‹ De l'adénopathie trachéo-bronchique en général et en particulier dans la scrofule et la phthisie pulmonaireChapitre 20 sur 34 · C. Accès d’orthopnée · texte numérisé non relu

C. Accès d’orthopnée

Mort.

Autopsie. — Derrière le sternum, une tumeur considérable se conti nuant avec celle du cou.

Trachée-artère comprimée au niveau de sa bifurcation, au point qu’on pouvait à peine y passer l’extrémité du doigt auriculaire.

Obs. II. — Homme.

A. Tumeur du volume d’un œuf de pigeon au côté droit du cou, indolente, sans changement de couleur à la peau, entourée de ganglions engorgés.

B. Accès de suffocation.

Mort dans un de ces accès.

Autopsie. — Derrière le sternum, tumeur considérable comprimant la trachée-artère, l’origine des gros vaisseaux, et s’étendant jusqu’aux ganglions bronchiques.

Une sorte de chapelet ganglionnaire établissait une communication entre elle et celle du cou ; tous les tissus envahis par la maladie présentaient les caractères de la dégénérescence squirrheuse.

Obs. III. — Petit enfant.

A. Pleurésie.

Symptômes simulant le croup.

Mort.

Autopsie. — Derrière le sternum tumeur considérable comprimantt l’origine des bronches. Le siège et la forme de cette tumeur se mblaien indiquer qu’elle provenait du thymus.

(1) Tumeur squirrheuse, située derrière le sternum, comprimant la trachée-artère, observée chez un enfant de 8 ans, et paraissant n’èlre que le thymus dégénéré. (Recueil de la Soc. de méd. de Marseille, t. IV, p. 261, 1829.)

Après avoir rapporté ces observations l’auteur expose celle qui a fait le sujet de son travail.

Obs. IV. — Enfant âgé de 8 ans.

A. Essoufflement facile depuis sa tendre enfance.

B. Courts accès de suffocation depuis deux mois.

C. Depuis, tumeur du volume du poing de l’enfant, à droite du cou, indolente, inégale et bosselée.

D. Face très-pâle, avec teinte violacée.

E. Respiration précipitée.

F. Pouls petit, fréquent, quelquefois irrégulier.

G. Trois jours après son entrée, accès violent de dyspnée pendant cinq heures.

H. Saillie arrondie à la partie supérieure du sternum.

I. Elancement douloureux dans la poitrine au niveau de cette saillie.

J. Nouveaux accès.

Mort avec asphyxie.

Autopsie. — Derrière le sternum, au devant de la trachée-artère, tumeur grosse comme un œuf de poule aplati, avec embranchement embrassant la crosse de l’aorte, l’artère pulmonaire et s’étendant jusqu’aux ganglions bronchiques ; elle était formée par un tissu blanchâtre, homogène, difficile à déchirer, qui s’affaissait à la moindre pression, au milieu duquel on distinguait des granulations semblables à des vésicules, et dont on exprimait en le roulant un liquide laiteux.

Aucune altération de tous les autres organes si ce n’est l’état d’injection que l’on rencontre chez les sujets morts asphyxiés.

L'auteur croit que , dans cette observation , comme dans les précédentes , le thymus avait été le siège primitif de la maladie.

Il est difficile de partager entièrement cette manière de voir de l’auteur. Les obs. I et II ne paraissent guère se rapporter qu’à un engorgement des ganglions médiastinaux.

Quoi qu’il en soit, ces observations sont intéressantes : Dans toutes, on note une tumeur au cou et des accès d’oppression ; une mort rapide avec ou sans signes d’aspbyxie.

Oblitération de la veine cave supérieure (1). — Lorsque des ganglions trach-éo-bronchiques ou médiastinaux en général sont assez développés pour comprimer la veine cave supérieure el donner lieu aux symptômes de cette compression, on constate généralement un certain nombre d’autres symptômes capables d’éclairer le diagnostic. Aussi nous n’insisterons pas sur ce point.

Nous tiendrons le même raisonnement pour le rétrécissement syphilitique des bronches.

