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Scipion du cheval et de l’anneau quil avait reçus de la république (i). Huit sénateurs conseillent, après la défaite de Cannes, d’abandonner l’Italie, leurs noms sont omis par le célèbre Fabius dans le dénombrement annuel (a). Manlius est chassé du sénat par le sévère Caton, pour avoir porté atteinte par une action inconsidérée à la pudeur de sa jeune fille (3). Fabrici us dégrade de la dignité de sénateur un homme consulaire qui avaitété deux lois dictateur, parce qu’il avait introduit le luxe de quelque vaisselle d’argent (4). Treize sénateurs, quatre cents jeunes Romains sont privés de leur dignité pour avoir enfreint les lois de la discipline militaire, en refusant d’obéir en Sicile où des travaux leur avaient été commandés dans une pressante nécessité (5). C’était par de tels exemples de sévérité que les censeurs entretenaient dans lès mœurs romaines le zèle du bien public; l’amour de la patrie et des lois, l’estime de la pauvreté, de la continence, de toutes les vertus privées et publiques. De quel respect pour les mœurs, de quelle émulation généreuse devaient pénétrer un peuple sensible a la gloire ces spectacles annuels où l’on se plaisait à confondre la vertu avec l’honneur, le
(1) Aulu-Gelle, 4-20.
(2) Tite-Live, 27-11.
(3) Plut., in Catone.
(4) Yalcr. Max-, liv. il., chap. ix, De censorid leveriiate.
(5) Ibid.
ESSAI
vice avec l’infamie, et quels sont les châtiments corporels, quels sont les supplices dont l’aspect eût pu produire sur Famé d’un sénateur ou d’un chevalier romain une aussi profonde impression que la crainte d’une prétérition méprisante ou d’une dégradation plus honteuse encore?
Les ordres romains étaient labasede la constitution de la république. Composés parles censeurs, ils nommaient eux-mêmes les magistrats et faisaient les lois et les décrets dans les comices où régnaient en souveraines, non les passions aveugles d’une multitude inorganique, mais la sagesse et l’intelligence d’une société bien ordonnée. Aussi, quoique épuisée par son excès d’accroissement, en butte aux révoltes des peuples conquis, rongée par le cancer d’une corruption inouïe, déchirée par les factions, Rome prolongea long-temps sa douloureuse agonie, tantil yavait de vigueur dans sa constitution poli tique. Du sein des guerres civiles elle s’avançait toujours plus terrible, achevant de détruire tous les rois qui restaient encore (i). Mais du jour où César, non content de dépouiller le sénat de sa puissance, insulta à sa dignité et poussa le mépris pour cette assemblée de rois jusqu’à faire lui-même les sénatus-consultes, dès ce jour Rome cessa d’être, car sa vieille constitution fut altérée dans son essence. La censure, envahie par
(1) Montesquieu.
SLR LA CENTRALISATION.
les Métellus , lesPison, les Àppius, devint alors un instrument ou tyrannique ou ridicule, et il fut nécessaire, pour prévenir de plus grands maux, de mettre en vigueur les lois proposées par un mauvais citoyen, qui énervaient et détruisaient presque l'autorité des censeurs (i).
La division des ordres survécut cependant à la république ; mais leur indépendance effraya les empereurs qui les dépouillèrent insensiblement de tous leurs privilèges (2), Néron abolit toute distinction d'ordres et de rangs entre les citoyens romains, et courba toutes les têtes sous le niveau de la tyrannie. Sévère aggrava le mal par l'introduction des barbares dans les gardes prétoriennes; Caraealïa le consomma en étendant le droit de citoyen à tous ses sujets. Le sang romain, dit Chateaubriand (3), fut dégradé de noblesse, et, par une sorte d'égalité démocratique, tout sujet, barbare ou romain, fut admis à concourir à la tyrannie.
Uégalité politique , établie sous de tels auspices, ne fit certes ni le bonheur ni la liberté des Romains; mieux valaient avec les Caton, les Fabricius et les
(1) ttollin, Histoire romaine , tom. xn, pag. 162,
(2) Trajan lui-même, consulté par son lieutenant sureequ'it y avait à faire par rapport à une société d’ouvriers en Bythïnie , répondit : Supprimez r association ; V empire est une monarchie H dans une monarchie un seul doit pouvoir agir et délibérer*.
(2) Etudes hisU } 1-106.
ESSAI
Fabius, la distinction des ordres et l’absolutisme censorial, que légalité de la servitude et de la dégradation sous le sceptre sanglant des Caliguia et des Néron.
SUR LA CENTRALISATION-