‹ De l'action du clergé dans les sociétés modernesChapitre 4 sur 21 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

DE L\ CHARITE EXERCEE OFFICIELLEME^ST EN ANGLETERPiF..

Loin d'être né libre , Thomme ne semble créé que pour obéir; dans son enfance , la force seule le gouverne, et seule elle le gouvernera dans un âge plus avancé, s'il ne veut se souinellre à un pouvoir plus doux, celui de la persuasion. Mais enfin, que le pouvoir, qui domine, soit celui de la force ou celui de la persuasion, toujours aura-t-il à en supporter le même poids. Le clergé catholique, pour cxer-i ccr de l'influence sur la société , n'a jamais pu employer que des moyens de persuasion; niais, du jour que son influence a été détruite , il a fallu faire faire par la force ce qu'il faisait faire par la persuasion. Cependant ce pouvoir de persuasion ne peut être exercé que par une grande supériorité d'éducation , de mœurs et d'instruction de ceux qui gouvernent sur ceux qui sont gouvernés. La force est moins exi-* géante dans ses agens ; l'administration qu'exerçait le curé, adouci par une vie contemplative, passa dans les bras nerveux de ses inférieurs , le marguillier de la paroisse, le percepteur des impôts, un inspecteur des pauvres et d'autres adjoints amenés là par une élection populaire. Ils doivent cependant être présidés par le desservant de la ] aroisse ; mais celui-ci ayant bien plus souvent à demander qu'à donner, on peut juu,er de l'influence qu'il obtient. Les hommes du premier rang de la société , tels que les pairs, les nobles^ les magistrats, les jurisconsultes, les militaires, les médecins s'en firent successivement dispenser. Ces nouveaux corps de marguillicrs, une fois constitués, reçurent des pou-

voirs relatifs à leurs nouvelles fondions. INIais comme foa» les autres corps, ils voulurent ajouter à Tétendue de leuis pouvoirs; au nombre de leurs prétentions, se trouva tantôt celle de n'avoir aucun compte à rendre à la paroisse , tantôt celle de remplir à leur choix ks vacances du corps. Soit négligence, soit indifférence, certaines paroisses ont obtempéré ; d'autres s'y sont opposées avec plus ou moins de succès. En résultat, un quart des paroisses d'Angleterre se trouve légalement et à perpétuité sous le joug de ce corps grotesque de marguilliers, et encore ce sont les paroisses les plus ]»opuleuses et les plus riches. Là, le pouvoir pouvait Justifier les efinrls qu'on faisait pour l'obtenir ; il comportait un maniement considérable de deniers publics; et son exercice , devenu perpétuel, n'a pu rester gratuit comme à l'époque de son origine.

La fondation d'une cure fut jadis regardée conmie un grand bienfait. Le produit des dîmes imposées pour la desservir paraissait, d'ailleurs, peu relatif à ce que coûtait la cousiruclion de l'église et du presbytère : les habilans du hameau, où se faisait la fondation , les payaient donc avec joie et même avec reconnaissance. Le curé en remettait un quart à ré\ èque diocésain ou au corps régulier à qui il devait sa nomination ; il en doimait mi quart à ses pauvres , un quart était destiné pour les orncmens et les réparations de l'église ; il ne s'en réservait donc qu'un quart pour son existence.

La réforme avait besoin de complices; elle s'en fit en permettant à ce curé de se marier : et afin qu'il pût nourrir sa famille, il fallut lui al)andoiint'r l('S([ualre quarts des dîmes. Les charités et les réparations de l'église finent mises à la charge des paroisses. Pour subvenir à ces charges, le corps des marguillicrs fut autorisé à établir un impôt direct en argent siu" les terres, les maisons, les usines et les manufactures.

On voit tlonc que le peuple , à celle c'poque, fui, loul aussi bien que le clergé régulier, rançonné au profit de la noblesse; car, du jour que Ton établit un impôt pour subvenir aux dépenses qui se payaient avec le produit des dîmes, les cures devinrenl lucratives ; le droit de nommer le curé put se vendre à un haut prix, et l'on a vu que les nobles étaient devenus possesseurs de la presque totalité de ces nominations. Le zèle ardent que l'histoire attribue au clergé séculier et à la noblesse anglaise à soutenir la relij^ion protestante , s'explique ici par un intérêt direct , tout aussi bien que le penchant du peuple à revenir à la religion catholique; mais il fut vaincu à la révolulion de l688. Ce n'est même que de celte époque que le système protestant a pris son développement; car si les grands édifices n'ont pu se former qu'à l'aide des siècles, il en est de même des grandes destructions : les décombres embarrassent; il faut du temps pour les déblayer. Ce n'est ni sous Elisabeth, ni sous les Siuarts que la noblesse avait pu arriver à ce degré de cynisme qui lui permet d'annoncer dans des gazettes la vente publique de l'usufruit de ses cures; ce n'est pas non plus à ces époques que les curés abandonnaient le soin de leurs troupeaux à des vicaires, et bornaient leurs discussions avec eux au partage des dîmes ; que le vicaire se mariait de son côté , établissant ses moyens d'existence sur un enseignement profane. Elisabeth elle-mcme ne l'aurait pas souffert. Son histoire , écrite par des protostans , l'a faite bien plus protestante qu'elle ne l'était. On peut dire que sous son règne l'Angleterre brûlait d'un zèle religieux; les puritains avaient mis rincendle , et l'amazone, toute fière qu'elle était , fut effrayée de cette conllagralion ; elle pencha d'abord pour les catholiques lorsque, malheureusement pour son pays , elle se brouilla avec le pape Paul iv. La réforme d'aujourd'hui ne se reconnaît donc plus elle-même

dans les ccnl cinquante premières années fie son élaljlîsse— ment. Ses niinislres se regardèrent encore long-lenipsconime res[)onsables envers la société de Tinslruclion, de la morale des pauvres et de la dispensai ion des cliarilés publiques ; mais depuis près d'un siècle les curés riches sV-tant fait remplacer par des vicaires pauvres et chargés de famille, le clergé a bien plus perdu de la confiance publi(jue que je n'ose le dire.

