans ces derniers temps, lorsque Buonaparte , son vainqueur et son maître , voulut être reconnu roi de France , Il crut certainement ajouter aux droits de son épée eu recevant celle couronne des mains d'un souverain pontife. Leur empire ne s'est pas borné à protéger les têtes couronnées ; leur milice sacerdotale s'est répandw dans toute la chré'ienté, a pénétré tous les rangs de la société de cette doctrine, que le pouvoir ne vient que de Dieu. Les esclaves se sont trouvés affranchis des droits qu'un maître exerçait sur eux , el le maître des pénibles devoirs que ses esclaves et leur famille lui Iniposaient.
Ce svstènie d'existence, nouveau pniu la sccieîé, tout à
Tavantage du maître, eût été une ruine aLsolue pour i«S esclaves, si le sacerdoce catholique n'eût été voué au célibat cl n'eût ainsi mieux remplacé ce maître dans l'exécution de ses devoirs. Les pièces officielles d'aujourd'hui, d'accord avec les dénombremens des anciens , établissent que le nombre des gens qui ne laissent pas de quoi se faire enterrer, est égal à celui des esclaves dans l'antiquité et s'élève précisément aux cinq sixièmes de la population. Dans l'antiquité, chaque individu de ces cinq sixièmes, jeune ou vieux, bien portant ou malade, existait au profit ou à la charge des familles du premier sixième; ils étaient répartis entre elles dans la proportion des richesses, dt!S terres qu'elles avaient ou des professions qu'elles exerçaient. Dans les temps modernes, ce premier sixième, a été déchargé des peines et des dépenses que lui causait cette nombreuse cohue d'esclaves, dans leur vieillesse ou leur maladie n'en ont pas moins obtenu son travail à de meilleures conditions dans sa jeunesse et sa santé.
Le schisme du quinzième siècle n'a point rétabli le premier système de droits et de devoirs des maîtres et des esclaves; mais en affranchissant le sacerdoce de i'autorilé du pape et des lois du célibat, il lui a imposé d'autres devoirs et l'a distrait de ceux qu'il remplissait auparavant.
Il s'ensuit que, dans le système de l'antiquité, chaque famille du premier sixième de la population recevait dans son sein les cinq autres sixièmes, les employait et les traitait avec plus ou moins d'équité ou de caprice, de rigueur ou de paternité.
Dans le système catholique, ce premier sixième détache quelques-uns de ses membres, leur assure une existence honorable, les consacre au célibat et leur donne une éducation si élevée qu'ils forment ensuite le premier ordre de la société dans le corps politique , judiciaire et adminis-
Irallf; chacun de ses membres ainsi choisi et élevé, iudépendant de tous soins, reste exclusivement chargé de l'éducation de ces de rnicrs cinq sixièmes dans leur enfance, de leur conduite dans leur viiililé et de leur soulagement dans leur maladie ou leur vieillesse.
Dans le système protestant, le premier sixième a rejeté toutes ces difilciles fonctions sur les derniers membres qui le compose , sur des artisans sans existence dans l'ordre politique , sans influence dans la magistrature et l'adminishntiou et sans indépendance dans la vie domestique.
Ce sont donc ces d«ux derniers systèmes dont j'ai voulu tracer l'histoire dans les premiers chapitres de cet ouvrage, et pour faire sentir encore inieuv les avantages des pavs chrétiens soumis à l'autorité du pape ou de ses milices sur ceux qui ne le sont pas, j'ai essayé d'esquisser dans les chapitres suivans les effets d'un sacerdoce célibataire sur le succès de ces arts auxquels les premiers rangs de l'espèce humaine attachent tant de gloire, de pris et de jouissance ; et si le lecteur s'était , à cet égard, pénétré de ma conviction , il s'étonnerait moins de trouver des cannes à sucre dans les champs de la Sibérie qu'un artiste classique comme architecte, peintre ou musicien dans les pays protcstans.
Après avoir analvsé la puissance de l'action du sacerdoce sm- les divers rangs de la société, il me reste à développer combien il est indispensable pour la sécurité de l'ensemble, sous un point de vue (pji pourra paraître neuf, sous celui du célibat; institution qui, considérée dans ses rapports matériels, est, je crois, absolument néc»'ssaire à la prospérité et à l'existence de la société, quoique les préjugés populaires la regardent connue y étant au contraire bien nuisible.
