‹ De l'administration de Louis 14 (1661-1672) d'après les mémoires inédits d'Olivier d'OrmessonChapitre 17 sur 54 · SUPPRESSION DES LIBERTÉS PROVINCIALES · texte numérisé non relu

SUPPRESSION DES LIBERTÉS PROVINCIALES

sort de la Bretagne , jadis « toute libre , toute conservée dans ses prérogatives , aussi considérable par sa grandeur que par sa situation, » attestent qu'on ne tenait plus compte « du contrat de mariage de la grande héritière ^ » Le Languedoc se montrait docile aux volontés du Roi. « Il suffît, écrivait à Louis XIV M. de Noailles , gouverneur de cette province ^, il suffît que les ordres de V. M. soient connus pour être exécutés. » Les offîciers royaux ne ménagèrent pas même les libertés municipales, qui n'étaient qu'une ombre des franchises des anciennes communes. Les maires ne furent plus nommés par les bourgeois , mais choisis par le Roi ^

Ainsi , le pouvoir fut hiérarchiquement et vigoureusement organisé. Il descendit du Roi, maître absolu, aux ministres , ses délégués immédiats , et enfin aux intendants, qui, dans les provinces, furent investis d'une autorité illimitée. Si la liberté périt étouffée sous ce despotisme, l'ordre fut , du moins , fortement constitué.

I Lettres du 6 novembre 1689 et du 18 janvier 1690. ■^ Mém. de Noailles , coUect. Petilot , 2"'«' série , tome LXXl , p. 23 ( . 3 Anciennes Lois françaises , tome XX , p. 158. — Raynouard , Uist du Droit municipal , tome II , p. 336.

HOformes administratives de Louis XIV. — Mauvais état des finances en 1661. — Colberl contrôleur général ; résultats de son administration flnanciùre, de 1661 à 1(567. — Moyens employés par Colbert : Chambre de justice contre les traitants ( 1661-1665 ); condamnations ; amendes de 110 millions; humiliation de Guénégaud , qui obtient des lettres d'abolition. — Diminution du droit que prélevaient les financiers sur les recettes ; obligations des receveurs généraux ; impôts réaffermés ; budget dressé chaque année ; réduction des tailles et augmentation des aides; suppression d'offices; diminution de la gabelle ; tarif uniforme pour les douanes ; enquête sur les titres de noblesse ; réforme de la comptabilité des villes et des provinces. — Remboursement forcé des rentes ( 166i ); mécontentement excité par cette mesure. — Rachat des domaines aliénés ( 1664 ). — Opposition de Colbert aux emprunts. — Prospérité de l'agriculture sous l'administration de Colbert.

Sous l'influence de la vigoureuse unité dont nous venons de retracer l'organisation , l'administration mo^ narchique fit de rapides progrès. L'honneur des grandes réformes accomplies, de 1661 à 1672, revient sans doute à Louis XIV et à ses ministres. Cependant il ne faut pas oublier qu'elles avaient été signalées et préparées par l'opinion publique. Les États de 1614 avaient appelé l'attention sur plusieurs des mesures qui furent adoptées par Colbert. Du reste , cette remarque peut s'appliquer à toute l'histoire de France. Les Assemblées nationales , au milieu de l'effervescence et des excès des passions popu-

laires , ont presque toujours indiqué d'utiles réformes ^ venaient ensuite les Rois législateurs, qui, en laissant de côté les projets téméraires ou prématurés , acceptaient et réalisaient les idées sanctionnées par la voix publique. Ainsi , les États de 1 357 avaient demandé la réforme du Parlement, la fixité des monnaies, la perception régulière de l'impôt par des commissaires généraux et des souscommissaires , nommés Élus. Charles V fit du Parlement un tribunal permanent , accepta l'institution des Généraux et des Élus, qui devinrent des fonctionnaires royaux, et interdit l'altération des monnaies , si fréquente sous les règnes précédents. L'Assemblée Gabochienne de 1413 réclama de nouvelles réformes , qu'accomplit Charles VII ^ de ce nombre étaient la réorganisation de l'armée et le rétablissement de l'ancienne discipline ecclésiastique. Louis XII réalisa une partie des améliorations demandées par les États de 1 484 , entr'autres la publication des Coutumes et la séparation des fonctions civiles et militaires. Les doléances des États d'Orléans (1561) et de Blois (1577) préparèrent les célèbres ordonnances d'Orléans (1561), de^ Moulins (1566) et de Blois (1579)-, enfin , le Tiers-État fit entendre , aux États de 1 61 4 , les réclamations les plus énergiques pour la réforme de l'administration. Richelieu consultait souvent les cahiers de cet ordre ^ il satisfit en partie à ses vœux. Colbert , qui invoquait sans cesse l'autorité de Richelieu et s'inspirait de ses j idées , continua ses réformes et les dépassa. La gloire de Louis XIV et de son ministre est d'avoir su répondre aux \ besoins et aux vœux de la France. '^

Les finances, surtout, appelaient, en 1661, une réforme |)romptc et énergique. Dilapidées par Mazarin et

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