Les riches n'y ont guère trouvé plus d'avantages; mais comme ce n'est pas d'eux dont nous nous occupons à pré~ sent, nous allons parler de celle autorité légale qui a remplacé l'influence morale qu'exerçaient les ecclésiastiques. (J|uand le pouvoir a été ainsi établi isolement dans chaque paroisse, il n'a pu éprouver ni opposition , ni contrôle , et les marguilliers peuvent faire ce que ne peut , dans aucun pays, le souverain avec son ministère : ils décident d'abord à leur gré le montant de la dépense ; ils répartissent l'impôt qui doit y subvenir et en font ensuite eux-mêmes l'emploi. Une opinion, qu'on regarde à présent comme routinière, avait établi de tout temps que les hommes devaient être ré' glés, non -seulement dans leurs actions, mais même dans leurs pensées; ro[)iiiion moderne est qu'il faut laisser faire. Eh bien ! ou a laissé faire, et les choses eu sonl arrivées à ce point <j u' le parlement a été obligé d'interposer son autorité , qui , toute supérieure qu'elle est , a été et sera inu^ tile. D'après les enquêtes ofFuielles , il s'est trouvé que les paroisses de l'Angleterre ont prélevé et dépensé :

De lySi à 1755, annuellement 18,000,000 de francs.

De 1776 à 1780 4-2,000,000

IX' i8tn .1 i8o5 75,000,000

De i8iGà i8ur> i()7,383,575

Je j)rends une marge de dix ans sur cette dernière période , parce que c'est la seule que je vais commcuter, et

quelle comprend, comme toutes les périodes de dix ans, des années de mauvaise récolte, et conséquemment dos années de grandes adversilés: telle fut la récolîe de 1816. Mais que les récoltes soient bonnes ou mauvaises, cet accroissement d'iînpôîs jusqu'à cent quaîre-vingt-dix-sept millions n'en a pas moins paru exorbitant. 11 est vrai que dans rintervalle de ces soixante -quinze ans la population a presque doublé, et que les mêmes chiffres ne représentent pas les mêmes valeurs ; mais enfin on peut se fixer à quelques points de comparaison, et les dépenses de TEtat en présentent une assez juste. Les paroisses n'ont pas, comme lui, des dettes et par conséquent des intérêts à payer. Si nous défalquons cet objet important, nous trouvons que les dépenses de l'Angleterre s'élevaient, en lySo, à ceni vingtcinq millions , et qu'aujourd'hui elles montent à cinq cents. Cette période de soixante-quinze ans a donc produit un accroissement , dans les dépenses publiques , de un à quatre , quand celui de la dépense des paroisses a eu lieu dans la proportion de un à onze. Quelles barrières pourrait-on opposer à ce pouvoir, quand lui-même ne peut rien sur luimême, et que l'aveugle et sourde nécessité le gouverne à son gré ! Dans la période dont je parle, l'année de 1821 a ■ été celle de la plus abondante récolte ; l'impôt des paroisses n'a été que de cent soixante-treize millions. L'année 1818 a été celle de la plus grande détresse : l'impôt s'est élevé à deux cent trente-trois millions ; de manière que les malheureux habitans de la campagne ont le plus à payer aux époques où ils ont le moins de quoi le faire.

Il est en Angleterre très-peu d'iînpôts directs; la taxe , établie par l'Etat sur les terres, ne s'élève pas à présent à plus de douze millions par an ; cela s'explique facilement quand on sait que les membres des deux chambres n»* possèdent autre chose que des terres. T-,es maisons de

moins <lc huit fcncircs, celles de moins de dix louis de location , les fermes et les chaumières ne paient rien à l'Htat; tle manière que sur deux miiiions deuc cent mille maisons que conlienl le royaunjc, il on est plus de dix-huit cent mille d'affranchies de tout impôt; il n'y a donc à peu près que les maisons de ville qui soient imposées. Mais les paroisses, n'ayant aucun pouvoir Vior.; de leur enceinte, ne peuv(ml iuïposer (pje les terres, cl cela, comme je l'ai fait observer, d'autant plus fortenient que leur récolte est plus mauvaise; chaque habitant de la paroisse est dans celle bizarre situation : il est obligé de paver un impôt ou a le droit de recevoir une aumône ; et je dois dire , à l'honneur du pavs , que ce n'est qu'à la dernière extrémilé que le pauvre demande au lieu de payer. Mais on peut juger de l'état d'une paroisse qu'un ouragan ou la grêle ont , dans leurs caprices , complètement dévastée.

La taxe, que les paroisses lèvent dans les villes, se prélève au marc la livre de celle qu'on paie à l'Elat. Ainsi dans les paroisses riches, le percepteur ajoute au bordereau de l'impôt de l'Etat dix ou quinze pour cent , et dans telle paroisse pauvre de la même ville , cinquante , soixante , et j'en ai vu de quatre-vingts pour cent. Toute cette prétendue inégalité ne présente qu'un bien petit inconvénient; le propriétaire ava:it d'acheter une maison, comme le locataire avant d'en passer le bail , en connaît les conditions onércMses.

