SILENCE IMPOSÉ AU PARLEMENT
absolue de Louis XIV, et dit que le Roi voulait être obéi. « Dieu aussi veut être obéi , reprit le président Miron , et cependant il permet qu'on le prie. » Le président De la Grange, les conseillers Hollier et Le Brest parlèrent dans le même sens. Mais le Premier Président résista à toutes les instances. Louis XIV punit ceux qui avaient demandé la convocation générale des chambres. Le président Miron fut exilé à Quimper-Corentin , De la Grange à Tulle , Hollier à Pézénas , et Le Brest dans le Vivarais. Mais , à la sollicitation de l'avocat général Talon , le Roi commua leur peine, et ces parlementaires furent seulement relégués pour quelque temps dans leurs terres. Depuis ce jour, la magistrature ne tenta plus une opposition dont elle venait de reconnaître le danger. L'année suivante , Louis XIV résolut , d'après le conseil de Colbert*, de faire disparaître des registres du Parlement les dernières traces de la Fronde ^ Il manda en sa présence les députés du Parlement , et , par son ordre , le Chancelier enjoignit au Premier Président « d'oster les marques des choses qui s'estoient faictes contre son auctorité , dont les exemples seroient dangereux ^ » Le Premier Président allégua les usages , qui ne lui permettaient pas de prendre une pareille décision sans consulter le Parlement. Le Roi y consentit , et , le lendemain , 1 8 janvier 1 668 , « il passa du bonnet à ordonner que le greffier porteroit les registres au Roi^»
imprimé à Francfort-sur-Mein ; il est rédigé en allemand et porte pour second titre : Taglicher Geschichts Erzehlung. Voyez année 1668 , p. 393.
^ Voyez le Mémoire de Golbert , daté de 1665, Revue Rétrospective , 2me série , tome IV, p. 260.
* Journal d'Oliv. d'Ormesson , 2"'« partie , f» 159 recto. ^ Ibid.
* Ibid.
Le Parlement réduit au silence , tout plia sous la volonté suprême de Louis XIV. Les grands dignitaires de la couronne étaient depuis longtemps abaissés. Déjà Richelieu avait aboli les dignités de Connétable et d'Amiral , qui donnaient aux titulaires une juridiction spéciale et une autorité presque indépendante. Louis XIV supprima, à la mort du duc d'Epernon , en 1662, la place de Colonel général de l'infanterie française. On ne put enlever au comte d'Auvergne, neveu de Turenne, la dignité de Colonel général de la cavalerie ; mais son autorité fut annulée, et, selon l'expression pittoresque de Saint-Simon, « il fut nourri de couleuvres *. » Il n'y eut plus de Surintendant des finances après Fouquet. Le chancelier Séguier était affaibli par l'âge, et sa docilité servile envers tous les pouvoirs le rendait peu redoutable pour l'autorité absolue. Cependant la dignité de Chancelier paraissait trop considérable. A la mort de Pierre Séguier, en 1 672 , Louis XIV voulut supprimer cette charge, ou du moins en diminuer les attribu-' tiens. Les Mémoires d'Olivier d'Ormesson fournissent sur ce point des renseignements que je n'ai trouvés dans aucun autre historien ^ « Estant chés M"" Boullanger d'Hacqueville, il me monstra un pacquet qu'il venoit de recevoir de la part de M*" Haligre ^, qui estoit un règlement faict par le Roy, par lequel il dit que S. M. , ayant résolu de retenir les seaux , elle faict sçavoir ses intentions sur ce qu'elle entend estre observé , jusques à ce qu'elle en ait
^ Mém. de Saint-Simon, tome I", p. 243.
2 Journal d'Oliv. d'Ormesson , 2"'» partie, f" 188 verso.
3 D'Ormesson écrit indifféremment Aligre ou Haligre. Etienne Aligre fut successivement conseiller au Grand-Conseil, doyen du Conseil, Chancelier en 1674; il mourut à quatre-vingt-cinq ans, le 25 octobre 1677.