L'effet des vérités ujorales, des lois civiles, des principes de gouvernement, a été le meuie dans tous les temps et
• ( ^33 ) "dnns tous les lieux. Le monde" iniellccturl n'est pas, ainsi que le monde matériel , susceptible de changement ou de corruption ; mais l'application de ces vérités , de ces lo-"s , de ces principes doit varier d'après les diverses périodes de la même société. Qu'importaient, par exemple, les lois sur le partage des terres , il y a trois cents ans , en France ot en Angleterre, où il n'y avait que trois cents haLitans par lieue carrée, et où les neuf dixièmes des terres restaient incultes? Personne n'était obligé de se b®rner à la petite culture , lorsqu'il lui était loisible d'étendre à volonté son enclos. Mais du moment que la France a douze cents habitans par lieue carrée, l'Angleterre quinze cents, et que l'un et l'autre pays portent encore un principe actif d'augmentation, ces lois sont devenues vitales. Les évolutions d'une armée demandent des combinaisons bien plus savantes dans un lieu resserré que dans une plaine étendue ; il n'y a que l'abondance d'espace qui nous explique les succès d'un gouvernement aussi grossier que celui de l'Amérique septentrionale.
Le corps politique n'est pas seulement un être moral; ii a des rapports physiques et, ainsi que le corps humain, il est soumis à des lois auxquelles il ne peut échapper. ïl a son enfance, sa virilité, sa maturité; il aurait sa décrépitude et sa mort , si la religion catholique ne lui assurait le privilège dont elle est douée, celui de la perpétuité. Cette assertion peut se prouver par des faits purement matériels. Qu'on se procure les registres de naissance et de mortalité teims en Europe depuis quatre cenfs ans, qu'on les soumette au calcul , ils prouveront que Taccroissement de la longévité humaine est relatif à l'accroissement de la population , et que cet accroissement a une telle influence sur l'existence de la société , qu'elle en change les rapports , les conditions et les devoirs. Je ne crois pas que jusqu'à
présent les législateurs , l»s souverains , les écrivains politiques anciens ou modernes aient connu ou pu connaître ce fait; il est certain dans tous les cas qu'ils n'i-n ont jamais développé les conséquences, et par suite ne nous ont point indiqué les moyens de profiter des avantiges ou de parer aux inconvéniens que présente celte mutation continuelle.
Depuis que l'Europe s'est civilisée dans l'ordre matériel, depuis qu'on y a mullipllé le dessèchî'ment des marais, le défrichement des landes, les plantations des terres vagues, qu'on y a aidé le cours des eaux et le courant de l'air, la vie humaine s'y est prolongée. Prenons les faits. Certains petits états de l'Europe , tels que la Suisse , les villes anséatiques, Venise et Gênes, ont tenu et conservé les registres de leurs paroisses avec la dernière exactitude; les savans se sont partout livrés à des calculs sur la population , calculs dont la justesse se prouve par l'unironnité de leurs résultats. Ils démontrent que depuis trois cents ans, la vie humaine s'«'st prolongée de six années chaque siècle : sa durée moyenne était en i5oo, de dix-huit ans; en 1600, de >ungt-q>iatre ans; en 1700, de trente, et en 1800, de trente-six. Les croisades mirent fin aux invasions dont la France était la proie ; les guerres des seigneurs entre eux connnencèrent à faire luire quelques étincelles de civilisation. Je l'ai f.ùt oliserver précédemment. Pour communiquer connue ami , allié ou ennemi , pour transporter les matériaux qni s.tvaient à construire ces châteaux forts dont nous vovous encore les ruines sur les sommets de nos coteaux, il fallut des routes, des ponts et des chaussées; les moyens de communication s'étaient déjà assez nuiltipliés pour que le royaume de France pût avoir quelque ensemble dès le commencement du seizième siècle , sous François I". C'est ce roi qui a rendu les premières ordonnances ])0ur la tenue des registres de Tetal civil. Elles ne pouvaient, du premier
abord , prévoir tous les cas, ni être exécutées strictement ; cependant les résultats que nous pouvons en tirer sont d'accord avec ce (jue nous donnent les registres tenus aujourd'hui dans les pays nouveaux.