IMais il en est tout aulrenn'iit dans les campagnes, où les recettes comme les dépenses sont soumises à tant d'incertitudes, et où le nombre de ceux qui doivent payer est d'autant plus petit que le nombre de ceux qui doivent recevoir est plus grand , et ([ue les sommes sont plus ( onsidérables.

Prenant l'ensemble de l'Angleterre , les marguillitis de paroisse ont prélevé aniuiellemenl ces «li\ dernières années.

Sur les terres. . i35, 260,000

Sur les bénéfices des fermiers. . 7,800,000

Sur les îiiaisons 52,i5o,ooo

Sur les usines 3,f)H/>.r>75

Enfia voilà notre recette faite, non sans beaucoup d'assignations , de saisies de meubles, de ventes de l'écolles, le tout naturellement accompagné de toutes les angoisses et les imprécations d'usage , mais eniii la recette est faite , et celui qui y a (jontribué se croit en droit de fermer et ferme sa porte au pauvTe , et il lui ferme sa bourse, et il lui ferme son cœar, sa protecllon, ses soins, ses conseils. L'homme d'une médiocre fortune a déjà assez souffert pour la cause du pauvre ; il ne veut plus rien y sacrifier ; et ici j'en appelle à un lecteur qui aura vécu dans des campagnes catholiques, et qui aura un peu observé le mouvement intestin tles qualités, comme des faiblesses de l'ordre mltovcn de la société. La loi, dans les pays catholiques, ne fait rien pour le pauvre ; son existence dépend de la charité publique. Va-t-il faire part de ses besoins aux riches, aux grands? Non : il s'adresse à la médiocrité. Peut-être elle ne peut rien pour lui, mais son oreille l'écouîe avec bienveillance; si la médiociité a ses qualités, elle a aussi ses faiblesses. Elle accepte avec une secrète joie la mission d'être l'intermédiaire du pauvre auprès des grands: ce pauvre lui sert d'introducteur pour les aborder ; son goût et peut-être sa vanité en sont flatté . La médiocrité , arrivée près du riche, y est traitée, non-seulement avec égalité , mais avec respect; elle vient là comme une Providence. En /Angleterre rien de pareil. Les riches et les pauvres sont à jamais aussi séparés que leurs intérêts. Mais enfin , la recelte est faite ; il s'agit de pi-océder à la dépense et de voir comment la charité s'exerce quand elle s'exerce officiellement.

L'Angleterre est divisée en quarante comtés et le pavs de Galles en douze ; la force des choses a oLligé chacun de ces cinquante-deux comtés à se faire une administration centrale, et chaque paroisse doit, préalablement à toute dépense , lui payer anniu'llcmfnl une somme que les événemens seuls peuvent fixor. Celte somme s'est élevée au-delà de quinze millions, année commune, de 1816 à iSaS. Je renvoie l'analyse de leur emploi à quelques pages d'ici; il est relatif aux criminels, et il faut déduire les causes avant de parler des effets.

Le second article de dépense se compose de la réparation des chemins vicinaux et des ponts, des abreuvoirs et des puits, des églises et de leurs ornemens, d'un surplus d'émolumens aux pasteurs, et des salaires du clerc de la paroisse ou du greffier, enfin de tout ce que peut exiger la localité ; et toutes ces dépenses ne figurent dans le comp'e général que pour moins de quatre millions. A ce prix toutes les propriétés paroissiales sont bien enireienues, et l'Angleterre peut être traversée dans tous ses détours sans qu'on y éprouve un seul cahot. Il n'y a d'ailleurs que très -peu de chemins vicinaux dans un pavs où les fermes sont généralemcnl de deux ou (rois cents arpens et d'un seul tenant. Los grands propriélaircs , avant d'ailleurs leurs terres d'un seul tenant, sont si iniéressés à entretenir des cominuniralions faciles, que la plupart du temps ils préviennent les lenteurs de l'administration et réparent eux-mêmes leurs chemins vicinaux. D'ailleurs, les fermiers, par leurs baux, soql obligés de fournir ou transporter des matériaux.

Il est vrai encore qui' les réparations des églises ou l'entretien de leurs ornemens se paient par la location des bancs. D'ailleurs, on sait que la religion protestante est, poiu- sa foi, ses œuvres et son culte, d'une simplicité qui nous paraît tenir même do la nu:Ulé.

Il est un troisième article de de'pensc qui certainement fut imprévu à l'cpoquc où les marguilliers furent chargés des fonctions sacerdotales de soulager la rtiisère : ce fut la dépense de leur dîner. Elle est de beaucoup au-dessus de celle qu'occasionnent les églises et ses ornemens , îes routes et les ponts , les puils et les abreuvoirs, enfin toutes les dépenses prévues et imprévues de la paroi-se ; mais il faut qu'ils s'assemblent, soit avec les juges de paix, soit entre eux, et ces assemblées sont toujours fixées à six heures du soir dans la meilleure auberge. Ces rendez-vous coûtent annuellement près de quatre millons , comme on le verra tout à l'heure dans le compte général.

Sur les cent qualre-vingt-dit-sept millions, il en reste donc cent soixaate-dix-sept pour faire la charité; mais à qui la faire ^ Si la loi oblige chaque paroisse à nourrir ses pau^Tes , elle ne les oblige à nourrir que ses pauvres : tel est le premier objet de la délibération de notre assemblée de marguilliers.