En dernier lieu, l’adénopathie étant reconnue, ainsi que sa cause et sa nature, il reste à établir quel est son siège , de quel côté et en quel point elle prédomine ou bien quels sont les organes comprimés. Nous n’avons pas à entrer ici dans cette discussion, tout ce que nous avons dit jusqu’à présent suffira pour éclairer cette partie du diagnostic.

(1) Voyez le mémoire de M. le D1' Oulmont dans le t. III, des Mémoires de la Soc. méd. d’observ.

CINQUIÈME PAHTIK

Pronostic et Traitement.

Pronostic

Le pronostic est subordonné à la cause et à la gravité des lésions, aussi est-il difficile de formuler une proposition générale dans laquelle on puisse faire rentrer tous les faits particuliers.

Tout ce que nous pouvons dire ici , c’est que le pronostic est en général sérieux, et l’on comprend facilement que la présence dans le thorax de ganglions tuméfiés et dégénérés, près de comprimer ou d’altérer profondément les organes importants qui les avoisinent, doit éveiller la la sollicitude du médecin qui sait prévoir.

Alors même que les ganglions ont acquis un volume assez grand, s’il s’agit de tumeurs ganglionnaires scrofuleuses, et qu’ils menacent d’asphyxier le malade, il y a lieu d’espérer une amélioration notable; mais il est évident qu’à un certain degré de tuméfaction et de dégénérescence, on ne peut plus guère compter que sur la disparition de l’état aigu ou de la périadénite ; et l’on voit ainsi quel danger crée toute fluxion amenée par la phlegmasie des organes dont ces ganglions dépendent.

Traitement

Le traitement est prophylactique ou curatif.

Le traitement prophylactique consiste à prévenir et à combattre énergiquement toutes les inflammations pulmonaires quelles qu’elles soient; cela est surtout utile chez les enfants et, en général, chez les personnes scrofuleuses ou lymphatiques.

La rougeole , la coqueluche méritent à ce titre des soins très-grands; aussi la convalescence ne doit-elle pas être livrée aux seuls efforts de la nature. Il faut veiller à l’état constitutionnel et agir d’après les indications qui en découlent.

Quant au traitement curatif, il consiste, 1° à combattre les complications principales, accessibles à nos moyens thérapeutiques directs ou immédiats ; 2° à combattre la cause de l’engorgement ganglionnaire.

Dans les engorgements cancéreux, dans la cachexie lymphatique, on ne pourra tout au plus que soulager momentanément le malade.

Dans la scrofuloso et même dans la tuberculose, les moyens d’action sont variés et peuvent être très-efficaces.

En dehors de tous les moyens employés avec succès dans le traitement de la tuberculose et de la scrofulose, en général, et dont nous n’avons pas à nous occuper ici en détail, nous devons signaler les diverses préparations iodées

comme très-efficaces pour combattre les engorgements ganglionnaires, tout en modifiant la constitution.

De quelque manière que l’iode agisse, ses effets nous ont paru certains, dans la plupart des cas, alors même que l’altération ganglionnaire était parvenue à un degré avancé. Danstoutephlegmasieganglionnaire, accompagnée ounon de dégénérescence (état caséeux, etc.), il faut distinguer en quelque sorte deux états pathologiques : 1° l'adénite elle-même, 2° la périadénite. Un des premiers effets du traitement, lorsque son action est réelle, est de faire disparaître l’empâtement périganglionnaire. On peut juger de cet heureux effet lorsque l’adénopathie trachéo-bronchique coïncide avec des engorgements ganglionnaires, accessibles à la vue et au toucher (au cou par exemple); ce qui se passe à l’extérieur se passe évidemment à l’intérieur (1). Quant à l’adénite elle-même, on ne peut en espérer la disparition entière que dans les engorgements simples. Nous n’insisterons pas d’avantage sur tous les points que comporte l’examen du mode d’action des médicaments dans l’adénite scrofuleuse et scrofulo-tuberculeuse. Toutes les notions acquises à se sujet pour les engorgements ganglionnaires extérieurs sont applicables à ceux des ganglions intrathoraciques.