Les lois de la population sont dépendantes de la salubrité du clii^pai ; maintenant même chacune de nos provinces présente un état différent de celui de la province voisine. Parlons d'abord de l'ensemble. Les hauteurs de la France étaient couvertes de forêts; elles attiraient tant de pluies que les plaines étaient entrecoupées par des étangs et des marais, ainsi que tous les pays qui n'ont jamais été cultivés. Le climat de la France était aussi malsain que le sont aujourd'hui les bourgs ou villages situés au bord de la mer, à l'embouchure des rivières dont le cours, tel que celui de l'Escaut, n'est point rapide. Le niéiange des eaux douces et des eaux salées produisent des miasmes funestes à la santé et à la vie de leurs habitans. Sans contredit, ces voisinages de la mer jouissent de bien plus d'aisance et même de fortune que l'intérieur du continent ; on y est donc mieux logé, nourri et habillé ; l'art de guérir y est aussi avancé qu'ailleurs, et cependant la durée moyenne de la vie n'y est que de dixhuit ans, ainsi qu'elle l'était sous François I'=^ , alors que les provinces qui constiluenl aujourd'hui la France avaient dix millions d'habitans.
Cent ans après , à la mort de Henri iv, la France était peuplée de quatorze millions d'habitans, et la vie humaine était de vingt-deux ans; cent ans après, à la fin du règne de Louis XIV , elle en avait vingt-un millions , et la vie humaine était de vingt-six ans. Enfin à présent , d'après les états publiés par le gouvernement en 1827 , ^^^*^ ^" ^ trentedeux nûllions , et la durée moyenne de la vie humaine est de de trente-un ans et demi.
11 faut s'expliquer. Toutes les personnes nJes en 17 lo ont les unes d^ns les auli'es vécu vingt-six ans.
II existe encore un petit nombre de celles qui sont nées en iy5o; mais en calculant leurs chances de longévité, on peut dire que la vie humaine a été de vingt-huit ans pour les personnes nées à celte époque. ^
En appliquant le même calcul à celles qui sont nées en 1790, nous voyons que leur vie commune a été ou sera encore plus longue de trois ans, soit de t-cnte-un ans.
Si à présent le nombre relatif d'enfans qui, en 1790, étaient morls avant rage de cinq ans, est comparé avec le nombre de ceux qui meurent depuis Tannée 182+, c'està-dire depuis cinq ans , nous voyons que ce nombre est diminué de manière qu'on peut prédire avec certitude que les naissances de 1824 produiront les tmes dans les autres plus de trente-cinq ans de vie.
Ainsi, lorsqu'on dit aujourd'hui que la vie humaine est de trente-un ans, on entend le nombre moyen d'années qu'ont vécu ou que vivront les gens nés en France depuis 1750 jusqu'à ce jour.
Le nombre d'années qui forme ime génération se calcule de la naissance des pères à celle des enfans mâles pris indistinctement dans un grand nombre. A présent les générations sont plus longues qu'autrefois , et se renouvellent moins souvent.
Un rapport basé sur les archives de Paris , vient d'être fait à l'Académie des Sciences. 11 constate que pendant le dix-huitième siècle , les générations ont duré trente- trois ans; j'ajoute que sous François 1"^ elles duraient moins de vingt-cinq ans, et qu'il en est encore ainsi aujourd'hui dans les pavs malsains de la France, et dans la presque totalité de la Hollande. Ce rapport , fait à l'Académie , ne coïncide
( 237 ) pas dans ses résultats avec les tables des mortalités en France que nous donne le bureau des Longitudes ; mais ces tables ont été dressées en 1806 sur un recensement exécuté en 1790, diaprés l'ordre de l'Assemblée constituante. Elles sont justes pour cette époque ; la seule erreur des membres du bureau des Longitudes est d'avoir pris des étoiles errantes pour des, étoiles fixes. C'est do quoi les registres de dix paroisses prises au hasard en France peuvent convaincre tout calculateur.
D'après les anciens documens que j'ai pu recueillir dans diverses provinces, il me parait positif que la longévité humaine a suivi les phases de la population ; que dans le seizième siècle, la vie humaine a été plus longue de quinze jours chaque année; dans le dix-septième, de vingt jours; dans le dix-huitième, de vingt-cinq, et enfin dans ce siècle, elle sera plus longue de trente, c'est-à-dire que tous les cnfans nés en 1828 vivront, compte commun, un mois de plus que ceux qui sont nés en 1827. La vie humaine est donc de trois ans plus longue que sous l'Assemblée constituante , et cet accroissement se divisant sur tous les âges de la vie , ne laisse pas juste un seul chiffre de ces tables.