Dans les pays catholiques, c'est surtout le curé que les fidèles chargent de répandre leurs charités; ils sentent que pour donner quelques adoucissemens à la sévérité de ses préceptes, quelques consolations à côté de ses reproches et de ses menaces, les pauvres doivent quelquefois le voir, avec un front déridé, concourir au soulagement de leurs malheurs. La sérénité de l'àme de celui qui donne se communique jusqu'à un certain point à celle du pauvre qui reçoit; il reçoit, sans honte comme sans scrupule, d'un homme sans besoin comme sans famille; ses paroissiens, qui du moins sont pourvus d'un asile, ne paraissent pas, à l'hospitalière charité du curé, avoir plus de droit h ses secours que l'étranger sans ressources ni connaissances.

Mais en Angleterre, où la charité ne peut se faire que dans les formes prescrites par la loi, et où les domiciliés

5eiils ont droit à la répartition des secours, il a fallu un code nouveau , un co.le inconnu à Tunivers. Le parlement et les tribunaiiA n'ont pas, depuis l'époque désastreuse de la réforme , vu une seule année s'écouler sans faire des actes ou rendre des jugeinens pour fixer le droit de domicile. Ç^u'on s'imagine les paroisses de cet empire en procès les unes contre les autres pour s'envoyer , se renvoyer tel indigenl, ou se faire rembourser les frais de route ou de séjour qu'il a occasionnes.

Le droit de domicile dans une paroisse s'obtient en y faisant quarante jours de résidence ; mais comme les marguilliers n'y laissent pas un pauvre tranquille quarante heures, les fonds de la paroisse sont en sûreté à cet égard. Cependant il est malade: c'est justement pourquoi il faut qu'il décampe de suite. S'il meurt, qui paiera son enterrement? Kt d'ailleurs on en a vu qui ne mouraient point dans l'ir.tervalle de leurs quarante jours, et les honiines chargés de dispenser les charilés dans les pavs protestans, ne s'exposent pas à pareils inconvéniens. Le domicile s'y obtient encore en y faisant un apprentissage, ou en y exerçant la domeslicilé un certain laps de temps , ou en v pavant un lover de dix louis, ou en possédant momentanément une propriété, ou en v remplissant un emploi gratuit , ou enfin en y avant contribu(i aux taxes paroissiales.

Mais ce sont surtout les enfans qui font l'objet des plus grandes discussions : on craint de leur laisser prendre le droit de domicile ; ils menacent de vivre plus long-temps que leurs parens. Les enfans héritent du droit de domicile de leur père, si toutefois il en avait un; mais si ce père n'en avait pas, si l'enfant est d'un promi«'r lit ; si c'est un enfant trouvé ou illégitime, s'il est ne à l'hôpital, ou en prison , ou en route , ou en mer, que dit et que peut dire la loi!' Le cas est bien aulrenuni cinbarrassant , lorsque ce

sont des enfans ou des femmes de l'Irlande ou de l'Ecosse qui font naufrage, ou arrivent sur les bords inhospitaliers de l'Angleterre; car rien de ces légales absurdités n'existe ni en Irlande, ni en Ecosse. L' Irlande pauvre a un clergé pauvre, sans dîmes, sans terres, mais un clergé catholique , conséquemment riche en inspirations charitables. L'indigence y est livrée aveuglément à la miséricordieuse administration du curé; mais ce curé ne se croirait pas obligé de payer les lettres de change de nos marguilliers anglais. C'est donc surtout contre les enfans ou les femmes enceintes que leur activité se développe avec le plus d'ar ■ deur. Qu'il en débarque une ; elle espère que le ciel adouci laissera enfin tomber sur elle quelques gouttes de sa rosée ; mais, la malheureuse , elle va être as.sailiie par un? épouyantable grêle ; attaquée d'abord par des injonctions judiciaires de partir, elle n'obéit pas, car elle n'a pas plus la force d'obéir que celle de résister. Alors elle voit arriver la co • horte des marguilliers ; elle est saisie , mise sur une char^» reltc et emmenée de cette paroisse pour aller dans la sienne, celle probablement où elle craint le plus de résider; elle n'a peut-être qu'à rougir de sa mauvaise fortune ou des fautes qu'elle y a commises.

Eh bien ! oserai-je le dire? l'Angleterre, sans le savoir, ijiérite, à l'égard du pauvre, la célèbre inscription du Dante; qu'on en juge par ce qui est arrivé à la veuve d'un chance • lier du royaume. Elle tombe dans un état absolu de misère; elle n'avait jamais fait, comme on peut se l'imaginer, constater son domicile ; £lle arrive à Londres , s'agite eu vain, et après avoir passé plusieurs nuits dans la rue, elle n'a obtenu de soulagement que par l'interruption qu'elle a involontairement donnée à une séance publique du maire de la cité , en y tombant d'inanition. On peut à présent juger des ressources que trouvent des malheureux inconnus;

il n'est pas un village en Angleterre où il ne se soit , une foi» ou l'autre, passé à cet égard des scènes qu'il me répu^^nerait de décrire. Je me regarderais coupable d'une bien grande bassesse , si ma plume vénéneuse se plaisait à raconter les anecdotes peu honorables d'un pays où j'ai reçu un asile de vin^t ans; mais encore faut-il cependant oser dire quelques vérités qui pourraient même être utiles à ceux qui en sont blessés. Et pourquoi craindrais-je de le faire, lorsqu'une nuée d'Anglais , législateurs ambulaas , semblent ne se répandre en Europe que pour y blasphémer l'astre brillant de la catholicité , au moment où il semble vouloir se lever de nouveau pour rasséréner l'espèce humaine? l*2n parlant de i'inslilulion connue sous le nom de L(uv Remm'u/ , je ne parie point d'exceptions; je parle (rune institution dont l'activité destructive est en mouvement loule lamée, tous les mois, tous les jours; d'une institution qu'on ne peut pas même nommer sauvage , car le sauvage accueille le malheureux ou le tue ; d'une inslitulion donc sans nom pour l'Europe caîholique , parce qu'elle y est, grâce à Dieu, sans exemple; iustiliilioii (jui secoue, ballotte et brise avec violence la portion la [)lus fragile de Tespèce humaine.

