‹ De l'administration de Louis 14 (1661-1672) d'après les mémoires inédits d'Olivier d'OrmessonChapitre 14 sur 54 · MAITRES DES REQUÊTES · texte numérisé non relu

MAITRES DES REQUÊTES

maîtres des requêtes. Ces magistrats remontaient à une époque fort ancienne. Lorsque les Rois n'avaient plus reçu eux-mêmes les requêtes de leurs sujets ni rendu une justice sommaire , comme le faisait Saint-Louis sous le chêne de Vincennes , ils avaient chargé quelques jurisconsultes de tenir les Plaids de la porte. Les anciens comptes de la maison du Roi , cités par Du Gange \ prouvent que , dès le XIIP siècle , il y avait, à la suite du Roi , des maîtres des requêtes chargés de juger les officiers de l'Hôtel et de rapporter dans le conseil du souverain les requêtes qu'on lui présentait. A l'époque de l'organisation définitive du Parlement de Paris par Philippele-Bel (1302), ce prince institua une Chambre des requêtes , et , dans la suite , les maîtres des requêtes se firent toujours honneur d'appartenir au Parlementa Au XVI® siècle , la vénalité des charges multiplia les offices de maîtres des requêtes -, ils furent divisés en quatre sections et siégèrent par quartier. Cette organisation subsistait encore du temps de Louis XIV. Rapporteurs au Conseil d'État, juges souverains pour les procès qui ressortissaient aux Requêtes de l'Hôtel , commissaires délégués pour les Intendances et les Grands Jours , ils étaient partout les agents directs de la puissance centrale. Déjà, au XVT siècle , l'ordonnance de Moulins Meur enjoignait de faire

ï Voyez Du Gange , Dissertation sur les Plaids de la porte , à la suite de son édition de Joinville.

2 Les Mémoires d'Oliv. d'Ormesson en fournissent la preuve. Dans les séances solennelles du Parlement, d'Ormesson siégeait tantôt en robe de satin, comme maître des requêtes , tantôt en robe rouge, comme membre du Parlement.

3 Voyez rarticle 7 de rordonnance de Moulins, tome XIV du RecMd/ des anciennes Lois françaises , p. 89 et suiv.

leurs chevauchées , pour s'assurer de Texécution des lois. Colbert engagea Louis XIV à se servir, dans le même but, des maîtres des requêtes % et les Mémoires d'Olivier d'Ormesson prouvent que ce conseil fut suivi. « M'^le Chancelier ^ ne demandant l'advis précisément qu'aux maistres des requestes a dict, que Messieurs (les conseillers d'Etat) ne dévoient pas s'en estonner, parceque le Roy luy en avoit renouvelle l'ordre depuis huict jours, en attendantqu'il eutfaictun règlement-, que M''^ les M'^<^ desReq*^* voioient que leurs charges estoient plus relevées que jamais ^ qu'ils estoient appelles au Conseil de la reformation de la Justice ^ qu'on leur donnoit les Intendances des provinces ; qu'outre ce on en envoieroit un dans chacun Parlement et qu'ils feroient sans doute comme Messieurs des Grands Jours , qui ne prennent point de vacations 5 que le Roy vouloit connoistre tous Messieurs les maistres des requestes par luy-mesme , et souhaittoit que Messieurs les doiens des quartiers l'allassent veoir en particulier. » On trouve dans les Mémoires de d'Ormesson, à la date du 12 décembre 1665, la preuve que des maîtres des requêtes avaient été réellement chargés de se rendre près des principaux Parlements pour s'assurer de l'exécution des lois. « J'appris que l'on envoioit M*" Poncet le fils à Bordeaux pour la reformation de la Justice -, M*" Bignon , à Pau ^ M^ Mole , à Dijon l »

Le même motif fit renouveler la tenue des Grands Jours,

ï Mémoire de Colbert, Revue Rétrospective , 2"" série, tome IV, p. 254-

' Journal d'Oliv. d'Ormesson , 2"'e partie , f" 1 16 recto , à la date du 13 octobre 1665. Le Mémoire de Colbert est du mois de mai de la même année.

' Journal d'Oliv. d'Ormesson , '2">' partie , f" 122 verso.

GRANDS JOURS i)E CLERMONT (IG65j. 03

qui inspirèrent une salutaire terreur à quelques petits tyrans féodaux. Les montagnes d'Auvergne avaient abrité les restes de la féodalité, ranimés par la Fronde*. Un Timoléon de Ganillac , auquel on avait donné le nom de l'homme aux douze apôtres^ avait, dans son château, douze brigands qu'il appelait « ses douze apôtres , » et qui catéchisaient avec l'épée et le bâton tous ceux qui étaient rebelles à sa loi. On levait dans ses terres la taille de Monsieur et de Madame , et celle de tous les enfants de la maison , que ses sujets étaient obligés de payer, outre celle du Roi. Les commissaires des Grands Jours, séant à Glermont (1 665 ) , punirent ces usurpations de souveraineté , de manière à faire trembler toute la noblesse d'Auvergne, qui s'enfuyait au fond des montagnes. Ils firent même tomber la tête d'un gentilhomme nommé de la Mothe, qui n'était pas des plus coupables l Mais il fallait, par des exemples rigoureux , effrayer les oppresseurs du peuple. La médaille que fit frapper Louis XIV, à l'occasion des Grands Jours de Glermont, proclamait avec raison que le salut des provinces était dû à la répression de l'audace des grands : Sahs provinciarum repressa potentiorum audacia.

L'administration locale fut partout confiée à des agents | dociles. L'autorité des gouverneurs de province était trop 1 étendue. Le Roi leur enleva le maniement des deniers publics. « Je leur ôtai premièrement les fonds des contri-

* Journal des Grands Jours de Glermont , par Fléchier, publié par M. Gonod. Le Journal d'Oliv. d'Ormesson parle plusieurs fois des Grands Jours , et principalement aux dates des 26 octobre , 1 5 novembre , 1 2 décembre 1 665 , et du 14 janvier 1666.

2 Fléchier, ibid. , p. 77.

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