SECTION PREMIÈRE
Des professions libres.
§ i*r. Des associations agricoles.
Les associations agricoles sont dignes, parmi toutes les antres, d’encouragement et de protection , car l’agriculture est la principale source de la richesse publique. C'est toujours de la culture des terres, c’est de cette source féconde que coulent tous les biens dont nous jouissons, et l’agriculture ne peut s’altérer sans causer des dérangements dans toutes les parties du gouvernement (i).
Ces vérités, inconnues dans les républiques de la Grèce, ne furent point étrangères au progrès de cette autre république où le dictateur Cincinnatus quittait la pourpre pour reprendre la charrue. Tous les monuments du droit public l'omain, depuis les Lois des douze tables j u s q u’a u x Novelles
(t) Essai sur la police des grains , par M. Hébert.
SUR LA CENTRALISATION
des empereurs, abondent de lois sur l’agriculture pleines de sagesse et de prévoyance.
En France, la barbarie, la féodalité, les guerres civiles ont successivement arrêté pendant plusieurs
siècles les progrès de l’agriculture. Nos premières lois agraires datent du règne de Henri iv, dont le digne ministre aimait tant à répéter : Pâturage ci labourage sont les mamelles de l’état. Mais Colbert négligea l’agriculture pour le commerce, et ce ne fut que sur la fin de l’administration du chancelier d’Aguesseau , après les désastres de la banque de Law, que les économistes quittèrent les voies mercantiles et financières pour revenir à l’agriculture.
Les administrations provinciales se montrèrent partout favorables à ces vues nouvelles. Un publiciste du dernier siècle (r) fait observer avec raison qu’un des plus grands services rendus à l'agriculture est, sans contredit, l'établissement de ces corps politiques destinés à administrer un pays; car leurs premiers regards se fixent sur l’agriculture, source de la prospérité publique.
Notre ancien système provincial nous offre, en effet, en cette matière, d’excellents modèles à imiter : c’est là qu’il faut chercher l’origine des précieux établissements que prépara en France la renaissance de l’agriculture. Ce furent les états de Bretagne qui, dans l’assemblée du ro décembre
(!) Prost (le Royer, v” Agriculture , pag.
ESSAI
ï756, formèrent , selonProstde Royer (i), la première de ces sociétés établies pour faire leur unique occupation de l'agriculture et de tout ce qui s’y rapporte. Le même publiciste attribue Fidée première de ces sociétés à Raoul Spifame, avocat du xvi" siècle, qui établit des chambres rurales , agraires et arpent aires pour gouverner et régenter la culture et fécondité des terres , composées les deux tiers de marchands et riches laboureurs y et T autre tiers de gens de lettres ayant pratiqué en cour souveraine , jugeant sans profit en dernier ressort es cas , et tout ainsi que les juges présidiaux , et le surplus îles appellations a la chambre souveraine de la police rurale (2),
Mais les procès-verbaux des étalsduLanguedoe et de la Provence prouvent qu’il y existait depuis plusieurs siècles une commission permanente d’agriculture qui servait d'intermédiaire entre les cultivateurs et l'administration publique.
L’assemblée générale des communau tés de Provence proposa de plus, en 1762, rétablissement d’une société d’agriculture dont les statuts, pareils a ceux faits pour la Bretagne, le Lyonnais, furent approuvés par un arrêt du conseil du 20 janvier 1766 (3),
(1 ) Vu Académie , pag. 502, ci v« Agriculture > pag* 575,
(2) Le Réformateur a proposé quelque chose d'analogue dans une série d’articles sur le jury bénévole*
(3) Foÿ, le Traité de V administration de la Provence, Loni* 1, p a g. 383.
S RB LA CENTRALISATION- 81
M: de Goriolis atteste l’influence de ce précieux établissement sur la conservation des bois, l’une des principales richesses de la province, sur le bon emploi des engrais et sur le développement des saines pratiques agricoles.
Des sociétés de cette nature, multipliées sur tous les points du royaume, mises en correspondance les unes avec les autres ainsi qu’avec les conseils d’administration publique, contribueraient puissamment aux progrès de l’agriculture. Des inspecteurs nommés par elles seraient chargés de visiter les propriétés, de publier les noms des agriculteurs les plus habiles et les plus laborieux, et de les désigner à des récompenses honorifiques qui seraient décernées dans des fêtes rurales. Bien plus, ces sociétés pourraient, par des statistiques comparées des méthodes, des productions, des consommations diverses, éclairer de vives lumières l’économie politique, indiquer les réformes nécessaires dans les tarifs des douanes, dans les impôts de l’intérieur, faire prévaloir l’intérêt public sur les inLrigues particulières que trament sans cesse l'égoïsme ou la faveur, et ouvrir ainsi à la France de nouvelles sources de richesses.
Que peuvent, sans le secours des associations locales, la société centrale et le conseil général d’agriculture établis auprès du gouvernement par les ordonnances de 1814 et de 1819, inutile couronnement d’un édifice qui manque de base? Peut-on espérer de quelques individus, désignés