Et qu'on fasse attention que cette brutale institution est devenue d'une nécessité absolue par la force des choses ; car si les administrateurs de celle paroisse se déparlaient de leur impassibilité devant le malheur et suspendaient un seul moment leur froide rigueur, leur paroisse se verrait bienlot envahie par les pauvres, puis par les vagabonds et enfin par les voleurs de tout le comté ; ils ne peuvent pas même laisser aux pauvres l'immense et facile ressource de la mendicité ; les Tudors enveloppaient dans la même haine les inendians que suscita la reforme, et les moines qui les nourrissaient auparavant. Ces tyrans irriles rendirent les lois les plus cruelles contre la mendicité ; ces lois seraient tom-

bées en désuétude , ainsi que tant d'autres actes de leur fureur, si ce n'était ce malheureux droit de domicile qu'on ne veut pas laisser prendre.

La mendicité , depuis l'abolitioM de Tesclavage , est d'un ordre naturel ; les lois de la religion et de la morale qui , chez tous les peuples modernes, ordonnent aux riches de donner, supposent et en conséquence permettent que les pauvres demandent. La mendicité, en excitant et recevant l'aumône , développe la pitié et d'autres vertus chez les enfans, les domestiques, les artisans, quelquefois même chez celui qui fut pauvre et qui lui dut un pain qu'il aurait peutêtre fallu obtenir aux dépens de sa morale et de son honneur; aussi se réfugie-t-elle sous le portique des églises et non sous celui des spectacles. Elle crée une charité qui sans elle n'existerait pas et qui , déesse provisoire de l'homme que l'imprudence ou des coups inattendus ont ten-assée , mériterait des autels.

La mendicité d'ailleurs ne prouve pas, comme on le croit, la pauvreté du pays où elle existe ; elle en prouve la charité. Un pauvre n'entre pas dans cet état avec un capital qui lui permette de le continuer long-temps, s'il n'y trouve pas sa subsistance ; dans ce cas , il émigré pour des pays plus riches. Dans les temps de grandes et générales adversités, tels que fut l'année 1817, il n'y a presque plus de mendicité. Peu de gens sont en état de donner ; le peu de mendians qui peuvent travailler, travaillent ; les autres meurent de faim , et ce fait est bien plu^ commun qu'on ne le pense : les registres mortuaires de toute l'Europe, en 1817 , on font foi.

Il fut fait en Espagne, en 1767, un très-beau travail sur l'état de la population ; j'aurai besoin d'en parler. Le nombre des mendians y était de 7200. Le gouvernement rendit les lois les plus sévères contre la mendicité ; mais la faim

ne reconnaît point <]c lois , et la cLarité n'en reconnaît qu« «Inhumaines: les pauvres continuèrent à demander et les riches à donner. Le recensement , renouvelé en 1787, donna donc 7,o3o nicndians. Le goiivenieinent alors, au lieu de s'y prendre en 'J'udors , s'v prit en rlircticn : les fr»-res de Jeande-I)ieu et d'autres ordres relit^ieus furent chargés d'ouvrir des hôpitaux et des hospices pour les mendians. Dix ans après, en 1797 , leur nombre s'était réduit à 3563; les deux provinces les plus riches, celles de la Catalogne et de A alence , en avaient :uinze cenis , cl sur le même nombre d'habitans dans les provinces les plus pauvres, il n"> en avait pas au-delà de deux cents. La mendicité se fait par cmigralion ; les pays pauvres envoient des colonies dans les pavs riches et en reçoivent ainsi un tribut volontaire. Mais ces relations généreuses sont défendues en Angleterre; au milieu de tant de terreurs , le pauvre se décoiirage-t-il de chercher un changement dans son sort j ar un changement de pays? Non : Dieu a donné aux hommes l'espérance dans leur réveil , comme il leur donne les songes dans leur sommeil ; ils y croient, et ils y croient si fermement, que les frais de justice et de roule, pour remettre chez eux ceux qui avaient tenlé de porter ailleurs le spectacle de leur misère qui, en 1750, coûtaient quatre cent nulle francs, se sont montés, année comnmne de 1816 à 1820 , à douze millions et demi.