Cet accroissement de trois ans, formant la dixième partie de la vie, se répartit sur tous les âges dans des proportions relatives. Celui qui serait mort à dix mois ne meurt qu à onze ; celui qui serait mort à trente ans no meurt qu'à trentetrois , et celui qui serait mort à soixante ne meurt qu'à soixante-six ans.
Tout homme âgé de quarante ans a donc puisé son principe de vie dans des temps antériems à la révolution ; ce qui montre la valeur qu'on doit mettre aux forfanteries qui attribuent cette longévité au nouveau bien-être du peuple. H en est de même de l'avancement dans les sciences : on no le doit qu'à trois hommes formés long-temps ayant la révo-
iution , MM. Lavoisi':'r , Lagrange et Laplace. Les plus savans do ce jour ne se donnent que pour les humbles disciples de CCS trois chefs d'école; et s'ils n'en convenaient pas, leurs collègues en conviendraient pour eux.
Des extraits épars de diverses archives ne juslifieraienf pas aux yeux des lecteurs la vdrité des assertions que je viens d'établir ; ils ne donneraient pas cet ensemble de faits que je puis prouver en présentant les pièces officielles modernes de cinq pays et qui depuis un demi-siècle tiennent et publient tous les dix ans, les registres les plus exacts; ces pays sont les Etats-Unis et la France dans leur ensemble, ensuite l'état de Vermont et le département du Calvados séparément, et enfin l'Angleterre.
Commençons par les Etats-Unis d'Amérique ; divisés en vingt-cinq provinces, il en est \-ingt d'entre elles qui importent et tiennent des esclaves. Le Tennessee, dont la population de 25,691 âmes en 1780, s'est élevée aujourd'hui dans l'espace de quarante ans, à 620,429, me paraît (•tre une exception. Nous établirons donc nos comparaisons sur la province de \ermont toute peuplée d'hommes libres,
et dont la population en 1780, était de 4-f>268
et en 1829, de 320,538
Viennent ensuite les Etats-Unis dans leur ensemble, dont
la population en 1780, était de 3,/|.7o,ooo
et aujourd'hui de 12,200,000
L'Angleterre a aggloméré depuis cinquante ans toutes les petites propriétés territoriales et détruit les chaumières eparses pour v bâtir de grandes fermes; elle s'est successivement livrée à la grande culture, et la population de ses trois royaumes qui, de l'année 1775 à 1780,
était de 10, 643, 000
s'élève en 1829, à 23,966,000
Dans l'ordre suivant, vient la France qui, marchant dans un sens inverse de celui de l'Angleterre , a passé et passe encore de l'état de grande à l'état de petite culture , et malgré les découvertes modernes en agriculture, sa population qui ,
de l'année 1770 à 1780, était de 26,000,000
n'est aujourd'hui, en 1829, que de 82,000,000
Les consommations les moins inégales parmi les hommes sont celles de la nourriture ; tel riche consomme pour ses vêtèmens plus que mille pauvres , pour son logement plus que cent milles, et pour ses équipages plus que tous ceux du globe. L'agriculture de chacun de ces quatre pays, qui nourrissait, il y a cinquante ans, quatre personnes, en nourrit aujourd'hui en France, cinq ; en Angleterre, neuf; dans l'Amérique septentrionale, quatorze; dans le Vermont, trente-deux , et dans le Tennessee , soixante , puisque ce sont les proportions dans lequel le nombre des habitans s'est augmenté dans chacun de ces Etats.
Je n'ai pu parler du mouvement de population dans le Calvados; il est mêié dans les anciens registres avec la Normandie; mais comme c'est celui où la transition de la grande à la petite ciilture a é!é la plus saillante depuis cinquante ans, ce pays nous présente d'autres phénomènes que le tableau suivant éclaircira. Il suffit de dire que les chiffres suivans sont tirés des pièces officielles publiées en Angleterre et dms les Etats-Unis; quant à la France, je les al extraits des tables l'cctinées du bureau des Longitudes , et des divers relevés qu'ont publiés les préfets ou d'autres administrateurs à des époques différentes , depuis 4-0 ans , sans que jamais ils se soient entendus ou aient pu s'entendre entre eux.
Age, f.>' 1