La préparation iodée qui a paru le mieux réussir est la teinture alcoolique d'iode fraîchement préparée et non acide (10 à 12 grammes d’alcool à 90° pour 1 gramme d iode), à la dose de 1 à 20 ou 30 gouttes ou même plus, suivant les âges, l'intensité de l’affection, et la tolérance de l’économie.

On peut retirer d’excellents effets des autres prépara-

(1) Voyez Obs. VIII, p. 300.

tiens iodées : iodure de potassium (à petites doses graduellement croissantes s’il y a lieu; ; iodoforme (en pilules de 0,05 à 0,10) ; inhalations d’iode (Piorry); sirop d’iodure de fer; badigeonnage de la partie supérieure de la poitrine avec la teinture d’iode ; pommade à l’ iodure de potassium, etc.

On peut associer l’emploi de quelques-unes de ces préparations : gouttes de teinture à l’iode et badigeonnage en même temps sur le thorax avec la même préparation, ou bien onction avec pommade à l’iodure , etc.

Il est de précepte de varier le mode d’admistration de même que les doses, et de suspendre pendant quelque temps l’usage du médicament suivant l’âge, la susceptibilité de chaque sujet, la marche de la maladie, etc.

On peut obtenir d’excellents résultats avec quelques gouttes seulement de teinture d’iode prises à l'intérieur. On verse par exemple une goutte de cette teinture sur un morceau de sucre , on délaie le tout dans de l’eau simple ou de l’eau de riz (pour former de l’iodure d'amidon), et l’on fait prendre le tout au malade (M. Guéneau de Mussy). On répète cette administration deux ou trois fois par jour, et l’on augmente tous les jours d’une, deux ou trois gouttes jusqu’à un maximum fixé d’avance, puis après quelques jours de repos , on recommence.

La teinture d’iode prise à l’intérieur agit mieux que l’iodurede potassium : cette différence d action serait due, d'après M. le professeur Gubler, à ce que l'iode de la teinture se transforme en iodure de sodium, forme sous laquelle il est mieux toléré par l’économie, en vertu de cette loi d’après laquelle tous les composés a base de potasse tendent à être éliminés le plus tôt possible comme hostiles, en quelque sorte, à l’économie dans laquelle les

composés de soucie prédomineraient ou se trouveraient en plus grande affinité avec les divers tissus.

h' huile de foie de morue compte parmi les reconstituants les plus puissants dans la scrofule, soit que cette diathèse s’associe ou non à la tuberculose. Les engorgements ganglionnaires diminuent ou se résolvent assez rapidementsousson influence. A ce titre son emploi doit prendre place à côté de la teinture d’iode. La teinture a cet avantage sur l’huile de foie de morue de pouvoir être administrée en toutes saisons, tandis que l’huile dégoûte certains malades dans la saison chaude et les expose à la diarrhée.

Si les voies digestives fonctionnent bien , on pourra remplacer l’huile de foie de morue par le sirop d'iodure de fer.

Il est encore un grand nombre de préparations pharmaceutiques qui conviennent dans le traitement des constitutions lymphatiques, strumeuses et tuberculeuses. Nous renvoyons aux traités spéciaux et aux ouvrages classiques de pathologie.

On peut faire alterner l’emploi de ces diverses préparations avec celui de certaines eaux minérales, parmi lesquelles M. le Dr N. Guéneau de Mussy recommande les Eaux-Bonnes etles eauxdelaBourbou.le.ee Cette dernière, » dit cet auteur, « applicable peut-être à un plus grand « nombre de variétés morbides, est moins contre-indi- « quée par l’excitation fébrile, et a sur l’autre, en outre, c< cet avantage considérable, qu’elle conserve après le « transport ses propriétés et sa composition chimique ce inaltérées. »

On veillera en même temps à mettre le malade dans de bonnes conditions hygiéniques. On favorisera la nutrition par tous les moyens possibles , en modifiant convenablement le régime alimentaire et en conseillant, au

besoin, aux malades le séjour dans des staiions climatériques reconnues favorables à la guérison, ou à l’amélioration du lymphatisme et de la scrofule : telles sont les stations sur les bords de la mer, à l’ouest et au sud de la France, dans des sites abrités. On a vu de la sorte des malades qui, par le seul séjour dans ces localités, où ils trouvent l’air de la mer, le soleil, et l’exercice facile en plein air, récupéraient l’appétit, prenaient de l’embonpoint et voyaient se dissiper les engorgements ganglionnaires.