Enfin, nous voilà débarrassés des plus nécessitL'ux , rt n'ayant dépensé que trente-cinq millions; nous en avons encore cent soixante-deux pour faire la charité. Il est vrai que pas un morceau de pain n'a encore élé distribué ; mais nos margui'liers vont ertlrer en délibération et eniin exercer leur pouvoir tulélaire. Le malheur est que ces tuteurs sont déjà aguerris; quels tuteurs, grand Dieu! que des Louuncs cudurtis par les fatigues de tant de courses, à

toute heure et en toute saison , pour hanter les marchés , suivre les foires et arracher péniblement quelque lucre à la fortune , qui a aussi leurs nombreux et avides concurrens à satisfaire ! quels tuteurs pour les frêles existences des indigens, des infirmes, des malades, des incesidlés, des naufragés ! Ceux-ci paient cher les confiscations sacrilèges que firent leurs pères des biens da clergé. Quel est le premier sentiment , la première réponse de nos artisans de paroisse , quand on leur apporte la requête du pauvre? car il n'ose se présenter: « Qu'il fasse comaie nous, qu'il travaille ! » Mais si, comme vous, il avait la force morale et physique de .travailler ^ il ne serait pas pauvre. Viennent ensuite de scrupuleux examens et des reproches de sa conduite, de celle des siens, ascendans et descendans. Tel est le rude ma^ niement que doit subir la pauvreté avant d'obtenir aucune ressource. Disons que la charité est uae vertu délicate, un art diiTicIle à exercer. Le pauvre est susceptible ; il exige que celui qui donne le console de l'humiliation de recevoir ; c'est un égai-d dû à sa position. La charité , d'ailleurs, se (>laît dans l'ombre et le mystère ; mais ici toutes les misères du pauvre sont mises à nu et étalées au grand jour, et s'il reste à ce malheureux quelque principe de vie , quelque torce dans les mouvemens, ce sera toujours en résultat du travail qui lui sera offert.

Nos prévoyans administrateurs savent bien que le pauvre trouve difficilement du travail , et Ils y ont pourvu d'une manière lout-à-falt diçrnc d'eux. L'un de nos marguilliers est charpentier, l'autre est maçon ; aussi ont-ils proposé de bâtir dans chaque paroisse une maison qui serait destinée à recueillir et à faire travailler les pauvres. Le boucher, le boulanger et l'épicier, qui doivent fournir cette maison, y ont consenti ; ils nommeront même leurs parens et amis pour l'administrer.

Jusqu'à présent la justice, dans ses rigueurs, avait bien condamné à l'emprisonnentent les coupables de vol ou d'autres délits , mais elle n'avait encore condamné aux travaux forcés que les plus grands criminels. Ici ce sont des hommes humbles et innocens jusqu'à ce jour , des indigens de tout sexe , de tout âge et de toute profession , qu'on va accumuler sous la police de gens dont la volonté est arbitraire autant , il est vrai , par ignorance et indécision que par humeur. Quelquefois un homme à entreprise afferme des marguillicrs de plusieurs paroisses les pauvres en état de travailler. Je dois dire que ce contrat ne peut se faire qu'avec l'assentiment du juge de paix du canton; il a le droit de sur\'eiller la conduite du contractant; mais ce juge de paix a autre chose à faire ; il ne vit pas sur les lieux; il reste indifférent au sort de gens qu'il ne connaît pas ; souvent , en arrière de son devoir , il appartient à l'humanité et quelquefois même à l'entreprise.

L'action de notre jugement ne se réveille que par les comparaisons ; tout ce que mon lecteur a lu jusqu'à présent sur le clergé, les dîmes ou l'impôt des paroisses, n'étonne ni ne scandalise les Anglais; ils ont été élevés dans ce svstème et n'en ont jamais connu d'autre. Leurs voyageurs parcourent ou plutôt courent l'Europe pour y lechercher d'abord leurs compatriotes, leur langage, leurs préjugés, ensuite les cours, les courtisans ou quelques objets matériels d'art et d'histoire naturelle ; mais aucun d'eux n'a jamais fouillé dans les entrailles de la société , n'en a donné une esquisse même superficielle, et j'ose le dire, n'en a jamais rien vu, encore moins deviné ou même soupçonné. ()ue les Anglais aiment ou n'aiment pas leur système au sujet des pauvres, cela n'empêche donc pas qu'ils ne le «roient pris dans un ordre naturel ; leur esprit v est fait , comme leur corps aux rlialcurs do la canicule ou aux glaces tic l'hiver. L'ignomi-

nieuse iiislîluliou, qui repousse l'iiomme qu'une maladie, en accident , le manque de travail font tomber dans la misère pour le traîner quelquefois à cent lieues de distance , ne leur paraît point un acte de cruauté. Sous ce ciel brumeux et monotone que Tacite appelait citlum nebuUs fœdum, toute distraction, tout changement paraît un bien. Un Anglais ne s'imagine pas qu'on puisse être malheureux sur les grandes routes; suivant lui, les choses jusqu'ici sont ce qu'elles doivent être.

Mais il faut dire que l'institution , qui accumule les pauvres dans un même lieu pour les faire travailler, qui a ainsi établi des galères sur tous les points du royaume , fait depuis cinquante ans un objet de honte même aux sens émoussés de la charité protestante. Qu'on assemble les hommes pour travailler ou ne rien faire , pour parler ou se taire , toujours on obtiendra le môme résultat : fermentation et ensuite corruption. L'Europe , depuis quarante ans , en sait quelque chose ; aussi les juges, les administrateurs , les écrivains les plus éclairés, entre autres le célèbre Malthus ont intercédé à ce sujet l'autorité du parlement. Nombre de comités y ont donc été successivement nommés, nombre d'enquêtes faites et publiées. Je ne puis dire à mon lecteur que les rapports qui ont été faits, puisque jusqu'à présent il n'a été fait que des rapports. Les marguilliers ont triomphé des législateu;^s. Il était naturel que dix ou onze mille comités de quatre ou cinq personnes chacun , défendant leur intérêt privé , l'emportassent sur la force parlementaire ; elle les attaquait pour un bien qui n'était que public. Ecoutons cependant les doléances de ce parlement dans son enquête de 1828 : « Les maisons de travail (work houses) sont de vrais repaires pour le vice : là , des jeunes et des vieux , des gens qui jouissent d'une bonne santé comme des gens qui sont attaqués de maladies contagieuses, des pauvres

