‹ De l'administration de Louis 14 (1661-1672) d'après les mémoires inédits d'Olivier d'OrmessonChapitre 13 sur 54 · PUISSANCE DES MINISTRES · texte numérisé non relu

PUISSANCE DES MINISTRES

entièrement de l'ancienne division géographique ^ elle avait été conservée pour l'administration intérieure. Les Généralités ou circonscriptions politiques et financières de la France étaient partagées entre les quatre secrétaires d'État. Tous les quinze jours, il se tenait , en présence du Roi, un conseil des dépêches , où l'on réglait toutes les affaires relatives à l'administration intérieure du royaume. Ces décisions , prises en commun , maintenaient du moins ^ l'unité administrative. Un profond secret couvrait toutes les affaires. Louis XIV l'imposait comme une des premières conditions du gouvernement. Il demandait aussi à ses ministres l'activité et la dignité , dont il leur donnait l'exemple. « Il a fallu que je lui ordonnasse de se retirer, dit-il en parlant d'Arnault de Pomponne \ parce que tout ce qui passoit par lui perdoit de la grandeur et de la force qu'on doit avoir en exécutant les ordres d'un roi de France qui n'est pas malheureux. » Mais si Louis XIV exigeait beaucoup de ses ministres, il les comblait d'honneurs. « Il sepersuadoit, dit Saint-Simon^, que leur grandeur n'étoit que sa grandeur propre... De là^, l'autorité personnelle et particulière des ministres montée au comble jusqu'en ce qui ne regardoit ni les ordres ni le service du Roi , sous l'ombre que c'étoit la sienne^ de là, ce degré de puissance qu'ils usurpèrent ^ de là , leurs richesses immenses et les alUances qu'ils firent tous à leur choix. »

Malgré les attaques passionnées de Saint-Simon , on ne peut que louer cette vigoureuse organisation , qui concentrait dans des mains habiles et fermes l'administration de

* Mém. de Louis XIV, tome III , p. 458. ^ Mém. de Saint-Simon, tome XIII , p. 17. ^ Ibid. , p. 19.

la France. A ce pouvoir central , fortement constitué , se rattachaient plusieurs conseils, chargés d'en éclairer et d'en préparer les décisions. Le plus important était le Conseil d'État institué par Philippe-le-Long , en 1318, sous le nom de Conseil Étroit; il avait subi de nombreuses vicissitudes , qu'expliquent l'agrandissement de la France et la multiplicité des affaires. Un règlement de 1 661 le divisa en trois sections : la première , désignée spécialement sous le nom de Conseil d'État, s'occupait des questions politiques et religieuses -, la seconde , des finances : elle prenait le nom de Conseil de Direction; enfin, la troisième jugeait les évocations et autres procès réservés au Conseil d'État. On appelait cette dernière section Grand-Conseil ou Conseil des Parties. Louis XIV y siégeait quelquefois , et il engage son fils à suivre son exemple, afin de connaître par lui-même les maîtres des requêtes qui y rapportaient les procès, et parmi lesquels on choisissait ordinairement les intendants ^ Voulant établir l'unité judiciaire aussi bien que l'unité administrative , Louis XIV attribua au Gra id Co iseil une autorité supérieure à celle des Parlements -. « Je leur défendis de donner des arrêts contraires à ceux de mon Conseil , sous quelque prétexte que ce pût être l »

Pour que l'autorité centrale fût partout présente et promptement obéie , il fallait des magistrats chargés de porter dans les provinces les volontés royales, et analogues aux Missi dominici de Charlemagne, aux Enquesteurs royaux de Saint-Louis. Le Roi les trouva dans les

' Mèm. de Louis XIV, tome II , p. 31 . ^ Ibid. , lomc 1", p. 49.

^ Ibid. , p. 4y-i)0.

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