Lorsque la tuberculose pulmonaire complique la scrofule, et la domine même, si la réaction fébrile est minime on pourrait encore agir, surtout en vue de la scrofule, et ne pas craindre de conseiller le séjour dans un climat légèrement excitant.

Dans tous les cas, lorsqu’on a reconnu l’existence dans le thorax de ganglions notablement tuméfiés, coïncidant ou non avec l’engorgement de ganglions extrathoraciques, on devra se préoccuper de la diminution ou de la résolution rapide de ces adénites sources de souffrances et de dangers sérieux.

L’état des ganglions intrathoraciques doit d’autant plus préoccuper le médecin que dans certains cas, ces organes altérés prolongent, par leur présence, la convalescence de la tuberculose pulmonaire ou amènent des récidives déplus en plus fâcheuses. Chez un sujet atteint de tuberculose pulmonaire et d’adénopathie trachéobronchique, la tuberculose peut être améliorée par les moyens ordinaires, employés sur place, dans la localité habitée parle malade; mais l’engorgement ganglionnaire est quelquefois long à disparaître. Pendant ce temps l’hématose est troublée, la nutrition languit, et de plus il

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y a lieu de craindre des accidents de voisinage graves et variés. Dans ces cas le séjour à la Bourboule, etc., ou bien sur les bords de la mer, peut donner d’excellents résultats.

Les ganglions prennent quelquefois un développement considérable, et compriment la trachée à un tel point, que l’opération de la trachéotomie à pu se présenter à l’esprit comme le seul moyen de remédier au défaut de pénétration de l’air. L’embarras est grand parce que la compression s’étend au loin, et qu’il est facile de prévoir qu’on arrivera difficilement à augmenter même d’une minime quantité l’apport de l’air. Dans un cas d’adénie avec compression de la trachée, Trousseau et Amussat ont fait la trachéotomie et n’ont apporté que peu de soulagement au malade.

Dans l’observation du D' Hayem, la trachée et le récurrent étaient comprimés par des tumeurs cancéreuses ganglionnaires : on crut d’abord à un œdème de la glotte. Les accès de suffocation se répétèrent, l’inspiration était rauque, sifflante, pénible, ^expiration était gênée ; l’auscultation du larynx faisait entendre un bruit de cornage : une sueur froide couvrait tout le front; un jour l’accès fut violent et l’on pratiqua la trachéotomie. La canule pénétra difficilement, et l’on vit son pavillon se dévier fortement. Le malade revint à lui, mais il ne tarda pas à succomber à des attaques épileptiques continuelles.

Chez le malade de Trousseau, on fut obligé d’employer une canule de très-petite dimension ; la respiration ne devint un peu moins difficile qu’après que la canule eût franchi un obstacle. Le malade n’en succomba pas moins.

Dans la syphilis , l’adénopathie trachéo-bronchique ,

pourra céder à l’influence des préparations mercurielles associées ou non à l’iodure de potassium.

Certains symptômes pénibles, et en général, tous symptômes qui expriment la gêne de fonctions importantes doivent être amendés par une médication appropriée.

Les accès de toux coq ueluc houle doivent être modérés par le bromure de potassium, les préparations de belladone ou de ciguë, dont on variera les doses suivant l’âge des malades. On peut encore modérer la toux en badigeonnant le fond de la gorge avec une sollution concentrée de bromure de potassium (Woillez). On peut employer cette solution en gargarismes chez l’adulte.

Dans les accès d'asthme on conseille l’emploi des préparations narcotiques, etc. (Barthez et Rilliet).

L 'aphonie, dépendant d’une paralysie des cordes vocales, sera combattue en partie par l’emploi de l’électricité. Ce traitement donnera probablement des résultats plus rapides et plus satisfaisants dans l’état voilé ou rauque de la voix tenant à la même cause.

Les palpitations peuvent être calmées par les préparations de digitale.

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