honlcuk et des vagabonds sont entasses dans la même maison, quelquefois dans la même pièce; des jeunes gens d'un esprit faible, mais dont le corur est encore pur, ont les oreilles assaillies d'imprécations, de blasphèmes et du récit de toute espèce de fraudes, de vols et de tant d'aulres actions perverses. L'idée de réunir les pauvres, pour les soutenir avec moins de dépenses, nous a menés aux plus fâcheux résultais. On n'a jamais calculé la ruine absolue de toute espèce de moralité. Conduites par de grossiers artisans, ces maisons n'ont ni ecclésiastiques, ni chapelles, ni culte ; chacune d'elles est sous un régime différent résultant du caprice de ses conducteurs. » Je n'en finirais pas si je voulais extraire des nombreux In-folios qu'a publiés le parlement depuis cinquante ans tout ce qui est relatif à ce sujet ; je croîs qu'il est moins facile de se faire une existence supportable dans ces malsons de travail que dans les prisons des pays catholiques. Si le régime dans ces dernières est sévère , du moins est-il réglé et uniforme ; du moins peut-on porter ses plaintes et ses douleurs à des hommes d'un rang supérieur dans la société. Mais ce qu'il y a d'outrageant dans le système anglais, c'est le nombre de ces prisonniers. 11 est >TaI qu'ils peuvent échanger leur prison contre le froid cl la faim ou plutôt contre la mort ; car s'ils sortent de cette prison , il faut qu'ils sortent de la paroisse.

Sur les dix ans dont je fais l'historique, l'année 1822 en a eu le nombre le moins considérable : il a été de quatrevingt-dix-huit mille cinq cent soixante ;. mais dans la malheureuse année de 181 7, le nonjbre s'est porté à cent trois mille huit cent vingt-six, et le nombre commun de celle période décennale a été de cent mi mille deux cent quarante-cinq. Leur entretien a été de trois cent cinquante francs parlêle, auxquels il faut ajouter la ridicule somme de

( 37 ) onze francs pour la proportion du produit annuel de leur travail ; les déboursés se montent donc à peu près à trentecinq millions , non compris deux millions par an pour réparer leurs vieux bâtimens et cinq de plus pour en faire de nouveaux.

Voilà donc notre première somme de cent quatre-vingtdix-sept millions réduile à cent dix-huit millions, et cela pour tenir au-delà de cent mille personnes en prison ou sur la roule des prisons , tous gens perdus pour la société comme pour eux-mêmes : ils n'oseront plus même demander à entrer dans un atelier ; ils n'auront plus même le choix de la domesticité : procurant un asile , elle exige une confiance à l'honneur de laquelle ils ne pourront prétendre.

Sur ces cent dix-huit mlllîous restans, il en a été employé quatre-vingt-un à soulager, d'une manière fixe et permanente , quatre cent quinze mille personnes, sur le pied, l'une dans l'autre , d'à peu près trois francs soixantequinze centimes payés toutes les semaines ; ce qui fait deux cents francs par an pour chacune d'elles.

Le solde est donc de trente-huit millions; il se distribue à un nombre de inalheureux s'élevant à quatre cent trente mille , mais occasionnellement et pendant la saison la plus rigoureuse.

Le total des gens ainsi secourus , joint à celui de leurs enfans, s'élève, suivant la dernière enquête parlementaire, à neuf et un quart pour cent, soit la onzièn^e partie de la population ; et cette proportion ne serait certainement pas plus considérable que dans le reste de l'Europe , si tous les pauvres y étaient compris.

Mais qu'on fasse attention que ces charités ne regardent que les gens nés en Angleterre : elle a douze millions ^t demi d'habitans. Ceux des siens, qui vont en Irlande et en

Ecosse , y parlicipent aux charités publiques tout aussi bien que les natifs; tan lis que l'Irlande, qui compte sept millions d'habilans, et l'Ecosse , qui en compte deux, sav* nt que ceux des leurs qui, établis en Angleterre, y sont atteints par la misère ou la maladie, n'y ont droit à aucune espèce de ces secours légalement accordés ; il en est de même des ouvriers étrangers dont l'Allemagne protestante fournit une si grande proportion. Cent cinquante mille matelots de navires marchands, qui n'appartiennent vraiment qu'au royaume de JSeplune , débarquent auuuellcment en Angleterre; et celte classe d'hommes, si imprudente par étal , n'a droit à aucun secours dans un pays où la charité se fait par la loi. Parmi les natifs Anglais mêmes, il en est beaucoup qui n'ont aucun droit de domicile ; et nombre de ceux qui y ont droit ne peuvent pas le prouver; les raargailliers refusent de donner des certificats, qui les exposeraient à voir arriver sur eux des lettres de change tirées par les paroisses où le porteur du certificat serait allé puiser des secours. Qu'on fasse encore attention que celle manière cruelle de faire la charité par une délibération publique éloigne tous les pauvres honteux , tous les gens qui , par leur faute , tombèrent dans la misère après avoir joui d'une certaine aisance, c'est-à-dire qu'il ne reste plus d'espoir pom- Ics gens 1rs plus à plaindre.

