ABAISSEMENT DES GRANDES DIGNITÉS
autrement disposé ^ qu'elle donnera sceau un jour chaque sepmaine ; qu'elle a faict choix des S""^ Aligre , de Sève, Poncet , Boucherat', Pussort et Voisin , conseillers d'Estat , pour y avoir séance et voix deliberative , avec six maistres des requestes , dont elle fera choix , et choisit , pour le présent quartier, les S*"^ Barentin , Le Boullanger d'Hacqueville , Le Pelletier, de Faucon , de Lamoignon, P'iliseon. Ce règlement faict raisonner^ on ne l'approuve pas, ne pouvant pas durer longtemps, ny les affaires s'expédier. L'on dit que la raison de ce règlement est pour avoir le temps de reformer tous les abus que l'on prétend estre dans la Chancellerie et diminuer l'auctorité et la fonction de cette charge de Chancelier. Car, comme on a pris pour maxime de supprimer les grandes charges, celles de Connestable, d'Admiral, l'on veult aussy, sinon supprimer, au moins anéantir celle de Chancelier, et donner toute l'auctorité aux ministres , et , sur cela , l'on m'a dict que M"" le Prince avoit observé que l'on n'avoit supprimé ces deux grandes charges que pour faire M*" Colbert Admirai et M"" de Louvoy Connc stable, et , comme M"" Colbert faict , depuis dix ans , la principale partie de la charge de ChanceUer, en distribuant tous les employs aux maistres des requestes , en proposant seul au Roy les personnes propres pour remplir les charges qui viennent à vacquer, les donnant toutes à ses parens , comme celle de premier président de la Cour des aydes et de lieutenant civil à M*" Le Camus , et celle de procureur gênerai de la Cour des aydes à M*" du Bois, fils du premier commis de l'Espargne, son parent , de Premier Président à Rouen à M" Pellot , qui a
ï Louis Boucherat , né le 26 août 1616 , Chancelier en 1685 , mort le 2 septembre 1699.
espousé une Camus , estant le maistre de l'agreement de toutes les charges de la robbe, dont on ne peut estre pourveu d'une seule que par son ministère , à cause de la consignation du prix , M*" Colbert , qui a usurpé tout cet employ sur la charge de Chancelier, par la foiblesse du defunct , ne veut pas le perdre par l'establissement d'un nouveau Chancelier qui vouldra faire sa charge. »
Les grands officiers de la couronne, que l'on conserva , ne furent plus qu'une parure pour la royauté. Louis XIV s'en entoura dans les solennités , et les retint dans une domesticité brillante. Un passage du Journal de d'Ormesson montre à quel rôle ils étaient réduits. La cour s'était rendue à Fontainebleau pendant l'été de i 664. D'Ormesson la suivit , comme membre de la Chambre de justice. L'arrivée du légat Chigi^ au mois de juillet 1664, fut l'occasion de revues et de pompeuses cérémonies , qu'Olivier d'Ormesson retrace en grand détail ^ Je me bornerai à extraire de son Journal la description du repas que le Roi donna au légat, et où les grands officiers remplirent leurs charges^ : « Sur la table, il n'y avoit que deux couverts, celuy du Roy à la bonne place, et celuy pour le Légat quatre places au dessous, du mesme costé. Le cadenat au bout, du costé du Roy \ Le premier service de potages estant sur la table , composé de dix grands plats et de quatorze
» Ce neveu du pape Alexandre VU venait faire réparation de l'insulte qu'avait essuyée , à Rome, l'ambassadeur français.
' Parmi ces divertissements se trouve la représentation de YOthon de P. Corneille.
3 Journal dOliv. d'Ormesson , 2'»« partie , f" 61 verso.
* 11 était d'usage de conserver, dans un coffret fermé à clé , les couteaux et autres ustensiles de table. Cette coutume s'explique par le même sentiment de défiance qui faisait essayer les mets avant de les présenter au Roi.