On a, il est vrai, la ressource de faire pour eux des sermons de charité ; il est nombre de ministres qui ne s'attachent trop fortement à aucune secte religieuse ni ne s'en détachent non plus; ceux-là font et ne font que des sermons de charité. En vrais apôtres de l'Evangile, ils offrent de paroisse en paroisse leur miséricordieuse assistance; ils s'associent aux revers comme aux succès de leur éloquence ; un pr<'dicaleur n'aura rien s'il n'attire rien , part e que la parole de Dieu ug se vend pas; mais il attire et beaucoup.

(39) Alors le prêtre vit de Taulel , et il décime la recette. Elle est de cent louis; il en touche dix, et on lui fait la politesse d^un dîner. Il faudra bien que j'en parle; en attendant, les pauvres ne décimeront pas la recette, et cela est à la lettre.

Au reste , cet impôt levé pour les pauvres, dont les Anglais font tant de bruit , quelque considérable qu'il paraisse à un comptable protestant, n'a rien qui ne soit naturel à la charité catholique. J'en prends à témoin la ville de Londres ; elle ne peut être mise en comparaison qu'avec la ville de Paris. Leur gigantesque stature attire les regards et fait conna'tre leurs proportions. Indépendamment de leurs ban'ieues , Londres contient douze cent mille âmes , et Paris huit cent mille âmes. Londres, sur la taxe qu'elle lève pour les pauvres, leur distribue annuellement 261, ooo livres sterlings, soit six millions cinq cent vingt-cinq mille francs ; et là elle s'arrête , puisqu'elle ne donne rien aux hôpitaux. Les pauvres, que comporte une population de huit cent mille âmes comme celle de Paris , reçoivent donc à Londres quatre millions trois cent cinquante mille francs; et à Paris , quoique les denrées y soient à bien meilleur marché, la ville leur paie, principalement sur le produit de ses octrois , cinq millions cinq cent soixante-dix mille francs, savoir : trois millions huit cent dix mille francs à ceux des hôpitaux dont les revenus sont insuffisans, et uu million sept cent soixante mille francs en secours à domicile.

Je laisse à part la somme donnée aux hôpitaux. Je compte les comparer bientôt à ceux de Londres; je me borne à disserter sur les secours à domicile. Que mon lecteur ne manque pas d'observer que ces 1,760,000 francs ne sont point distribués en espèces ; car les malheureux, pour se distraire quelques minutes de leurs misères, consacrent trop souvent à des débauches les aumônes ou les salaires qu'ils reçoivent eu argent ; mais ces 1,760,000 francs sont dis-

tribués en vivres, en vtïleraons, en couchers cl en cornbuslibles, achetés à de meilleures condilions que n'oblientlrait le pauvre , et accordés à la recommandation du curé , ou des dames de quartier, ou des sœurs de la charité, toutes personnes d'une éducation douce , religieuse , catholique enfin, et qui , en présentant le secours, l'accompagnent de quelques consolations pour le passé , de quelques conseils pour le présent et de quelques espérances pour l'avenir.

Il s'agit à présent de réunir en un seul tableau toutes les dépenses annuelles, en obsei-vant de nouveau qu'elles ne regardent que l'Angleterre et le pavs de Galles, et qu'elles sont prises , année commune , de 1816 à 1826.

Payé par les paroisses aux cinquante-deux administrations générales des cinquante-deux comtés , et dont l'emploi se trouvera dans un des chapitres suivans. 1 5, 522, 000 fr.

Réparations des chemins vicinaux , des abreuvoirs, surplus d'émolumens aux ministres , salaires aux clercs de paroisse , etc. ; réparations des églises , presbytères

ou cimetières 3,966,000

AssembJée desmarguilliers à dîner , soit entre eux , soit avec des juges de paix.. . . 3, 745, 000

Payé pour les instructions judiciaires , les procédures contre les pauvres et leur

translation de paroisse en paroisse 12,582,000

Réparations, agrandiâsemens et nouvelles constructions de maisons de travail, 6,794,000

Nourrlluie et entretien de ici, 245, enfermés dans les maisons de travail , déduction faite des 1,100,000 fr. qu'ils ont

gagnés 35,i32.oon

A reparler 77,741,000

Report 77,7.41,000 fr.

Secours à domicile distribués pendant toute l'année à 4i5,ooo pauvres, sur le pied de 3 francs 75 centimes par semaine, l'un portant l'autre 80,930,000

Secours à domicile donnés occasionnellement à 43o,ooo pauvres ; ce qui fait l'un dans l'autre à peu près 90 francs par an. . • 38,702,575

Total 197,373,575

Ce nombre de huit cent quarante-cinq mille indigens soulagés à domicile est pris année commune, mais il varie beaucoup : en 181 7 , il s'éleva à près de onze cent mille , et en 1822 il ne fut guère au-delà de six cent mille. Quant à celui des pamnres tenus enfermés dans les maisons de travail , il est rarement diminué ; il est au contraire toujours augmenté : on peut en juger par les nouvelles constructions portées en dépenses.

Tout ceci, aux yeux de la justice et de la raison^, doit être regardé comme bien extraordinaire : il faut cependant s'abstenir de toutes réflexions; elles pourraient paraître anticipées, puisque indépendamment des charités exercées officiellement , nous avons encore les ressources d'un nombre infini d'associations et de souscriptions publiques faites par les premières classes de la société en faveur de la dernière; nous avons les ressources des anciennes fondations catholiques , celles des nouvelles fondations protestantes et enfin celles des legs journaliers. Nous allons nous en occuper.

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